Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 1 DOSSIER DE PROJET Méthodologie du travail social À la découverte du territoire de Charleroi avec les migrants primo-arrivants La maquette du centre de Charleroi, support du projet. Travail réalisé par Pape Maguette DIOP Didem SAHIN Havva Gülsüm TAFLAN Esther Muisa MUSINGYA Bachelier Assistant·e social·e — 2ᵉ année Année académique 2025 – 2026
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 2 Table des matières 1. Présentation du projet ............................................................................................................ 4 1.1. Le groupe et l’intitulé du projet ...................................................................................... 4 1.2. Introduction ..................................................................................................................... 4 1.3. D’où nous est venue l’idée ? ........................................................................................... 4 1.4. En quoi consiste notre projet ? ........................................................................................ 5 2. Le public cible et la problématique ........................................................................................ 6 2.1. Qui sont les bénéficiaires ? ............................................................................................. 6 2.2. Les problématiques professionnelles identifiées ............................................................ 6 2.3. Pourquoi avoir choisi ce projet ? .................................................................................... 7 3. Cadre théorique ...................................................................................................................... 8 3.1. L’autonomie .................................................................................................................... 8 3.2. La participation des bénéficiaires ................................................................................... 8 3.3. L’empowerment (pouvoir d’agir) ................................................................................... 8 3.4. Socialisation et interculturalité ....................................................................................... 8 3.5. Intégration et déracinement............................................................................................. 9 4. Qui sommes-nous pour parler de ce projet ? Notre légitimité ............................................... 9 5. La carte d’identité du projet ................................................................................................. 10 5.1. Objectifs généraux ........................................................................................................ 10 5.2. Objectifs opérationnels ................................................................................................. 10 5.3. Les étapes imaginées..................................................................................................... 11 6. Le déroulé méthodologique : nos séances de travail ........................................................... 12 6.1. La répartition des rôles.................................................................................................. 12 6.2. Séance n°1 — Émergence et premiers obstacles .......................................................... 12 6.3. Séance n°2 — La rencontre avec le CRIC et le choix du public .................................. 12 6.4. Séance n°3 — Concrétisation et recrutement des participants ..................................... 13 6.5. Séance n°4 — Finalisation, ajustements et bilan .......................................................... 14 7. Les partenaires mobilisés ..................................................................................................... 16 8. La journée découverte du 11 mai 2026 ................................................................................ 17 8.1. L’itinéraire de la journée ............................................................................................... 17 8.2. Les services visités ........................................................................................................ 17 Solidaris — la mutualité .................................................................................................. 17 L’Eden — le centre culturel ............................................................................................. 18 Au fil des rues : le patrimoine et le métro de Charleroi ................................................... 19 Le Palais de Justice .......................................................................................................... 19 Le Sporting de Charleroi — le Stade du Pays de Charleroi ............................................ 20 La Polyclinique du Mambourg et le CPAS...................................................................... 21
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 3 9. Évaluation du projet — la Roue de Deming ........................................................................ 22 9.1. Les écarts entre les objectifs et les réalisations ............................................................. 22 9.2. Surprises, imprévus et points de vigilance .................................................................... 22 9.3. Ce que nous avons appris .............................................................................................. 23 9.4. Perspectives pour la suite .............................................................................................. 23 10. La valorisation du projet : la bourse aux projets ................................................................ 24 11. Conclusion ......................................................................................................................... 25
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 4 1. Présentation du projet 1.1. Le groupe et l’intitulé du projet Ce dossier retrace l’intégralité d’un projet d’intervention sociale mené dans le cadre de notre formation de Bachelier Assistant·e social·e, pour le cours de Méthodologie du travail social. Il a été conçu, construit et réalisé par un groupe de quatre étudiant·e·s : • Pape Maguette Diop — animateur et « réseau social » du groupe ; • Didem Sahin — secrétaire, mémoire documentaire du projet ; • Havva Gülsüm Taflan — porte-parole et lien avec le terrain ; • Esther Muisa Musingya — gardienne du temps et du planning. Le projet s’intitule : « À la découverte du territoire de Charleroi avec les migrants primo- arrivants ». Il a été concrètement réalisé le lundi 11 mai 2026, au terme de plusieurs semaines de diagnostic, de prises de contact et de préparation. 1.2. Introduction Le présent projet s’inscrit dans une démarche d’intervention sociale face à une problématique de terrain. Il s’adresse spécifiquement aux migrants primo-arrivants récemment installés sur le territoire de Charleroi. Ces personnes se retrouvent projetées dans une ville dont elles ignorent presque tout : les codes, l’histoire, mais surtout la structure administrative et géographique. Arrivant souvent sans réseau familial ou amical pour les soutenir, elles font face à un isolement social qui freine leur insertion et leur intégration. Le projet vise à briser ces barrières en offrant une immersion concrète dans la ville, afin que chaque participant puisse transformer ce territoire inconnu en un véritable lieu de vie et d’opportunités. Loin d’être une simple simulation, ce projet est le fruit d’une réflexion de groupe menée en collaboration étroite avec des partenaires de terrain : le CRIC (Centre Régional d’Intégration de Charleroi), Caritas, l’Eden, la Maison du Tourisme et le Sporting de Charleroi. Pour mener à bien cette mission, nous avons structuré notre équipe en nous répartissant des rôles précis dès notre deuxième séance de travail, ce qui nous a permis de confronter nos regards et d’analyser en profondeur les besoins réels des personnes accompagnées. 1.3. D’où nous est venue l’idée ? L’origine de ce projet prend racine dans un constat de terrain très concret, observé notamment au sein de nos lieux de stage (Caritas, El Maujone, Teps ASBL). Nous avons remarqué que les
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 5 migrants primo-arrivants, dès leur arrivée à Charleroi, se retrouvent plongés dans une forme d’« exil invisible ». Bien qu’ils habitent physiquement la ville, ils en ignorent le fonctionnement, la géographie et les codes administratifs. Ce manque de repères engendre un isolement qui freine leur intégration. Lors de nos diagnostics, nous avons relevé des situations marquantes : des bénéficiaires qui doivent imprimer plusieurs fois leur itinéraire par peur de se perdre, ou qui sollicitent constamment les travailleurs sociaux pour être accompagnés physiquement lors de déplacements banals. Cette dépendance est aggravée par la barrière de la langue et par la difficulté à maîtriser les outils de géolocalisation numérique. Pour beaucoup, la ville est perçue comme un labyrinthe plutôt que comme un espace de ressources. C’est pour répondre à ce problème que nous avons choisi une action de terrain plutôt qu’une séance théorique en bureau : notre ambition est de passer d’une aide assistée à une stratégie d’autonomisation réelle, l’ « empowerment ». 1.4. En quoi consiste notre projet ? Notre projet ne se limite pas à une simple promenade urbaine : il constitue une véritable intervention sociale de terrain visant à transformer la perception que les migrants ont de leur environnement. Concrètement, l’action consiste à accompagner physiquement les bénéficiaires vers des lieux stratégiques qu’ils apprennent à identifier, à atteindre et à utiliser de manière autonome. Nous avons fait le choix méthodologique de la « pédagogie par l’action » : plutôt que d’expliquer la ville en salle, nous la parcourons ensemble. Les lieux ont été sélectionnés pour leur importance dans le parcours d’intégration : les pôles de pouvoir administratif (administration communale, CPAS, service des étrangers), les services logistiques indispensables (gare, banques, bureaux de poste, arrêts TEC) et les espaces culturels ou de loisirs (l’Eden, la Maison du Tourisme, le Sporting) qui permettent de sortir de la survie pour entrer dans la vie citoyenne. Pour franchir la barrière de la langue et les difficultés de lecture cartographique, nous nous appuyons sur des supports visuels simplifiés et sur un dossier traduit en trois langues : français, anglais et arabe.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 6 2. Le public cible et la problématique 2.1. Qui sont les bénéficiaires ? Le projet s’adresse aux migrants primo-arrivants récemment installés à Charleroi, qui découvrent la ville et n’en connaissent pas encore les services ni l’histoire. Ces personnes arrivent souvent dans un contexte d’isolement social, sans réseau familial ou amical, et éprouvent des difficultés à s’orienter et à identifier les ressources disponibles sur le territoire. Arrachées à leurs repères, à leur culture et à leurs proches, elles portent en elles un profond sentiment d’éloignement et de déracinement, tout en cherchant à tisser de nouveaux liens et à donner un sens nouveau à leur existence dans un environnement qu’elles apprivoisent peu à peu. 2.2. Les problématiques professionnelles identifiées L’analyse de terrain, nourrie par les observations réalisées en stage chez Caritas, nous a permis de mettre en lumière trois problématiques professionnelles qui dépassent la simple question du déplacement géographique. Le frein à l’autonomie et la dépendance institutionnelle Par peur de se perdre ou par incapacité à déchiffrer un plan, les bénéficiaires se retrouvent en situation de « paralysie » spatiale. Ils doivent solliciter systématiquement l’accompagnement physique d’un travailleur social pour la moindre démarche. En faisant « à la place de » l’usager, on entretient malgré soi une forme d’assistanat qui empêche la personne de devenir actrice de son parcours. La surcharge des services sociaux de première ligne Le manque d’autonomie sature les services de demandes répétitives (réimprimer un itinéraire, réexpliquer un trajet). Ce temps mobilisé n’est plus consacré à un accompagnement psychosocial plus profond. D’où la nécessité de passer d’un traitement individuel et répétitif à une action collective, qui optimise les ressources et crée de la solidarité entre usagers.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 7 L’exclusion liée à l’« analphabétisme » numérique et cartographique À l’heure où la ville se digitalise, ne pas savoir utiliser une application de géolocalisation ou lire une carte devient une barrière infranchissable qui renforce le sentiment d’illégitimité. Notre réponse : des repères visuels clairs (photos de bâtiments), des documents traduits en trois langues et l’apprentissage pratique du réseau TEC. 2.3. Pourquoi avoir choisi ce projet ? Nous avons choisi ce projet parce qu’il favorise l’intégration et l’autonomie au quotidien : c’est un projet de terrain qui change concrètement la vie des personnes. En renforçant la connaissance du territoire, on permet aux migrants de participer activement à la vie sociale, citoyenne, économique et culturelle. Nous voulons qu’ils se sentent capables d’aller où ils le souhaitent sans peur, qu’ils reprennent leur place dans la société comme acteurs de leur propre vie, et qu’ils se sentent enfin légitimes dans l’espace public.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 8 3. Cadre théorique Pour donner une assise professionnelle à notre projet, nous avons mobilisé plusieurs concepts fondamentaux issus de la méthodologie de l’action collective. Ces théories constituent le socle de notre identité professionnelle en construction et guident chacune de nos interventions. 3.1. L’autonomie Dans le travail social, l’autonomie ne se résume pas à « savoir se débrouiller seul » : c’est la capacité d’un individu à se gouverner par ses propres règles au sein d’un environnement donné. Nos bénéficiaires sont souvent dans une « autonomie empêchée », faute de codes spatiaux. En leur apprenant à utiliser le réseau TEC et à se repérer dans Charleroi, nous travaillons à restaurer leur capacité de décision. C’est la différence entre être « transporté » et « se déplacer ». 3.2. La participation des bénéficiaires Une action n’est réellement efficace que si le public en est l’acteur et non le simple spectateur. Dès la phase de diagnostic, nous avons impliqué les participants dans le choix des lieux via une enquête sociale préalable. Cette participation garantit que le projet répond à des besoins réels (aller à la banque, à la poste ou au service des étrangers) et non à des besoins fantasmés par les professionnels. Nous adoptons une posture de facilitateurs : nous créons le cadre, mais ce sont les migrants qui s’approprient les lieux. 3.3. L’empowerment (pouvoir d’agir) Il s’agit de permettre aux participants de prendre conscience de leurs ressources et de leur légitimité à occuper l’espace public. En identifiant les lieux de pouvoir, le bénéficiaire cesse de voir la ville comme un ensemble de barrières pour la percevoir comme un ensemble de droits et de ressources accessibles. Les supports en trois langues et les photos sont, à ce titre, des outils d’empowerment : ils brisent le sentiment d’infériorité lié à la barrière de la langue et redonnent confiance. 3.4. Socialisation et interculturalité L’action collective transforme un groupe de primo-arrivants isolés en un collectif de pairs. Lors des marches urbaines, les participants échangent leurs expériences et leurs astuces, ce qui renforce le sentiment d’appartenance à la communauté carolo. En incluant des lieux culturels,
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 9 nous dépassons la dimension utilitaire pour entrer dans une dimension de citoyenneté culturelle, dans une posture de respect des parcours et de non-jugement. 3.5. Intégration et déracinement La notion de déracinement a été centrale dans notre compréhension du public. La philosophe Simone Weil, dans L’Enracinement (1949), affirme que « le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines » et que l’enracinement est l’un des besoins les plus importants et méconnus de l’âme humaine. Cette lecture nous a permis de saisir pourquoi il est essentiel, pour les primo-arrivants, de pouvoir s’ancrer concrètement dans un nouveau territoire. Par ailleurs, le sociologue Abdelmalek Sayad, dans La Double Absence (1999), analyse la condition du migrant, absent à la fois de son pays d’origine et du pays d’arrivée du fait de l’exclusion. Comprendre cette réalité nous a aidés à adopter une posture bienveillante et non- jugeante, sans minimiser la complexité de leur vécu. 4. Qui sommes-nous pour parler de ce projet ? Notre légitimité Nous sommes un groupe d’étudiant·e·s en Assistant·e social·e. Dans le cadre de notre cursus, nous sommes formés aux valeurs fondamentales du travail social : la solidarité, l’inclusion, l’autonomisation des personnes et la lutte contre les inégalités. Notre formation nous sensibilise particulièrement aux enjeux de l’intégration, de l’accompagnement social et de l’accès aux droits pour les publics en situation de vulnérabilité, dont font partie les primo-arrivants.Notre légitimité repose sur plusieurs éléments. Premièrement, en tant que futurs assistants sociaux, nous sommes formés à l’approche participative et à la co-construction : nous ne voulons pas imposer un projet « pour » les migrants, mais construire un projet « avec » eux, à partir de leurs besoins réels identifiés lors du diagnostic. Deuxièmement, notre formation nous enseigne la méthodologie de projet et nous donne les outils pour analyser les besoins, définir des objectifs, mobiliser des partenaires et évaluer nos actions. Troisièmement, nous avons la capacité de mobiliser un réseau de partenaires existants (Caritas, CRIC, associations) et de créer des ponts entre ces structures et le public. Notre rôle est clair : nous ne remplaçons pas les professionnels qui travaillent déjà avec ce public, mais nous complétons leur action par une approche innovante centrée sur la découverte pratique et concrète du territoire. Nous agissons comme des accompagnateurs de terrain, des créateurs de liens et des facilitateurs d’autonomie.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 10 5. La carte d’identité du projet Avant d’entrer dans le récit chronologique du projet, voici sa carte d’identité, qui en synthétise l’essentiel. Nom du projet À la découverte du territoire de Charleroi avec les migrants primo- arrivants Public cible Migrants primo-arrivants récemment installés à Charleroi, en situation d’isolement social Territoire Charleroi-centre et ses alentours Porteurs P. M. Diop, D. Sahin, H. G. Taflan, E. M. Musingya Partenaires CRIC, Caritas, Eden, Maison du Tourisme, Sporting de Charleroi, Solidaris, Palais de Justice Date de réalisation Lundi 11 mai 2026 Cadre Cours de Méthodologie du travail social — Bachelier Assistant·e social·e (2ᵉ année) 5.1. Objectifs généraux Faciliter l’intégration sociale et l’autonomisation des migrants primo-arrivants à Charleroi en renforçant leur connaissance du territoire, de ses services essentiels, de son patrimoine historique et de ses ressources culturelles. Le projet vise à lever les obstacles liés au manque d’information et à l’isolement, à développer la capacité à se déplacer de manière autonome, et à favoriser une participation active à la vie sociale, citoyenne, économique et culturelle. 5.2. Objectifs opérationnels 1. Réaliser un diagnostic des besoins auprès des participants, en les rencontrant avant le projet pour identifier leurs difficultés d’orientation, leurs attentes et leurs priorités. 2. Organiser une visite découverte de Charleroi combinant patrimoine, culture et repérage concret des services essentiels. 3. Créer des fiches pratiques et un dossier d’information recensant les services essentiels, avec adresses, horaires, contacts, plans et pictogrammes. 4. Favoriser la création de liens sociaux entre participants en privilégiant des activités de groupe et des moments d’échange. 5. Développer l’autonomie et la confiance des participants dans leur environnement urbain grâce à l’expérience de terrain.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 11 5.3. Les étapes imaginées Le projet a été pensé selon les quatre étapes de la méthodologie de projet vue en cours, structure que nous avons suivie tout au long de notre travail. Les étapes de la méthodologie de projet (de « Se connaître » à « Clôture et évaluation »). • Étape 1 — Émergence et diagnostic : prise de contact avec les partenaires et rencontre des bénéficiaires pour recueillir leurs besoins. • Étape 2 — Construction et planification : choix du public, organisation de la visite, création des fiches, planification des dates et répartition des tâches. • Étape 3 — Réalisation : mise en œuvre de la journée découverte, distribution des dossiers, création de moments d’échange. • Étape 4 — Clôture et évaluation : recueil des retours, analyse des écarts, débrief d’équipe et perspectives, via la Roue de Deming.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 12 6. Le déroulé méthodologique : nos séances de travail Le cœur de notre démarche réside dans les quatre séances de travail qui ont rythmé le projet. Chacune a fait l’objet d’une fiche reprenant le passé (tâches réalisées), le présent (décisions en séance) et le futur (tâches à venir). Cette section en retrace fidèlement le contenu. 6.1. La répartition des rôles Dès le départ, nous avons réparti les rôles selon les savoir-être et savoir-faire de chacun·e. Ces rôles, pensés comme souples et parfois temporaires, ont structuré tout le travail. Maguette Le réseau social / animateur — grâce à son aisance relationnelle, il contacte les personnes et réseaux et porte la parole. Didem La secrétaire — assure la mémoire du projet, la recherche documentaire, les coordonnées, contacts et courriels. Esther La gardienne du temps — veille au respect des échéances (rétroplanning) et à la fluidité des relations dans le groupe. Havva La porte-parole — fait le pont entre le terrain et l’équipe, garde le contact avec les professionnels et facilite la logistique. 6.2. Séance n°1 — Émergence et premiers obstacles Caaritas, qui partageait une idée similaire à la nôtre, nous avons donc choisi ce partenariat. Nous avons décidé de mettre en place un plan de communication structuré (réunions en présentiel ou via Messenger, comptes-rendus servant de traces) et d’utiliser le Plan Prévisionnel de Problèmes (PPP) pour anticiper les difficultés. Chaque membre devait contacter une institution (Fedasil, Teps ASBL, Caritas) afin de choisir le public cible le plus pertinent. 6.3. Séance n°2 — La rencontre avec le CRIC et le choix du public L’événement marquant fut notre rencontre avec la coordinatrice du CRIC (Centre Régional d’Intégration de Charleroi), une structure d’accompagnement des personnes migrantes comprenant quatre départements : le parcours d’intégration, le service juridique, l’ISP (insertion socioprofessionnelle) et la médiation.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 13 Ce que le CRIC nous a apporté • Des conseils précieux et des contacts utiles pour compléter les éléments manquants du projet. • La précision que leurs travailleurs accompagnent la réflexion (analyse, validation de pistes, orientation) mais pas directement le terrain — ce qui confirmait l’utilité de notre action. • La recommandation de contacter Madame Brichard (Ville Santé, commune de Charleroi) pour obtenir des cartes géographiques de poche de la région. • La suggestion d’inclure sur notre carte des lieux clés : Service des étrangers, ADIS, CPAS, stade de football, hôpitaux (dont la Polyclinique du Mambourg), gare de Charleroi, commerces, l’Eden et le bureau du tourisme. • Une volonté d’inscrire le projet dans la durée (et non comme une action ponctuelle), avec un soutien en arrière-plan et un service de communication pour le valoriser. Le CRIC nous a invités à « ne pas réinventer la roue » mais à réutiliser la carte médico-sociale existante. En contrepartie de leur soutien, nous nous sommes engagés à médiatiser le projet (photos, petit reportage). À l’issue de cette séance, nous avons décidé de concentrer notre action sur les bénéficiaires de Caritas, choix validé par l’ensemble du groupe. La professeure a souligné le caractère ambitieux du projet et l’importance de développer une compétence graphique (carte, fiche visuelle, infographie). 6.4. Séance n°3 — Concrétisation et recrutement des participants La troisième séance a marqué le passage à l’action. Plusieurs réalisations concrètes ont été actées : • Récupération de 50 exemplaires de la carte médico-sociale de Charleroi (comportant les numéros d’urgence), à distribuer aux participants. • Dépôt de notre flyer à Caritas. La liste des intéressés n’ayant pas été constituée, nous avons effectué un porte-à-porte dans les chambres pour présenter le projet et recueillir les numéros de 15 personnes intéressées. • Création, par l’éducatrice de Caritas, d’un groupe WhatsApp réunissant les bénéficiaires inscrits pour faciliter la communication.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 14 • Lancement d’une enquête sociale en trois langues (français, anglais, arabe) pour cerner les lieux que les participants souhaitaient visiter, et préparation d’un questionnaire de satisfaction. • Achat de dossiers et de stylos pour constituer un dossier individuel par participant. • Visite à la Maison du Tourisme (pas de sacs à dos obtenus, mais un manuel d’adresses utiles et des stylos) et premiers contacts avec le Sporting de Charleroi et l’Eden, où nous avons rencontré une ancienne primo-arrivante désormais employée. C’est aussi durant cette période que nous avons consolidé notre ancrage théorique (diagnostic terrain, PPP, évaluation intermédiaire. 6.5. Séance n°4 — Finalisation, ajustements et bilan La quatrième séance, tenue au complet, a permis de finaliser l’organisation et de tirer le bilan de la réalisation. Plusieurs ajustements importants y ont été décidés. Une amélioration concrète : « Vous êtes ici » En examinant les cartes « bon plan » envoyées par Madame Brichard (Ville Santé), nous avons remarqué qu’il manquait une information essentielle pour les primo-arrivants : ils ne savaient pas où ils se trouvaient sur la carte. La carte a modifié avec les versions numériques en y ajoutant une indication claire « VOUS ÊTES ICI » accompagnée du logo de Caritas, puis les a renvoyées au centre pour affichage. Cette amélioration bénéficie à tous les futurs primo-arrivants passant par Caritas. Le recrutement s’est finalisé avec la création effective du groupe WhatsApp réunissant les 15 bénéficiaires intéressés et l’équipe, permettant de partager le programme, de recueillir le consentement pour les photos et de maintenir le lien. Une demande d’interprète en arabe littéraire a été gérée : pour nous accompagner bénévolement, puis a dû annuler ; l’éducatrice de Caritas, a alors proposé d’assurer la traduction en anglais pour le bénéficiaire concerné, qui parlait aussi cette langue. Le choix de la date s’est révélé déterminant. Initialement prévue durant la deuxième semaine de vacances, la journée a été décalée car plusieurs participants avaient des rendez-vous à l’Office des Étrangers durant cette période, rendez-vous très stressants dont la préparation mobilise environ une semaine. Pour éviter absences et stress, nous avons retenu le lundi 11 mai
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 15 (un jour de semaine, les services étant fermés le week-end). Caritas a accepté d’offrir un lunch pack à chaque participant (sandwiches, fruits, eau, collations). Les démarches auprès des services ont connu des fortunes diverses : l’Eden, Solidaris, le Palais de Justice et le Sporting de Charleroi ont répondu favorablement ; l’administration communale a refusé par manque de disponibilité ; La Sambrienne et le CPAS n’ont pas répondu malgré nos relances ; et nous avons appris avec tristesse le décès de notre contact à la Polyclinique du Mambourg. Pour ces lieux, nous avons décidé de maintenir des visites extérieures en expliquant nous-mêmes les services devant les bâtiments. Faute d’activité culturelle disponible le 11 mai (musées fermés le lundi, films du Quai10 majoritairement en anglais), nous avons renoncé à une activité culturelle supplémentaire. En revanche, devant l’intérêt exprimé par les participants pour l’histoire et la culture de la ville, nous avons intégré l’accompagnement d’un greeter, un habitant bénévole. Orientées par Madame Sandra de la Maison du Tourisme vers cette alternative gratuite et conviviale (la visite guidée classique coûtait 95 €), nous avons obtenu l’accompagnement de Cosimo, greeter francophone. Enfin, nous avons réalisé une fiche programme visuelle (horaires, photos des lieux, affaires à apporter) partagée sur WhatsApp et imprimée, ainsi qu’un dossier explicatif complet sur les services visités, traduit en trois langues (français, anglais, arabe) et distribué le jour J.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 16 7. Les partenaires mobilisés Un projet de travail social repose presque entièrement sur la qualité du réseau que l’on parvient à mobiliser. Voici les partenaires qui ont rendu ce projet possible. CRIC Centre Régional d’Intégration de Charleroi — conseils, contacts, supervision en arrière-plan et soutien à la pérennisation du projet. Caritas Structure d’accueil et lieu de recrutement des bénéficiaires ; création du groupe WhatsApp, traduction par Natalya, lunch packs. Maison du Tourisme Manuel d’adresses utiles et orientation vers le réseau des greeters (Cosimo). Cosimo (greeter) Habitant bénévole qui a accompagné le groupe, raconté l’histoire de la ville et partagé ses bons plans. L’Eden Présentation du centre culturel et de l’accès à la culture (Article 27). Sporting de Charleroi Visite du Stade du Pays de Charleroi. Solidaris / Palais de Justice Accueil et présentation de leurs services le jour de la visite.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 17 8. La journée découverte du 11 mai 2026 Le projet a été concrètement réalisé le lundi 11 mai 2026. Malgré une météo peu favorable, l’ensemble du programme a pu être mené à bien et l’itinéraire pré-établi a été respecté, avec les horaires fixés par les partenaires qui nous recevaient. La journée a été animée par notre groupe, accompagnée du greeter Cosimo et de la traduction assurée par Natalya pour la partie anglophone. 8.1. L’itinéraire de la journée Horaire Étape 10h30 Solidaris — Mutualité (Bd Joseph Tirou 96) 11h10 L’Eden — Centre culturel de Charleroi (Bd Jacques Bertrand) 11h30 La Sambrienne — Logement social (présentation extérieure) 11h30 L’Administration communale / Hôtel de Ville (Place Charles II) 12h15 Le Palais de Justice (Av. Général Michel 2) 13h00 Le Sporting de Charleroi — Stade du Pays de Charleroi (Bd Zoé Drion) 14h30 La Polyclinique du Mambourg (présentation extérieure) 14h45 Le CPAS de Charleroi (Bd Joseph II 13) 8.2. Les services visités Pour chaque lieu, un dossier trilingue détaillé a été remis aux participants. En voici les points essentiels. Solidaris — la mutualité En Belgique, l’affiliation à une mutualité est obligatoire pour bénéficier de l’assurance maladie-invalidité. La mutualité rembourse les soins de santé et verse des indemnités en cas d’incapacité de travail. La visite a permis d’expliquer comment s’affilier, obtenir un remboursement, déclarer une incapacité et demander le statut BIM (intervention majorée) en cas de revenus modestes.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 18 Présentation de Solidaris : explications sur le rôle de la mutualité. L’Eden — le centre culturel Installé dans un ancien théâtre du centre-ville, l’Eden est un centre culturel et un centre d’expression et de créativité qui touche chaque année plus de 55 000 personnes. C’est un lieu d’accueil, de rencontre et de création ouvert à tous, où de nombreux événements sont gratuits ou à prix réduit (Article 27). Pour un primo-arrivant, la culture est un excellent moyen de découvrir la ville, de rencontrer des habitants et de pratiquer le français.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 19 Devant l’Eden, centre culturel de Charleroi. Au fil des rues : le patrimoine et le métro de Charleroi Entre les services, Cosimo a fait découvrir au groupe l’âme de la ville : son histoire, ses anecdotes et ses bons plans. Le parcours a notamment permis d’admirer les fresques de bande dessinée qui ornent les stations du métro carolo, illustration vivante du patrimoine culturel belge. Les fresques de bande dessinée dans le métro de Charleroi. Le Palais de Justice Le Palais de Justice abrite plusieurs juridictions (tribunal de première instance, justices de paix, tribunal de police) ainsi que le Bureau d’Aide Juridique. Nous avons insisté sur un point essentiel : l’aide juridique de première ligne offre un premier conseil gratuit pour tous, sans condition de revenus, et l’aide de deuxième ligne permet d’obtenir un avocat « pro deo » pour les revenus modestes.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 20 Explications dans une salle du Palais de Justice. Le groupe attentif dans la salle d’audience. Le Sporting de Charleroi — le Stade du Pays de Charleroi Le Royal Charleroi Sporting Club, surnommé « les Zèbres », est bien plus qu’un club de football : c’est un symbole de l’identité carolorégienne. La visite du stade (le « Mambourg ») a constitué un moment fort et fédérateur de la journée, accessible à toutes les générations et révélateur d’une part importante de la culture locale. En route vers le Stade du Pays de Charleroi.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 21 Visite des tribunes du stade. Le groupe sur le banc de touche du Sporting. La Polyclinique du Mambourg et le CPAS La Polyclinique du Mambourg regroupe de nombreuses spécialités médicales pour des consultations et examens sans hospitalisation ; faute de contact disponible, nous l’avons présentée en extérieur. Enfin, le CPAS, l’un des cinq plus grands de Belgique, garantit à chacun le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. Nous avons expliqué les démarches pour introduire une demande d’aide.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 22 9. Évaluation du projet — la Roue de Deming Pour structurer notre évaluation finale, nous avons mobilisé la Roue de Deming (PLAN / DO / CHECK / ACT). PLAN La préparation menée lors des séances 1 à 3 : diagnostic, identification des partenaires, élaboration de l’itinéraire, traduction du dossier. DO La réalisation concrète de la journée du 11 mai. CHECK L’analyse des questionnaires de satisfaction, la réunion de débrief en équipe et les retours des partenaires. ACT Les ajustements proposés pour une prochaine édition (relances individuelles, format élargi, partenariats consolidés, plan B météo). 9.1. Les écarts entre les objectifs et les réalisations L’écart le plus marquant concerne le nombre de participants : sur 15 bénéficiaires inscrits dans le groupe WhatsApp, seuls 5 étaient présents le jour J, malgré des relances rapprochées. Cet écart s’explique par plusieurs facteurs cumulés : une météo peu engageante, ainsi que la fatigue et le stress liés à la situation personnelle des primo-arrivants. En revanche, sur le plan du contenu, l’écart est très limité : l’ensemble du programme prévu a été tenu, l’itinéraire respecté, et le dossier trilingue remis à chaque participant. 9.2. Surprises, imprévus et points de vigilance Plusieurs surprises positives ont marqué la journée. La plus belle vient de Cosimo, notre greeter : alors qu’il devait seulement nous accompagner pendant les marches, il a spontanément pris en charge l’explication de La Sambrienne et nous a même fait entrer dans l’Hôtel de Ville, ce qui n’était pas prévu. Homme cultivé, il a partagé des anecdotes et l’histoire de la ville, enrichissant considérablement l’expérience. L’ambiance chaleureuse et conviviale est le point qui ressort le plus fortement des retours des participants, qui ont apprécié qu’on leur laisse systématiquement le temps de poser leurs questions. Du côté des imprévus moins favorables, la météo a probablement découragé certains inscrits, et le faible taux de participation (5/15) reste notre principale déception. Un partenariat parfois fragile et des contacts pris trop tardivement (une semaine avant) ont entraîné plusieurs refus. Pour les prochaines fois, il faudra confirmer la participation la veille par un message individuel, prévoir un plan B météo et contacter les services bien plus en amont.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 23 9.3. Ce que nous avons appris • En équipe : la répartition claire des rôles a été un atout, à condition de rester souple ? chacune a souvent débordé de son rôle initial, et c’est cette souplesse qui a fait la solidité du groupe. • Sur les partenariats : un projet repose sur la qualité du réseau ; il faut toujours prévoir un plan B, diversifier ses appuis et anticiper. • Sur le public : le quotidien des primo-arrivants est rythmé par des contraintes que l’on sous-estime facilement (rendez-vous à l’Office des Étrangers, stress administratif, barrière de la langue). Décaler la date a été une vraie leçon d’adaptation aux réalités du public. • Sur la méthode : nous avons mis en pratique le diagnostic terrain, l’enquête sociale, la co-construction et l’évaluation intermédiaire, et compris l’importance de documenter au fur et à mesure. 9.4. Perspectives pour la suite La principale perspective, très encourageante, est que Caritas souhaite reproduire ce projet avec d’autres groupes de primo-arrivants. Notre démarche ne sera donc pas une action ponctuelle mais pourra s’inscrire dans la durée, ce qui correspond exactement au souhait exprimé par le CRIC. Les pistes concrètes : transmettre nos outils (dossier trilingue, fiche programme, cartes modifiées, liste des contacts) à Caritas et au CRIC ; capitaliser sur le réseau de partenaires déjà mobilisés ; élargir le projet à plusieurs journées ; et diffuser le projet via le service communication du CRIC. Le Cric nous encourage également a continué le projet.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 24 10. La valorisation du projet : la bourse aux projets Au-delà de la journée elle-même, notre projet a été valorisé lors de la bourse aux projets. Nous y avons présenté une maquette du centre de Charleroi (« Découverte de Charleroi aux migrants ») accompagnée des photographies de la journée, ainsi qu’un montage vidéo. Ce stand a permis de partager notre démarche et d’en montrer les réalisations concrètes. Notre stand à la bourse aux projets : photographies de la journée et maquette. La maquette du centre de Charleroi réalisée pour le projet.
Découverte de Charleroi avec les migrants primo-arrivants Page 25 11. Conclusion Ce projet constitue un socle solide pour l’efficacité et l’engagement envers les migrants primo- arrivants. En combinant respect mutuel, intelligence collective et stratégie concrète, nous avons cherché à transformer un territoire perçu comme un labyrinthe en un espace de droits et de ressources accessibles. Pour ceux qui ont participé à la journée du 11 mai, l’expérience a permis de découvrir les services essentiels, de comprendre l’organisation de la ville et de tisser des liens dans un cadre convivial. Au-delà des compétences pratiques acquises, nous espérons que les participants se sentent désormais plus légitimes dans l’espace public et acteurs de leur propre vie à Charleroi. Le fait que Caritas souhaite reconduire la démarche est, pour nous, la plus belle reconnaissance de sa pertinence. Ce projet aura contribué à renforcer le sentiment d’appartenance des bénéficiaires à leur nouvelle ville et à leur donner quelques-unes des clés pour devenir des résidents confiants et autonomes répondant ainsi, modestement, à ce besoin d’enracinement progressif qui est au cœur de toute intégration.