L’Artmateur * Henri-Camille DARRICAU
2 L’Artmateur * Henri-Camille DARRICAU
4 5 Je suis un passionné d’art et surtout je vois de l’art partout et dans toute chose. Mon œil est un appareil photo et mon cerveau un atelier de peinture. Ce que capte ma rétine, mon cerveau le transforme en tableau. « Est-ce grave Docteur ? » Non, cela s’appelle la Paréidolie : C’est un processus tendant à discerner une forme familière parmi des formes aléatoires. « Ce que nous voyons n’est pas fait de ce que nous voyons mais de ce que nous sommes. » L’intranquille - Fernando PESSOA *Peeping tom I’m passionate about art, and above all, I see art everywhere and in everything. My eye is a camera and my brain a painter’s studio. Whatever my retina captures, my brain transforms into a painting. “Is it serious, Doctor ?” No, it’s called pareidolia : It’s a process that tends to discern a familiar shape amongst random shapes. “What we see is not made up of what we see, but of what we are.” L’intranquille - Fernando PESSOA Livre d’images d’un Artmateur* * Voyeur d’art
6 7 Henri-Camille DARRICAU impressionniste de l’image Entre flânerie et approche riante du Deadpan Un bout de macadam devient une peinture abstraite, des objets aux couleurs délavées se superposent à la manière d’un collage, deux urinoirs résistent à l’assaut des graffitis, des nuages se bousculent dans un ciel matinal qui couve deux chaises longues au bord de l’océan, comme si leur monde tenait dans ces courbes… Les photographies signées Henri Darricau ont la légèreté d’un haïku, parfois la puissance d’un tableau dont l’artifice est absent, quand elles ne se jouent pas du style neutre du Deadpan. Une invitation souvent malicieuse à voyager dans l’épaisseur des signes laissés par le temps. Ainsi, New York, Dubaï, le Mexique, la Nouvelle-Orléans, Moscou, le Mucem de Marseille, les colonnes de Buren à Paris…, sont entrés dans l’esthétique picturale de ce citoyen du monde. Par la lucarne de son œil, toujours enclin à s’émerveiller d’une enclave de réel. Henri-Camille Darricau est un cueilleur d’instants, un semeur de questions, un photographe de rue un peu particulier. A la manière des premiers photographes et des impressionnistes, il promène son appareil photographique pour saisir des « impressions ». Il flâne, nomadise, presque flegmatique, guettant secrètement ce moment où la fulgurance a lieu : soudain, son œil est happé par la façon dont les matières, les lignes, les couleurs de ce fragment de monde, face à lui, se mettent à jouer entre elles. Ces reflets dans la vitrine, ces craquelures du macadam, ces tâches murales, ces hasards de trajectoires migrant l’une vers l’autre, se métamorphosent en personnages, en signes occultes… En un instant, la magie opère. L’œil du photographe explore alors l’architecture singulière d’un microcosme. En un clic, l’objectif le découpe de la grande toile du réel, immortalisant la composition. Voilà le fragment sauvé de l’indifférence, délivré du chaos, de l’oubli qui est le lot des choses. Unique. Presque surpris de s’être laissé saisir. Tout est allé si vite. Le temps de quelques prises de vue, deux ou trois tout au plus, et un bout du monde a pris forme, cerné dans un 24 x 36. L’œil de l’artiste glisse alors dans une joie vive, pure. A croire que l’architecture secrète des choses sait ravir l’âme. « C’est presque un tableau que je cherche », confie le photographe qui apprivoise une forme de liberté, de beauté, d’étrangeté, d’art caché dans les choses. La recherche de cet impressionniste peut sembler éclectique, voire même hétéroclite. Elle répond en vérité à la même quête, au même désir : trouver le point d’équilibre dans le jeu des formes, dans l’aventure des lignes et des matières avec la lumière. Henri Darricau capture ce moment où sa psyché rencontre le réel. Et la sincérité de cette démarche d’auteur trouve écho dans une technique photographique très pure. Pas de mise en scène, de zoom ni de lumière artificielle, encore moins de retouche ou de recadrage. Juste une découpe du réel à l’état brut. Focale fixe et poésie de l’instant. Caroline AUDIBERT Journaliste – Auteure - Réalisatrice Henri-Camille Darricau, an impressionist of the visual with an idle and joyful touch of Deadpan A line of tarmac dissolving into an abstract painting. Brightly coloured objects overlaid, as in a collage. Two urinals defy against the assault of graffiti. Clouds in the morning sky tenderly cradling sunbeds on the shore. Aimless characters strolling under a concrete lace as their world was framed by its curves... Photographs signed Henri Darricau have the lightness of a haiku; at time, as powerful as a painting free of gimmicks when they don’t play off the neutral style of Deadpan. Like insidious invitations to travel in the thickness of signs carved over time. New York, Dubai, Mexico, New Orleans, Moscow, the Mucem de Marseille, Buren’s columns in Paris… have all been caught in the pictorial aesthetic of this citizen of the world, always in awe before reality’s niches. Henri-Camille Darricau is not your usual street photographer, he harvests moments and sows questions. In the ways of the first photographers and impressionist painters, he wanders with his camera to capture “impressions”. Like a nomad, almost phlegmatic, but secretly vigilant for this dazzling flash when the matter, lines and colours of a fragment of the world coalesce to play, and catch his eye. Reflections in glass windows, cracks in the tarmac, stains on walls, hazardous trajectories converging towards one another, become characters, occult symbols… magic takes place in this exact instant. Through his eye, the photographer explores the singular architecture of a microcosm. In a click, the lens cuts through the veil of perception, immortalising its composition. The fragment is salvaged from indifference, freed from chaos and oblivion, the fate of things. Uniquely. It seems somewhat astonished to have been seized; all happened so swiftly. In the space of a couple of exposures, two or three at the most, a piece of world is s
La Dame blanche - Punta de Mita - Mexique Sérénité - Progreso - Mexique8 9
10 Quiétude - Tulum - Mexique 11 But even back then, one of the greatest painters of the early 19th century, who helped pave the way for Impressionism, said: “My work consists of painting what I see, not what I know to be there.” J.M.W. Turner I would say, “My work consists of photographing what I see in what is there, not of recording what I know to be there.” Mais déjà, un des plus grands peintres du début XIXème à l’origine du basculement vers I’impressionnisme, disait: « Mon travail consiste à peindre ce que je vois, non ce que je sais être là. » J.M.W. Turner Je dirais, « Mon travail consiste à photographier ce que je vois dans ce qui est là et non à rapporter ce que je sais être là ».
L’eau monte - Dubaï - E.A.U (Emirats Arabes Unis). Khéops dentelle - Marseille - France`12 13
Le Vide - Cuba Profusion - New Orléans - Louisiane USA ` 14 15
Différence - New Orléans - Louisiane USA Indifférence - Fondation Vuitton - Paris France ` 16 17
La Rouge - Milan - Italie 19Contre champs - Les quais de Paris - France18
Fléche jaune - New Orléans - Louisiane USA 21Taffe 1 - New Orléans - Louisiane USA20
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