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MAYOTTE 2024-2026 Chronique d'une île en mutation Barrages • Cyclone Chido • Crise de l'eau • Vie quotidienne • Réseau M'Safara Capsule temporelle du Collège Marcel Henry 2026

« Ça ne nous fait pas plaisir, mais on est obligé de passer par là » Mayotte Hebdo - Par Audrey Margerie et Marine Gachet - 24 janvier 2024 À Chirongui, les manifestants ont bloqué l’accès à la ville pour protester contre l’insécurité sur l’île. Une dizaine de personnes étaient présentes ce mardi matin à l’entrée de l’avenue de la Préfecture, à Mamoudzou. Le premier barrage à Chirongui se voit ici, de loin, les personnes refusant que des images soient prises de plus près. À plusieurs endroits de l’île, ce mardi 23 janvier, de nombreux Mahorais ont décidé de bloquer les routes afin de protester contre l’insécurité et demander des mesures concrètes. « Garez-vous là ! On doit pouvoir laisser un passage pour les urgences », intime une manifestante au premier barrage de Chirongui, parmi une soixantaine de Mahorais mobilisés contre l’insécurité, ce mardi 23 janvier, malgré la pluie. En amont de la station essence, en arrivant du Nord, une file de voitures est garée le long de la route. Pneus, carcasses de voitures, débris, poubelles renversées et troncs d’arbre jonchent le sol. À part les pompiers, les ambulances et les gendarmes, garés devant pour encadrer la zone, personne ne passe les barrages. « Pas de photo, pas de vidéo », répètent les grévistes, plus ou moins véhéments, surtout inquiets que leurs employeurs les reconnaissent, comme les plus jeunes du groupe au visage masqué. Ou encore ce père de famille anonyme, posté à un second barrage, dont le ras-le-bol déborde : « Il n’y a pas de réponse concrète à l’insécurité, alors on fait ces barrages. Ça ne nous fait pas plaisir, mais on est obligé de passer par là, de sacrifier une journée de travail, pour se faire entendre ». Il poursuit : « On vit dans l’insécurité, le matin, le jour, la nuit, peu importe. La route est impraticable, les gens se font caillasser à l’aller comme au retour. Wuambushu n’a rien donné. Là, ça suffit. » « Rendez-nous notre stade » Excédés, les manifestants de Chirongui demandent aussi le démantèlement du campement du stade Cavani et que des mesures soient prises pour stopper les mouvements migratoires vers Mayotte. Tout comme une dizaine de personnes installées à l’entrée de l’avenue de la Préfecture, à Mamoudzou. « Rendez-nous notre stade », « Oui au département, non au débarquement », « Stade c pour le sport » … Autant de slogans affichés noir sur blanc à proximité de la tonnelle qui sert d’abris à ces autres manifestants. « Nous sommes là depuis dimanche, on n’a pas bougé », lance l’un d’eux, qui affirme que c’est la vidéo d’un migrant du camp du stade Cavani brandissant un drapeau français lors de la manifestation de dimanche qui les a résolus à venir siéger près de la préfecture. « C’est de la trahison », commente une des femmes présente à l’intersection. Il ne s’agit pas du « vrai barrage ». Ce dernier, tenu par « deux mamans et un jeune homme », se trouve au bout de la rue, à l’entrée de la préfecture. Mais une dizaine de CRS bloque l’accès et nous indique que seuls les services de l’État peuvent passer. « Hier, je pouvais leur apporter de l’eau et de la nourriture. Aujourd’hui, on ne me laisse plus passer non plus », nous indique Safina Soula, présidente du collectif des citoyens de Mayotte 2018, qui pourtant souhaite se présenter comme simple citoyenne.

Pour elle, l’occupation du stade représente une réelle violence symbolique. « Ce sont nos infrastructures. On empêche notre jeunesse d’en profiter. On veut juste que nos enfants puissent jouer au foot », déplore celle qui a du mal à contenir sa peine et sa colère. « Nous ne sommes pas xénophobes, mais on n’en peut plus. On dirait que tout est fait contre les Mahorais. On ne va pas se taire », poursuit-elle, persuadée que sans ces barrages, la population ne sera pas entendue. Plusieurs draps ont été marqués de slogans à l’aide de peinture noire aux abords de la préfecture à Mamoudzou. Stade C pour le sport. « Un sentiment anti-républicain parmi la population » La présence des migrants originaires de différents pays d’Afrique continentale dans le stade semble finalement être comme une goutte d’eau dans un vase déjà trop plein. « Chaque fois qu’on part au travail, on demande si ça va être notre tour. Quand je vais faire des courses, voir ma famille avec les enfants, je me dis : « pourvu qu’on ne se fasse pas attaquer ». Est-ce que ça c’est une vie ? », interroge Naima*, une mère mahoraise au barrage de Chirongui, revenue de métropole il y a un an, pointant les agressions récurrentes sur les routes tout en étant convaincue que l’insécurité est alimentée par une jeunesse issue de l’immigration et la situation du stade. Et les affrontements répétitifs qui ont eu lieu la semaine dernière entre délinquants et migrants dans l’enceinte du stade n’ont rien arrangé. Si ces problématiques ne sont pas nécessairement liées, le rapprochement est fait pour l’ensemble des manifestants, qui n’en peuvent plus des crises successives. « Il commence à il y avoir un sentiment anti-républicain parmi la population à force de ne pas se sentir écouté. Et cela me fait très peur », confie Safina Soula, avec une détresse dans la voix. Cette dernière devait, ainsi que d’autres membres du collectif, être reçue par le préfet à 10 h, ce mardi (voir par ailleurs). « On restera tant qu’on n’aura pas de réponse allant dans notre sens », affirmait plus tôt dans la matinée une des manifestantes, avenue de la Préfecture. « C’est regrettable de devoir bloquer les routes pour espérer parler avec les élus et trouver une solution », déplore Naima depuis le barrage de Chirongui. Dehors, la pluie continue de s’abattre sur le Sud et le vent de coucher les arbres sur la route. « Mais on va rester le temps qu’il faut ! Si c’est un mois, c’est un mois ! », assène une autre mère de famille qui se sent trahie par l’État « qui n’écoute même pas nos élus ». *Prénom d’emprunt.

Le combat des forces vives mahoraises : le temps des barrages Mayotte la 1ère - Raphaël Cann, Halidi Halda - Publié le 5 avril 2024 à 13h20, mis à jour le 5 avril 2024 à 13h21 Le combat des forces vives 2/3 : le temps des barrages - ©Mayotte la 1ère Dans un magazine, le combat des forces vives mahoraises, Mayotte la 1ère revient sur ce mouvement contre l'immigration clandestine et l'insécurité qui aura marqué le département. Pour ce deuxième épisode, le temps des barrages, qui fut le quotidien des Mahorais durant près de 40 jours. Le combat des forces vives mahoraises, c'est le magazine de Mayotte la 1ère qui retrace les près de 40 jours de barrages qui ont secoué le département du 22 janvier au 29 février, de ses origines aux mesures obtenues. Un mouvement contre l'immigration clandestine et l'insécurité à l'initiative d'un nouveau collectif, les forces vives. Dans ce deuxième épisode, le temps des barrages, le quotidien des Mahorais durant plus d'un mois. Des barrages des plus rustiques aux plus sophistiqués Quelques jours après la première opération de démantèlement du camp de migrants du stade de Cavani, à l'origine de la colère, le préfet Thierry Suquet ordonne le démantèlement des barrages par la police et la gendarmerie. Le dialogue est rompu avec les barragistes, le mouvement se poursuit et se renforce. Les blocages se multiplient un peu partout dans l'île. Certains sont rustiques, quelques branches d'arbre sur la route, d'autres plus sophistiqués, avec l'installation de portails coulissants à Bandrélé et Chirongui. Le barrage de Ngwézi est désormais ouvert - ©Mayotte la 1ère Sur les barrages, l'ensemble de la population est représenté : salariés, fonctionnaires, sans emploi et même des entrepreneurs se mobilisent. Tous dénoncent le climat d'insécurité qui asphyxie l'île. "Nos enfants se font agresser, on ne peut plus dormir ni circuler tranquillement, on en marre. Personne ne se bouge", explique une manifestante au barrage de Passamainty. "On ne peut pas aller à Mamoudzou sans se cacher des jeunes de là-bas, des jeunes comme moi", ajoute un autre barragiste. "J'aimerais bien aller à Mamoudzou, faire ce que j'ai à faire, et rentrer chez moi sain et sauf." Les femmes âgées et en première ligne Les femmes, notamment les grands-mères, sont en première ligne de la mobilisation, occupant de nombreux barrages comme à Kangani. "Nous dormons ici, nous préparons à manger et le matin nous faisons des prières pour le succès du mouvement", raconte une femme âgée, assise sous une tente à proximité d'un barrage. Elles contribuent également au moral des troupes, avec des chants traditionnels. Au plus fort du mouvement, une vingtaine de barrages sont recensés dans le département. Les principaux axes routiers sont bloqués et la circulation des barges entre Petite-Terre et Grande-Terre est interrompue. "On est coincé pour l'instant, il n'y a même pas de bateau clandestin", se désole un habitant de Petite-Terre devant l'embarcadère.

Une foule importante est bloquée à quai à l'embarcadère de Mamoudzou - ©Gaelle Malet Montant en intensité, le mouvement se structure et des leaders émergent. Parmi eux, des intellectuels, d'anciens élus et des figures du monde associatif. Une charte du barragiste est rédigée pour limiter les abus et les conflits. "On a trouvé un accord pour faire passer les véhicules de première nécessité, les ambulances, les pompiers, la sécurité civile, les médecins et le reste on verra", énumère un manifestant. Sur le terrain, ce texte n'est pas toujours respecté. Parmi les personnes qui sont restées sourdes à la charte du bon barragiste, on a des jeunes qui étaient alcoolisés Insa de Nguizijou, historien "On a mis les moyens sur la zone urbaine et périurbaine et on a oublié les campagnes, donc ces jeunes-là étaient là pour dire leur frustration et attirer l'attention sur le fait qu'il y a des personnes en souffrance en dehors de Mamoudzou", analyse l'historien Insa de Nguizijou. "Ils ont trouvé dans les barrages un exutoire, un moyen de s'exprimer." La santé, l'éducation et l'économie, victimes des barrages Malgré la charte, se déplacer devient un calvaire pour les professions médicales et les voyageurs. "On est obligé de franchir les barrages, j'ai mis trois heures pour aller à Poroani au lieu de 15 minutes", raconte un passant. Une grande partie de la population, notamment dans les zones rurales, se retrouve confinée. Les services publics fonctionnent au ralenti. Les établissements scolaires ferment, faute d'élèves et d'enseignants. "Je suis très inquiète, parce qu'on est très en retard et l'Education nationale ne va pas nous privilégier juste parce qu'on a subi les barrages", déplore une lycéenne. Le barrage de Longoni ce mardi 27 février - ©Mayotte la 1ère Plus de 5.000 conteneurs sont bloqués au port de Longoni, certains produits sont en pénurie dans les rayons des magasins. De nombreuses entreprises sont à l'arrêt et appellent à l'aide.

"Nous sommes responsables de nos collaborateurs, on ne va pas prendre le risque de les faire venir pour qu'ils mettent leur vie en danger", résume Bourahima Ali Ousseni, le président de la CPME, la confédération des petites et moyennes entreprises. "On n'est vraiment désespérée et on ne voit pas le bout du tunnel." Le retour des congrès Au fil des semaines, le mouvement perd une partie du soutien de la population, qui conteste ses méthodes. "Barrer dans le sud, ce n'est pas une bonne idée, il faut qu'on aille à Mamoudzou, c'est là-bas que ça se passe !", propose une passante. Pour maintenir l'élan, les forces vives reprennent la tradition des congrès, à Tsingoni le 4 février et à Pamandzi le 14 février, et organisent des manifestations dans les rues de Mamoudzou. Les manifestants réunis devant le tribunal dont l'accès était barré par les forces de l'ordre - ©Mayotte La 1ère Ces manifestations dans le chef-lieu sont le théâtre de déferlements de colère. Le 6 février, la foule est gazée au lacrymogène quand elle essaye de franchir le cordon de police pour se rendre au tribunal. "Ils veulent nous intimider pour qu'on ne réclame pas nos droits, mais on va les réclamer même s'ils nous tuent !", affirme avec véhémence une manifestante. Plus tard dans la journée, les locaux d'associations comme Solidarité Mayotte sont cadenassés. Là aussi, le cortège essaye de forcer le dispositif policier avant d'être repoussé au lacrymogène. "Je suis écouté, pas forcément entendu par les forces vives, mais écouté. Avant que les choses ne dégénèrent, j'appelle à la responsabilité du gouvernement pour écouter maintenant les Mahorais, car je ne serai pas toujours écouté", mets en garde le président du conseil départemental, Ben Issa Ousseni. Mayotte est paralysée par les barrages, les négociations n'avancent pas. Après près de trois semaines de mobilisation, les forces vives attendent toujours une réponse du gouvernement. Elle arrivera le 11 février, avec la visite du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin dans le département Sources : Mayotte Hebdo, 24 janvier 2024 ; Mayotte la 1ère, 5 avril 2024.

Mamoudzou, le 08 janvier 2025 Chères et chers collègues, Nous venons de vivre un épisode singulier qui laisse des traces à plusieurs niveaux au regard des vécus de chacun. Malgré ces difficultés, il reste ce qui nous uni avec ce Faire vivre notre notre responsabilité collective et que je sais est partagée par les valeurs que vous portez. Réussir à relever ce défi, en prenant en compte les conditions dégradées que nous rencontrons, contribuera peut- être à effacer une partie des traces profondes de ce cyclone chez aux élèves qui nous attendent. Ils ont besoin de nous tous à leurs côtés. e Premier Ministre a communiqué le plan « Mayotte debout » le 30 décembre 2024 destiné à refonder Mayotte pour et avec les Mahorais. Ce plan fixe neuf axes stratégiques : Le plan écoles, lui, vise à opérer une rentrée « administrative » à compter du 13 janvier 2025 afin de maintenir une perspective indispensable pour chacun. Nous travaillons avec à un plan de reprise qui autour de trois principes : LA PROGRESSIVITE 1. Phase 1 : 13 janvier au 17 janvier 2025, rentrée des équipes administratives et pédagogiques, état des lieux humains et matériels. Elle permettra également de vérifier décompter les effectifs . 2. Phase 2 : 20 janvier 2020 au 24 janvier 2025, rentrée et accueil des élèves avec des modalités adaptées à chaque école et chaque établissement. 3. Phase 3 : 27 janvier au 28 février, phase de stabilisation qui permettra de les schémas nécessaires à la stabilisation jusque fin février. LES MESURES ORGANISATIONNELLES ET DE PREVENTION une démarche concertée pour identifier cette La sécurisation des enceintes et celles des lieux accueillant les personnes est un impératif malgré cet environnement dégradé dont les repères resteront certes différents. Les éléments compensatoires seront mis en place pour garantir cette sécurité. DISPOSITIONS RELATIVES AUX PERSONNELS ET A LA CONTINUITE PEDAGOGIQUE A DESTINATION DES ELEVES I e rentrée avec bienveillance en fonction de chaque situation individuelle. et en permettant de retrouver quelques bases de confort. Les personnels en grande difficulté peuvent obtenir de Des bâches vont être mises à disposition pour ceux dont les couvertures seraient encore endommagées. Pour les élèves, l rétablir une continuité pédagogique le plus rapidement possible. Avec le mobilisables qui pourront vous accompagner (CNED, CANOPE, etc.). Elle sera organisée et adaptée à chaque établissement. Je connais Le Recteur, Jacques MIKULOVIC

Ce livret rassemble des documents ayant marqué la vie des habitants de Mayotte entre 2024 et 2026 : les barrages citoyens, le cyclone Chido, la crise de l'eau, les enjeux environnementaux et la mise en place du réseau de transport M'Safara. Il accompagne les témoignages des élèves du Collège Marcel Henry afin d'aider les lecteurs de 2056 à comprendre le contexte dans lequel ils vivaient.