Alcyone n. pr. Nom donné à la période d’accalmie après la Tempête ; une période de calme propice à la renaissance du monde et la découverte de soi-même.
RespireOuvre
les yeuxTrace ton chemin
Ca y est, je suis enfin arrivé ! Après des semaines de marche, je suis enfin à l’endroit indiqué. Je suis tellement excité ! Je ne sais pas ce que je vais trouver ici, mais j’ai rendez-vous avec moi-même.
Trois lunaisons plus tôt ....
A venir insertion photo de la fresque “village”
Je me souviens très bien de l'ambiance ce soir-là. On était installés autour du feu, après les cueillettes et les réparations du jour, les mains encore noires de terre. J'accrochais les lamelles de fruits et de champignons pour les faire sécher, et les grandes racontaient des anecdotes sur le dernier Bota'. Un soir calme et convivial. Moi, je ne parlais pas beaucoup mais je réfléchissais tout le temps, comme si quelque chose m’agitait de l’intérieur. Ce n’était pas une douleur, mais plutôt une déception douce amère. En fait c'est comme si quelque chose me manquait...pas en dehors, mais en dedans. Comme s’il me manquait une dimension invisible. C'est ce soir là que j'ai compris que ma peau cachait une carte. C’est ce soir là où j'ai pris la décision de partir. Le départ
Lili venait d’arriver, Les cheveux coiffés dans un chèche, vêtements à manches longues, bâton à provisions, filtre à eau sur la gourde, … elle avait vraiment la dégaine de la colporteuse. Elle venait du nord-est, et elle transportait dans son sac des lettres et des informations des autres communautés du secteur. Jamais loin, parfois blotti dans les replis de sa tunique, Roublard son panda roux était toujours content d'attraper les fruits ou les graines qu'on lui tendait. Les enfants l’adoraient. On buvait une infusion de racines de gingembre et d’écorce de citron, lorsque Lili a lancé entre deux goulées : « La lune dernière, je suis passé apporter un message à Laenthe, l’herboriste de la forêt au crapaud. Je n'étais jamais allé chez elle, et c'est la première fois que je la rencontrais. Et bien, elle m'a expliquée pourquoi elle s'est installée là-bas toute seule. C'est parce qu'elle a suivi un chemin à partir de ses grains de beauté. En fait, elle dit qu'on a tous une carte sur sa peau, et que si on sait la lire, on trouve un endroit qui nous correspond. » Personne n’a trop répondu. Des sourcils se sont levés. Quelqu'un a ri doucement. Moi, j'ai senti un frisson passer.
La nuit même dans mon filet, j'ai de nouveau observé ma peau. J'ai relié mes grains de beauté avec mon doigt et les points m'ont semblé former une courbe familière. Je les avait toujours vus, mais sans jamais comprendre. les lignes correspondaient à des constellations d'étoiles. C'était là depuis toujours... Je ne pouvais plus l’ignorer. Ma peau m’indiquait un trajet à suivre. Lili est repartie, avec le vent du matin. Roublard s'était fait plaisir dans la réserve de figues.
Trois jours plus tard, les grands oiseaux sont arrivés. Toucans et cormorans noirs. S'ils étaient en train de migrer, c'est que la saison des pollens allaient commencer d'ici une lunaison. Deux maximum. La nature allait envoyer les grandes nuées d'ici peu de temps, et c'était une période où l'on ne pourrait plus rester dehors en plein air. Alors je n'ai pas attendu. Je suis parti à l'heure du rouge- gorge, avant le lever du jour. Je ne me suis pas trop chargé, seulement quelques rations, mon couteau et mon riflard, mon hamac, et un morceau de charbon pour relier les points sur ma peau. Avec cette idée en tête : on n’a pas besoin d’attendre d’être compris pour répondre à ce qui nous appelle. Et je me suis mis en marche.
Pacheio surgit des fougères avant même que j’aperçoive les cabanes. Le raton-laveur me reconnaît aussitôt. Il s’approche, me renifle, puis repart en trottinant pour me montrer le chemin. Le figuier Sycomore apparaît peu à peu entre les feuillages. Je suis content de revoir Sacha et de passer par chez elle pour le début de mon aventure. J'adore l'odeur de terre mouillée qu'il y a ici. Des feuilles immenses et des arbres ont poussé partout, comme si la nature se développe en accélérée. Le figuier est devenu géant. Je le reconnais à peine. Ce que je reconnais, c’est la cabane centrale, perchée en hauteur. Autour d’elle, de nouvelles plateformes et passerelles relient les branches épaisses. Ce sycomore n’est plus seulement un arbre. C’est une tour vivante. Sacha et le sycomore
On circule d’une cabane à l’autre sans plan précis. Chacun fabrique, cuisine, répare, grimpe, disparaît. Il n’y a pas de chef. Pas d’horaires. Les choses se font parce que quelqu’un en a envie. Parce que quelqu’un sait faire. Parfois tout le monde parle en même temps et personne ne sait qui devait couper le bois. Parfois les repas arrivent tard, mais on finit toujours par s’accorder. Les ratons laveurs traversent les passerelles comme s’ils les avaient construites eux-mêmes. On ne sait plus qui a adopté qui. Il y a toujours une assiette de plus au moment du potluck pour le voyageur de passage. Toujours un coin libre pour suspendre un hamac. Je sais que je peux rester autant de temps que je le souhaite.
Quand la veillée commence, les voix montent jusqu’à la canopée. Les rires s’entrelacent. Les histoires circulent d’une plateforme à l’autre. Le bruit devient vite dense pour moi. Les phrases se croisent trop vite. Je perds le fil etmon esprit se fatigue. Alors j’installe mon hamac un peu plus loin, là où le tronc absorbe les échos. Je préfère sentir le vent dans les feuilles plutôt que les conversations qui se chevauchent. Ici, on peut disparaître un moment sans que cela pose question. Je m’allonge. Au-dessus de moi, les feuilles frémissent lentement. L’arbre respire, et j’en fais partie.
Sa mue alama ori kheelena Dire kerena’ ori kheelena Sa mue alama ori kheelena Dire pulava’ ori kheelena Sa mue alama ori kheelena Dire shvara’ ori kheelena Sa mue alama ori kheelena Tavi escura’ ori kheelena. Tous mes amis dansent en rond, Ceux à plumes, dansent en rond. Tous mes amis dansent en rond, Ceux à poils, dansent en rond. Tous mes amis dansent en rond, Ceux à écailles, dansent en rond. Tous mes amis dansent en rond, Petits et grands, dansent en rond
Je m’apprête à sortir de la jungle. Je sens que la végétation change, et que je devrais bientôt déboucher sur la grande vallée. C'est au bord d'un ruisseau que je découvre deux yeux qui m'observent. L'un vert, l'autre bleu, comme s'ils reflétaient à la fois la jungle et le ciel. Ces deux yeux appartiennent à un curieux goupil, et derrière lui une jeune fille apparaît entre les arbres. De son crâne émergent de fins bois de chevreuil, ornés de mousse et de perles naturelles. Elle s'appelle Iris, et à ses côtés le renard Nova l'accompagne. Elle m’accueille avec une tranquillité évidente. On s’installe près d’un bassin où flottent des plantes phosphorescentes. Nous partageons notre repas. Le soir tombe, et les étoiles commencent à percer le couvert forestier. Je lui parle de ma carte pigmentée. Je lui explique que je suis la constellation de la Lyre pour découvrir ce qui m'attend au bout, lorsque j'atteindrai le point Vega. Quand je lui parle de ma quête, elle ne doute pas de ma quête, et me répond sans jugement. Elle n’avait jamais entendu parler de l’idée de la carte pigmentée, mais elle en perçoit l'esprit. Elle-même vit en connexion profonde avec les rythmes naturels, les mutations du corps et les intuitions invisibles. Iris et Nova
Elle enchaîne sur ses propres observations : les bois qui changent de teinte à l’automne, les nouvelles taches sur sa peau, les variations d’écorce ou de pelage. Pour elle, c’est évident que tout être vivant est en évolution, et que le chemin n'est pas figé mais qu’il correspond à une période de sa vie. «La nature pousse. Le ciel change. La peau aussi. Tu crois suivre une carte fixe, mais ton corps n’a pas fini de dessiner.» Je reste silencieux, mais en moi ça se bouscule. Elle parle des grains de beauté qui apparaissent lorsqu'on grandit, et qui ferait évoluer notre carte pigmentée, comme si le parcours ne serait pas gravé dans du marbre, mais tracé dans du sable.
Cela fait déjà une demi-lune que je suis parti, et je parcours désormais une zone de steppes. Un immense champ de maïs sauvage s’étend à perte de vue devant moi. Les tiges sont géantes, hautes comme des arbres. Elles me dépassent largement. Lorsque je m'approche de la lisière, c'est impossible de voir de l'autre côté. Je décide tout de même de tracer à travers champ pour gagner du temps. Je m’enfonce dans les tiges, hautes comme des arbres. Ici, tout semble filtré: les bruissements que font les maïs quand je les pousse, même la lumière est en partie absorbée. Je crois d’abord apercevoir une clairière. Mais en m’approchant, je comprends : les tiges ont été pliées en cercle. Un cercle presque parfait. Et au centre, il est là. Assis, immobile. Touffe. Touffe
Je comprends de suite que c'est lui. J'en avais déjà entendu parlé lors des veillées. Plusieurs colporteurs l'avait évoqué également. Touffe, l'observateur Personne ne sait qui s'est. Son masque en vannerie est immense, rond comme une pleine lune. Je ne vois pas son visage, à travers les fentes ses deux yeux brillent comme deux énormes billes qui reflètent le ciel. Je reste debout. J’attends un signe. Il ne vient pas. Je lui pose une première question, il ne répond pas. Alors je m’avance lentement. Je m’assois en face de lui. Pas trop près. Il ne bouge pas, mais je sens qu’il m’a vu, je sens qu’il me regarde vraiment. Je tends la main. Je dessine dans la terre meuble entre nous. Trois dessins, un point d'interrogation : une question. Touffe ne dit rien.
Quand je me relève, son masque suit mon mouvement. Il m’observe encore. Il tend un bras lentement, et cherche à me donner quelque chose. J'avance ma main, et il y dépose un petit objet dans ma paume. Étrangement lourd pour sa taille. Je hoche la tête en guise de remerciement. Touffe ne répond pas. Il n’a jamais eu besoin de le faire. Je repars sans bruit. Derrière moi, le maïs se referme après mon passage et Touffe disparaît de ma vue. Je continue de traverser le champ de maïs, et une fois ressorti de l'autre côté, j'ouvre la main pour regarder ce qu'il m'a donné. Une pierre préciseuse aux reflets orangées, à peine plus grand que mon pouce. Dense, brute, aux arrètes saillantes. Je la range dans une poche, et je garde la main dessus pour continuer de la toucher encore un peu.
Les arbres se sont resserrés autour de moi comme s’ils cherchent à me murmurer un secret. Le chemin devient flou, mes pas incertains. Une chaleur sourde me martèle le crâne, mes poumons me brûlent à chaque respiration, et mon souffle semble désormais en guerre contre moi-même. Est-ce les baies mangées plus tôt ? Ou cette eau bue à la dernière source ? Peut-être les nuées de pollen qui commencent à s'installer sans que je m'en rende compte ? Peu importe, ça ne va pas. Je me suis perdu, et je suis désormais seul et affaibli. Je m'assieds au pied d’un tronc moussu, le souffle court, ma vision vacillant entre vert et violet. J'ai beaucoup de mal à respirer. Quand je me réveille, c'est dans une odeur d’herbes séchées et de terre humide. Je suis allongé sur un tapis de mousse, dans une cabane en bois étrange où les murs semblent tissés d'épaisses lianes. Des fioles pendent du plafond, remplies de liquides ambrés et d’infusions chatoyantes. Des plumes, des os polis, des cristaux violets aux reflets changeants… Tout ici semble vivant, chargé d’une énergie ancienne. “Tu as une infection aux poumons” dit une voix grave et calme. Elle se tient là, immobile, les yeux verts brillants comme chargés en chlorophylle.
Connue des villages alentours comme “la femme aux plantes”, “la guérisseuse du bosquet au crapaud”, “celle qui parle aux pierres”. Elle porte une coiffe faite d’un crâne d'animal blanchi, orné de plumes et de peintures tribales. Son visage porte des marques de pigments, comme des symboles anciens. Elle a l’allure de celles qu’on écoute sans poser de questions. Laenthe
Je suis encore bien faible, et je sens que ma respiration est toujours trop courte et difficile. Je tente de lui parler mais ma gorge ne laisse sortir qu’un son bien rauque. Elle s’approche en me tendant une tasse fumante. “Bois. Tu n’as pas besoin de parler. Tu as besoin de respirer.” Le liquide est amer, presque piquant. Mais presque aussitôt, mes membres cessent de trembler, et mon souffle se stabilise. Je reste là deux jours. Peut-être trois. Le temps n’existe plus ici. Elle soigne sans parler, récolte ses plantes sans bruit, mais parfois, elle m'adresse un regard plein d'intensité. Au quatrième jour, elle me montre une carte. Ce n’est pas une carte classique. C’est un parcours constitué de réseau de constellations, c'est sa carte pigmentée ! Elle a minutieusement observé, cartographié, relié et interprété le dessin de ses grains de beauté. C’est ainsi qu’elle a trouvé cet endroit, ce carrefour secret : un point d’équilibre caché dans la forêt, là où un ruisseau clair serpente sous les arbres géants, où les cristaux violets jaillissent de la terre, où les ruines d’un vieux bâtiment sommeillent sous les ronces, et où une carcasse d’avion brisée gît entre les troncs. Tout converge ici. Elle y a bâti sa cabane, au centre de ces points d'intérêts. “Je vois que tu es en chemin toi aussi, dit-elle en me montrant du doigt ma peau où j'avais relié régulièrement mes grains de beauté au charbon. Viens, je vais te montrer quelque chose.”
Elle m'emmène près de la rivière, où un crapaud géant aux yeux luminescents garde une pierre runique couverte de signes oubliés. Il ne bouge pas, mais Laenthe s’incline devant lui avec respect. Avant que l'on ne reparte, elle se penche, prend un bout de bois et ramasse quelque chose au pied de la pierre. Elle sort alors un petit sac en tissu et le dépose dedans. Une fois rentrée à la cabane, elle ramasse quelques ingrédients avant de me tendre un petit sac. “Voici un sac chamanique. Dedans je t'ai mis de la sauge noire enroulée de mue de crapaud. Si tu as besoin de reprendre de l'air, brûle le et purifie le lieu autour de toi avec sa fumée. Ça te servira peut-être un jour.” Quand je repars, j'ai retrouvé mon souffle et ma forme. Laenthe n’a pas seulement soigné mon corps, elle a aussi réactivé ma quête. Il y a bien quelque chose de spécial ici, et elle m'a donné la preuve que chaque carte pigmentée mène bien à une destination spéciale.
Cela fait déjà deux lunaisons que je suis parti de mon village. La flore et la faune commence à changer. La lumière elle- même évolue et des teintes orangées s’allongent désormais en fin de journée. Les montées se multiplient, et je vais bientôt quitter la zone de forêt pour passer en zone montagneuse. C’est alors qu’une structure improbable se dessine entre cimes et ciel : une tour d’observation, dressée en hauteur sur des jambes de bois, bâtie d’éléments de récupération. Perchée là-haut, un enfant scrute l’horizon. Sa silhouette menue lève un bras pour me pointer une direction entre deux collines embrumées. J'hésite. Cela fait maintenant plusieurs jours que je n'ai pas croisé quelqu'un. Je ne suis jamais venu jusqu'ici et je ne connais pas les clans et les coutumes. Est-ce que je dois me rendre dans la direction indiquée ? C'est alors qu’un léger bruit me fige. Quelque chose vient de glisser derrière moi. Je me retourne lentement, et je vois quelqu'un à quelques pas de moi qui m’observe, debout, silencieux, masqué. Ses yeux vifs et violets étincelants semblent chercher mes intentions. Je n’oublierai jamais ce regard. Sans un mot, il décale légèrement sa tête et semble regarder en direction de la vigie. Il lui fait un geste : il trace dans l’air une suite de deux lignes droites croisées d’une virgule. Ils parlent le code runique, un langage codé gestuel qui permet de communiquer sans avoir à se parler. La sentinelle recule lentement et repart silencieusement entre les arbres. Je reste un moment figé, le cœur battant. Puis je me décide à bouger. Je passe sous la tour d'observation, et prend la direction que m'indique l'enfant du haut de sa plateforme. la vigie et la sentinelle
De l'eau! Une énorme étendue d'eau ! Comme un morceau de ciel coincé dans le coteau. Ce n'est pas un lac d'altitude. Plutôt un reste d’inondation. Une de ces crues de la “tempête” qui n’est jamais repartie. J'ai déjà vu ça dans un gour, un ancien cratère de volcan remplit d'eau. La clarté de l'eau dévoile en surface d’anciens bâtiments recouverts d'algues, et des squelettes d’arbres morts. Des toits d’anciennes maisons sont reconnaissables un peu plus loin. Des traces du monde d’avant qui a été avalé par l’eau. Contourner la zone rallongerait le parcours d'au moins une journée. Idéalement il faut que je traverse pour continuer mon chemin. Alors je cherche quelques éléments flottants pour me fabriquer une embarcation de fortune. C’est lorsque je me met à l’eau qu’elle apparait. D’abord une forme floue qui remonte du fond. Puis une ombre, massive et douce à la fois, qui glisse en dessous de mon embarcation. Une tortue. Une tortue géante ! D’une taille telle qu’on la croirait sortie du passé. Elle nage en cercles lents et revient, encore et encore, vers le même endroit. Plus je prends de temps pour la contempler, plus mon cœur s'apaise. À force de l’observer, je perçois une répétition, une logique dans ses tours. Elle semble marquer une direction à travers les eaux basses, vers une zone plus stable. Un passage entre les débris qui affleurent à la surface. Je la suis pour emprunter son itinéraire. Je traverse la zone sans danger. Lorsque j’atteins la terre ferme de l’autre côté, la tortue s’arrête. Elle sort la tête de l'eau, plonge ses deux yeux bleutés dans les miens, puis s’enfonce sans un bruit dans l’eau. Chelys
A venir insertion photo fresque “radeau bleu””
En suivant un cours d'eau, un serpent glissait silencieusement à la recherche de nourriture. Alors qu'il découvrit une paisible clairière, il aperçut un rameau de feuilles brillantes suspendu à une branche. Intrigué, il s'approcha avec méfiance. Le rameau se balançait doucement au gré du vent. Il était conscient de sa fragilité mais cela ne l'empêchait pas d'être satisfait de sa croissance. En voyant le serpent arrivé, il lui proposa de se reposer à l'ombre de ses feuilles. Le serpent, méfiant mais intrigué, accepta l'offre et s'enroula autour du rameau. Les jours passèrent et une amitié improbable naquit entre le serpent et le rameau. Le serpent le protégeait des prédateurs qui osaient s'approcher, tandis que le rameau rameau lui offrait un abri paisible où se reposer. Et ainsi, tous deux purent trouver alliance et protection, malgré leurs différentes conditions.
Les montagnes sont mon prochain objectif, et je les vois se dresser devant moi à une journée de marche. Le vent prend tout son élan dans cette zone dégagée. Dans ce secteur, il n’y a plus de risque de nuées de pollen. D'un coup, une ombre glisse au-dessus de moi. Je lève les yeux. Un aéronef fend le ciel, suspendu dans un équilibre entre navire de bois et technologie solarpunk. Le fuselage semble fait de bois recyclé et de plaques d’acier ajoutées à la main. Le toit fait d'une grande plaque de tôle accueille quelques antennes et quelques plantes gourmandes de soleil. Une lanterne oscille sous la nacelle. Une silhouette à bord, casquette vissée sur la tête, tient la barre, impassible. Un oiseau écarlate s'est juché sur le bastingage avant, comme s’il profitait du transport pour se reposer. L’engin continue son vol, accompagné d'un groupe de volatiles qui le suit de peu. Il disparait petit à petit dans les nuages qui surplombent les conifères au pied des montagnes. Je reste un moment figé à suivre des yeux le point minuscule qui s’éloigne. L’aéronef a surgi comme un mirage. Preuve que le monde vit, respire, et avance par ses propres énigmes. Je reprend ma marche. Le vent souffle désormais dans mon dos. l ’aéronef
«Tu viens du bas ?» demande-t-il simplement, sans méfiance. J'hoche la tête, frottant mes mains pour y faire revenir un peu de chaleur. «Il te reste du chemin, j'imagine. Mais ici, tu peux souffler. Je suis Zéphyr. On passe souvent par cette crête. Les vents ici sont constants, puissants. On y récolte ce qu'on peut.» Il montre d’un signe du menton l’arrière du fuselage : deux silhouettes, encapuchonnées, sont affairées à démêler un immense cerf-volant qui vibre au moindre souffle. «Mon clan capte les vents. On tend des toiles, et puis on les connectent à un réseau de générateurs au sol. Lorsqu'ils sont secoués par le vent, nos cerf-volant actionnent les générateurs, convertissant l'énergie cinétique du vent en énergie électrique stockée dans des batteries. Bref, j’ te passe les détails techniques, tu n’es pas venu jusque là pour parler de ça j’imagine.» Zéphyr Le froid se fait plus vif à mesure que le chemin s’élève dans la montagne. Les courbes des pentes se durcissent, pelées par les bourrasques. Chaque pas demande plus d'effort, mais quelque chose aujourd’hui me pousse à continuer. C’est là que je l'apercois, perché au bord du monde : un avion éventré, figé dans la roche comme un oiseau métallique tombé du ciel. Ses ailes, tordues et rouillées, semblent encore vouloir s’élancer. Sur la plus haute partie du fuselage, une silhouette debout fait face au vent. Immobile / Présente / Vivante. Je m'approche. Le vent tournoie autour de l’épave, sifflant entre les nervures de métal. Puis l’homme se tourne tranquillement dans ma direction. Il porte un long masque en bois agrémenté de plumes colorées. Il descend avec souplesse, s’aidant d’un câble et de quelques prises qu’il semble connaître par cœur. Lorsqu’il atteint le sol, il retire son masque. Son visage est marqué par l’altitude, tanné par des jours passés dans le vent. Ses yeux, eux, brillent comme ceux de quelqu’un qui a vu du pays.
Il m'invite à le suivre à l’intérieur de la carlingue. Un poêle à bois bricolé réchauffe l’habitacle, et une odeur de résine, de miel et de bois brûlé emplit l’air — familière et douce. Un bol de tisane chaude change de mains sans mot. «Tu ne sembles pas venu ici pour le vent, toi.» Je lève la tête, et je lui explique ma quête et mon voyage. Zéphyr me fixe un instant, puis sourit. Il fouille dans une sacoche de cuir souple posée à côté de lui, et en sort un petit objet : un os lisse, poli par le temps, percé d'un trou au centre. Il me le tend. «Tiens. C’est un siffleur. Si tu le tiens bien dans le vent, il chante. À chaque altitude, un son différend. Certains l’utilisent pour se repérer, d’autres juste pour ne pas se sentir seuls.» Je l’accepte avec respect. «Merci, Zéphyr. Pourquoi fais-tu ça pour moi ?» Zéphyr remet son masque. Ses yeux brillent encore une fois avant de disparaître derrière la fente. «Parce que tu n’es pas le premier à monter ici. Et que ceux qui grimpent ont toujours une raison.» Toi, tu fais comme le vent, tu ne vas pas là où c'est simple, tu vas là où tu dois aller.» Plus tard, alors que je reprends mon chemin, le vent se lève dans mon dos et j'entend une note tenue qui murmure au milieu du souffle.
Là où les lumières dansent Je suis enfin arrivé ! Après des semaines de marche, j’atteins enfin le lieu que je pense indiqué par ma carte pigmentée. C’est une clairière bordée de pins anciens, avec une étendue d’eau calme qui reflète le ciel. Je ne sais pas ce que je dois trouver ici, mais je touche au but. Une grande satisfaction monte en moi. Une fierté simple. Bon, je m’attendais vraiment à quelque chose d’exceptionnel, à un lieu grandiose. Le lieu est beau… mais assez quelconque. Je me penche au-dessus de l'eau. Mon reflet apparaît, c’est comme si je me retrouvais face à moi-même.
Je trouve les ruines d’un ancien véhicule et je m’assois dessus, face au petit lac. Je sais que les réponses viennent à ceux qui savent attendre. Je prends le sac chamanique de Laenthe, et j’allume le ballotin de sauge. Je fais le calme en moi. J’attends. Puis vient la nuit. D’abord, c’est un frisson dans l’air, un souffle qui agite doucement les herbes. Puis le ciel s’éclaire. Lentement, des vagues lumineuses commencent à danser dans l’obscurité, des voiles verts, bleus et violets se déploient au-dessus de moi. L'aurore boréale traverse le ciel, et tout change. Les pierres s’illuminent de reflets irisés, L’eau se met à scintiller, et la forêt elle-même semble retenir son souffle. Être au bon endroit au bon moment, c'est se sentir à sa place. Je regarde mes mains, et dans les lumières de l’aurore boréale, elles semblent couvertes de peintures dansantes. Je me penche de nouveau au-dessus de l'eau, et je vois mon image traversée par des jeux de couleurs, Une version lumineuse et magique de moi-même. Et c’est là que je comprends ma voie.
Tout au long de mon périple, j'ai découvert de nouveaux lieux, j'ai écouté les histoires et les récits des clans, j’ai lu les mots sculptés dans l’écorce des arbres. J'ai rencontré de nouvelles personnes. Certaines connues, d'autres anonymes. J'ai porté ces histoires en moi, et maintenant, je sais quoi en faire. Je vais peindre ce qui ne doit pas être oublié. Je capturerai les histoires, les lieux, les esprits. Je vais donner une voix aux oubliés, une image à ceux qui en ont besoin. Je vais rendre hommage à la beauté de la nature. Ce n’est pas l’arrivée de mon voyage. C’est le départ de mon histoire. Je suis venu ici pour trouver un lieu, j’ai trouvé mon rôle. À présent, le monde ne se présente plus comme une carte à traverser, mais comme un espace à habiter.
Je repense à la pierre que m'a donné Touffe. Je la retrouve dans mes affaires, et je la regarde scintiller sous la lumière de l'aurore boréale. Il me revient cette légende : si l'on pose des topazes sur les yeux des aveugles le soir, le lendemain matin ils auront retrouvé la vue. Une métaphore qui invite à trouver sa topaze pour voir le monde autrement, pour avoir le bon prisme qui rend visible une autre dimension autour de nous. Je prends alors mon nouveau nom, et je démarre mon nouveau voyage.
A venir insertion photo fresque “peintre au sol” 1”
A venir insertion photo fresque “peintre au sol” 2”
Ce voyage, je le continue aujourd'hui, et chaque jour de ma vie. Je suis Topaz. Je peins parce que je veux transmettre des histoires. Parce que la magie de la vie est là tout autour de nous, dans les visages, les récits, les animaux, les lieux, les couleurs. Parce qu’il ne faut pas passer à côté de l’invisible, parce qu'il faut regarder autrement et rendre hommage à la nature qui nous fait vivre.
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Toutes les photos utilisées dans ce livre sont des fresques réalisées dans l’espace publique entre 2022 et 2026. Toutes ces peintures sont des créations originales, peintes à l’aérosol, à main levée. La fresque page 6 a été réalisée avec Fesh ; La fresque “Iris & Nova” page 26 a été réalisée avec CVZ ; La fresque “la Sentinelle” page 49 a été réalisée avec Rino, Cofee, Repy & Esor ; Les autres créations ont été réalisées uniquement par moi-même.
ALCYONE Et si notre corps renfermait une carte secrète ? Guidé par les constellations dessinées sur sa peau, un jeune voyageur part en quête du lieu qui pourrait le mener à devenir pleinement lui-même. Un voyage poétique et contemplatif remplit de rencontres marquantes, d’animaux hauts en couleurs et de paysages vibrants. Alcyone, c'est une aventure initiatique dans un monde réenchanté, un livre d'art personnel et authentique où Topaz nous propose une uchronie apaisée et écologique de notre monde qui ne sera jamais.