Regard sur la
SOMMAIRE01020315 - 18 OCTOBRE 2025 ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE13 - 15 NOVEMBRE 2025 ÉCLAIRER LA DÉCISION04 - 06 DÉCEMBRE 2025 LE FAIT NAVAL ET MARITIME15 - 16 JANVIER 2026 LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX04105 - 07 FÉVRIER 2026 MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE0512 - 13 MARS 2026 L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN0601- 02 AVRIL 2026 LE MULTILATÉRALISME0705 - 07 MAI 2026 L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT0811 - 13 JUIN 2026 SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES CÉRÉMONIE DE CLÔTURE09
01 - ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE 2 Le 15 octobre 2025 a été une date marquante pour la 36ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques/Cadres-dirigeants (36ème SMHES/Cadres-dirigeants) puisque c’était celle de sa rentrée et du premier des 9 séminaires qui composent cette formation si particulière. Cette année, la session se compose de 37 auditrices et auditeurs. Ce sont tous des cadres dirigeants à l’avenir prometteur et issus de grandes administrations nationales et territoriales, d’agences et d’opérateurs de l’État, de grandes entreprises publiques et privées, de l’université et de syndicats. Dans le détail, les auditrices et les auditeurs nous sont envoyés par : Airbus Defence and Space, Airbus Helicopters, Dassault Aviation, Naos Ventures, Naval Group, Technicatome, Thalès, L’armée de l’air et de l’espace, la Délégation à l’information et à la communication de la défense (DICOD), la direction générale de l’armement, la direction générale des relations internationales et de la stratégie, le service du commissariat des armées, le commissariat à l’énergie atomique, le centre national d’études spatiales, l’agence France développement, France travail, la Caisse Nationale Militaire de Sécurité Sociale, le syndicat CFE CGC Airbus et l’université de Toulon. Formation généraliste, les SMHES/Cadres-dirigeants visent à permettre à leurs auditrices et à leurs auditeurs de maîtriser la grammaire de la géopolitique. En neuf séminaires mensuels, d’Octobre à Juin, la session couvre les six fonctions stratégiques en France ainsi que les facteurs de puissance de notre pays. Elle va au contact de l’OTAN et de l’UE à Bruxelles mais aussi de l’ONU, des organisations internationales et des ONG à Genève. Enfin, un voyage d’étude conduira la 36ème SMHES/Cadres dirigeants à Istanbul en février 2026 car son thème étude est : « la mer Noire, espace européen au carrefour des rivalités Est-Ouest et Nord-Sud ». L’ensemble des travaux écrits et oraux des auditrices et des auditeurs est encadré par une solide équipe pédagogique où figurent deux enseignants chercheurs de l’université de Toulon avec laquelle la FMES a établi un partenariat. Ce dernier permet de suivre attentivement et de valider les travaux individuels et collectifs de la session et il se traduit concrètement par la délivrance, par l’université de Toulon, d’un Diplôme Universitaire intitulé « Stratégies et analyses prospectives des mondes méditerranéens ».
3 Il faut enfin noter qu’un diplomate de prestige accepte tous les ans de parrainer une session ; cette année c’est Monsieur l’Ambassadeur (R) Jean de Gliniasty qui tient ce rôle au profit de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants. Après une soirée du 15 octobre destinée à présenter la session et son déroulement et à faire connaissance autour d’un premier diner pris en commun, la journée du 16 octobre a été entièrement consacrée à l’énergie et elle a été partagée entre une visite du centre de Cadarache du commissariat à l’énergie atomique le matin et celle du projet ITER dans l’après-midi. Au CEA de Cadarache, l’adjointe du directeur a présenté le centre, son organisation, ses missions et ses perspectives d’avenir. Ensuite la session a pu profiter de trois présentations captivantes sur la division des applications militaires, sur le projet de réacteur Jules Horowitz et sur les petits réacteurs nucléaires modulaires. Ces présentations, toutes très sensibles et confidentielles mais aussi très complètes et détaillées, ont bien souligné l’importance et la pertinence des efforts faits par la France depuis plus de soixante ans pour rester en pointe dans la maîtrise de l’énergie atomique comme dans ses applications civiles et militaires. L’après-midi, un autre aspect du thème de l’énergie a été abordé grâce à la visite du projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) ; c’est celui de la conquête et de la maîtrise d’une source d’énergie propre, fiable et quasi-infinie. ITER, projet multinational aux ambitions et aux dimensions prométhéennes, ne vise rien moins qu’à reproduire sur terre la fusion nucléaire telle qu’elle se produit dans notre soleil et dans toutes les étoiles semblables. ITER rassemble 35 pays et il est la concrétisation de la capacité humaine, en dépit des différends politiques, à unir les volontés autour d’un projet dont la portée dépasse l’horizon d’une vie. Le cœur du projet est l’assemblage puis la mise en service, à horizon 2040, d’un gigantesque tokamak expérimental. Ce nom d’origine russe désigne un dispositif de confinement magnétique permettant la physique des plasmas à très haute température et ouvrant donc la possibilité de produire de l'énergie par fusion nucléaire. De la taille d’un immeuble de dix étages, le tokamak ITER est actuellement en cours d’assemblage. 01ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE
4 Les premiers essais de fonctionnement avec plasma inerte sont prévus vers 2030 puis un essai réel de fusion nucléaire pourra être tenté dans la décennie qui suivra. La voie sera alors ouverte, grâce à cette source d’énergie propre et quasi inépuisable, pour une sortie définitive des énergies fossiles. Pour faire le lien avec la visite du CEA de la matinée, il faut rappeler que le travail d’ITER est bien préparé par les résultats et les succès du tokamak WEST, du CEA voisin. Le tokamak West, bien plus petit en taille qu’ITER, vient en effet de réaliser un exploit technologique remarquable en maintenant un plasma pendant plus de 22 minutes ; un record mondial. Cette performance a été réalisée le 12 février 2025. Ainsi le tokamak West a franchi une étape technologique importante en maintenant un plasma d’hydrogène pendant plus de vingt minutes grâce à l’injection de 2 MW de puissance de chauffage. De telles expériences continueront d’être menées pour atteindre des plasmas de longues durées et des températures encore plus élevées, ce qui est essentiel pour le développement futur de réacteurs à fusion industriels pour lesquels ITER sera un démonstrateur crucial. Au bilan, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/ Cadres- dirigeants ont vraiment pu appréhender, au cours de ces deux visites, les principaux enjeux liés à l’énergie et à quel point ces derniers sont déterminants pour les États. Posséder des ressources énergétiques fiables, propres et variées, maîtriser leur production, leurs flux ainsi que tous les facteurs qui déterminent leur marché sont aujourd’hui et resteront demain des atouts précieux pour tout État qui recherche la puissance et qui entend compter sur l’échiquier mondial. Alors qu’on espérait avoir pérennisé le modèle occidental globalisé et centré sur le commerce et l’économie, ce dernier se dérobe sous nos pas et laisse place à un monde en fragmentation, déstabilisé, parcouru de forces centrifuges et qui laisse craindre que le chaos soit sa seule et unique matrice. Pour autant, la journée du 16 n’était pas tout à fait terminée car, de retour à la magnifique maison d’hôtes du CEA de Cadarache, les auditrices et les auditeurs de la session ont eu la chance d’y entendre une conférence faite par l’Amiral Pascal Ausseur, Directeur Général de la FMES et intitulée « Dans quel monde vivons-nous ? » Par cette question et par la réponse décapante qu’il y apporte, l’Amiral a voulu marquer les esprits d’auditrices et d’auditeurs qui, en rejoignant les SMHES/Cadres-dirigeants, souhaitent mieux comprendre les évolutions du monde en les abordant par la géopolitique et la géostratégie. 01ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE
5 En effet, la FMES tient pour essentielle la maîtrise de ces disciplines pour de futurs décideurs et elle s’évertue à les faire mieux connaître et pratiquer à travers une formation dédiée et sans équivalent en France. Selon l’amiral Ausseur, le monde qui se met en place sous nos yeux est en effet bien différent de ce qu’il était il y a dix ans mais surtout il ne ressemble en rien aux projections qu’on en faisait à l’époque. Alors qu’on espérait avoir pérennisé le modèle occidental globalisé et centré sur le commerce et l’économie, ce dernier se dérobe sous nos pas et laisse place à un monde en fragmentation, déstabilisé, parcouru de forces centrifuges et qui laisse craindre que le chaos soit sa seule et unique matrice. De surcroît, de cette profonde mutation émerge une humiliante relégation de l’Occident et une contestation des règles qu’il a édictées et qui toutes se fracassent sur la quadruple réalité du retour des rapports de force, des États autoritaires, de la puissance et du fait religieux comme clefs de compréhension et comme ferments des relations internationales. Il appartiendra ensuite aux auditrices et aux auditeurs de la 36ème SMHES/cadres-dirigeants de bien comprendre ce cadre général en pleine mutation pour y inscrire leurs réflexions et leurs travaux sur le thème de cette année « la mer Noire, espace européen au carrefour des rivalités Est-Ouest et Nord-Sud. Les huit séminaires qui suivront ce premier rendez-vous à Cadarache et à Istres, enrichiront leur réflexion au fil des différents thèmes abordés lesquels visent tous, à partir de l’exemple français, à montrer pourquoi, comment et à partir de quoi un pays comme la France est et entend rester un acteur géopolitique. La journée suivante, celle du 17 Octobre, s’est entièrement déroulée à Istres sur le site et dans l’enceinte de la base aérienne N°125. L’objectif de cette journée, après le thème de l’énergie, était de présenter d’autres outils de puissance aux auditrices et aux auditeurs. Le premier outil est purement militaire puisqu’il s’est agi d’explorer des aspects importants de la défense française : l’armée de l’air et de l’espace et la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire. Plus industriel et civil, le second volet de cette journée a été consacré à la visite du centre d’essais en vol du groupe Dassault Aviation. 01ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE
01ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE En début de matinée, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont été accueillis avec beaucoup de chaleur par le commandant la base aérienne 125. Cette base aérienne, qualifiée à juste titre de base « XXL » est en effet la plus grande de l'armée de l'air et de l’espace française. Avec celles d’Avord et de Saint Dizier, elle fait partie des trois bases aériennes à vocation nucléaire. Avec beaucoup de naturel et de simplicité, son commandant a bien décrit les enjeux et les défis de la base qu’il commande. Sa modernisation dans le segment du transport de passagers et de fret militaire a été illustrée par la visite faite par les auditrices et les auditeurs du tout nouveau terminal passagers récemment construit sur la base. Dédié aux armées et aux acteurs étatiques, il permet de s’affranchir des installations aéroportuaires civiles et offre donc une grande souplesse et une totale autonomie ; pour un pays comme la France, qui a des départements et des territoires sur toute la planète et qui entend pouvoir projeter ses forces partout dans le monde, une telle infrastructure était devenue indispensable. Le commandant de la base a également insisté sur la protection spécifique liée à la vocation nucléaire de la base et sur son armement en personnels qualifiés. Ce sont des combats permanents mais très illustratifs de l’effort global de modernisation et d’adaptation que fait l’armée française de l’air et de l’espace pour rester parmi les toutes meilleures au monde. Par ailleurs, le commandant a aussi détaillé les efforts qu’il mène dans le domaine de la qualité de vie des personnels qu’il commande et celle de leurs familles. Leur bonne intégration dans le territoire et dans le tissu économique et social local, par l’accès au logement, au travail et aux services publics est un facteur de fidélisation puissant. Participant ainsi au bien-être général des aviatrices et des aviateurs de la base, cette démarche renforce en fait leur volonté de servir et leur capacité opérationnelle. Par ailleurs, la BA 125 étant une base en partie dédiée à la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire, un exposé et des visites spécifiques d’unités et d’appareils affectés à cette mission ont permis aux auditrices et aux auditeurs de mesurer ce qu’implique pour un pays le fait d’être un État dit « doté ».6
01ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE Ce sont des efforts financiers, techniques et humains considérables mais c’est le prix à payer pour rester un acteur majeur et influent dans la conduite des affaires du monde. Depuis soixante ans, aucun chef de l’État n’a jamais remis en question cet effort. Enfin, à l’issue de la visite des unités et des appareils, un excellent déjeuner a été partagé avec quelques aviateurs de la BA 125, permettant ainsi aux auditrices et aux auditeurs de poursuivre avec eux les échanges initiés au cours de la matinée mais aussi d’évoquer des sujets plus intimes comme, par exemple, les conditions d’exercice du métier. En résumé, cette matinée très riche et dense a permis aux auditrices et aux auditeurs de la 36ème SMHES/cadres-dirigeants d’approcher les problématiques d’une des trois grandes composantes des armées françaises et de mesurer l’effort fait par la nation pour se garantir contre les menaces existentielles grâce une force moderne, efficace et ouverte sur le monde et la société tout en restant totalement dédiée à sa mission centrale de défense de la France et des Français. C’est enfin au centre d’essais en vol du groupe Dassault Aviation que s’est achevée la journée. Situé dans l’enceinte de la BA 125, ce centre d’essais en vol bénéficie ainsi d’infrastructures exceptionnelles et notamment de la plus longue piste d’Europe (5000 mètres) mais également du proche voisinage d’organismes, comme la DGA, avec lesquels Dassault Aviation coopère quotidiennement. Accueillis et guidés par un ancien auditeur de la 32ème SMHES/cadres dirigeants, les auditrices et les auditeurs l’ont ensuite entendu faire une présentation en salle leur permettant de mesurer les enjeux technologiques, industriels et commerciaux du groupe tout comme l’importance d’un centre d’essais comme celui d’Istres pour rester au meilleur niveau de performance tout en innovant. A l’issue cette présentation générale faite en salle, les auditrices et les auditeurs, guidés par trois autres anciens des SMHES ont ensuite visité les bancs d’essai, une salle d’écoute et les ateliers aéronautiques. Ils ont approché de très près les appareils « Albatros » et « Rafale » et ils ont pu longuement échanger avec des techniciens passionnés et passionnants.7
01ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE 8 Ainsi, les auditrices et les auditeurs ont pu mesurer l’impressionnant travail fait pour que ces fleurons de l’aviation civile et de combat française soient et restent au meilleur niveau. Les succès toujours plus nombreux à l’export de ces appareils le prouvent à l’envi. Grâce à cette passionnante plongée au cœur de Dassault Aviation, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/cadres-dirigeants ont pu bien comprendre les problématiques et les enjeux d’un groupe industriel de classe mondiale qui opère dans un secteur de très haute technicité : celui de l’aéronautique militaire et civile. Les choix stratégiques à faire en matière d’organisation, d’implantations, d’alliances, de coopérations, d’axes de développement sont tous d’importance majeure pour conserver au groupe sa position parmi les tous meilleurs mondiaux tout comme son impact pour la France en matière de partenariats et d’influence.Ensuite, ils ont pu suivre une conférence faite par le parrain de la session sur la mer Noire et sur les pays qui la bordent. L’impressionnante culture historique et l’expérience diplomatique de Monsieur l’Ambassadeur Jean de Gliniasty ont frappé l’auditoire qui a pu mesurer, à cette occasion, toute la richesse mais aussi toute la complexité de la région choisie pour thème de la 36ème SMHES/Cadres dirigeants. A peine achevées ces trois premières journées durant lesquelles les auditrices et les auditeurs ont pu se découvrir et s’apprécier tout en évaluant la belle aventure humaine et intellectuelle dans laquelle ils s’embarquent que déjà le prochain séminaire se profile à l’horizon. Dans un premier temps, ils ont reçu de la part de l’équipe pédagogique de la FMES et de l’Université de Toulon des informations importantes de calendrier, de méthode et d’organisation afin de commencer au mieux et au plus vite un travail académique qui sera important et qui se concrétisera par un rapport final de grande qualité mais aussi par l’attribution du Diplôme Universitaire évoqué plus haut. Ensuite, ils ont pu suivre une conférence faite par le parrain de la session sur la mer Noire et sur les pays qui la bordent. L’impressionnante culture historique et l’expérience diplomatique de Monsieur l’Ambassadeur Jean de Gliniasty ont frappé l’auditoire qui a pu mesurer, à cette occasion, toute la richesse mais aussi toute la complexité de la région choisie pour thème de la 36ème SMHES/Cadres dirigeants. Il conduira la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants à Paris pour y découvrir quelques institutions et organes importants dans la prise de décision en matière de défense et de politique étrangère.
01ENJEUX ET OUTILS DE PUISSANCE 9 De leurs visites à Istres et à Cadarache, ils peuvent déjà retenir quelques leçons cardinales concernant les outils de la puissance. Comment, pourquoi et à quel prix les obtenir, les maintenir au meilleur niveau et en user ; à quelles fins et pour quels résultats ? Telles sont quelques-unes des questions qu’ils ont pu se poser dans le cadre de leur cheminement intellectuel à la rencontre de la géopolitique et tout particulièrement des paramètres, des outils et des facteurs qui la déterminent.
02 - ÉCLAIRER LA DÉCISION 10 « Éclairer la décision » « La décision a besoin d’un esprit de maître » Louis XIV Le second séminaire de la 36ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques/Cadres-dirigeants (36ème SMHES/ Cadres-dirigeants) s’est déroulé à Paris du 13 au 15 Novembre 2025. C’est la préparation à la prise de décision au niveau de l’État en matière de politique étrangère et de relations internationales qui en a été le thème principal. Arrivant assez tôt dans la formation, cette étape parisienne est toujours un rendez-vous majeur dans le parcours des auditrices et des auditeurs des SMHES/Cadres-dirigeants. En effet, cette étape vise à leur présenter les principaux organismes et directions de l’appareil d’État français qui participent aux fonctions stratégiques « connaissance et anticipation » et « prévention ». Après Istres et Cadarache où, en octobre, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont abordé quelques aspects fondamentaux et structurants de la puissance d’un État : sa capacité à maîtriser ses ressources et son approvisionnement énergétique, sa volonté d’innover, les efforts qu’il consent pour préparer son avenir technologique et industriel, les outils de puissance et d’influence qu’il se forge ; il était donc opportun de poursuivre l’étude des facteurs de puissance de l’État en explorant quelques- unes de ses institutions qui œuvrent dans les domaines cardinaux que sont les relations diplomatiques et internationales. Ce séjour parisien prépare aussi le séminaire qui sera organisé à Bruxelles au mois de mars 2026 et qui donnera à la session une vision complémentaire, élargie et approfondie de l’ensemble des centres de décisions impliqués dans la mise en œuvre de la défense et de la sécurité collective à l’échelle de l’Union Européenne et de l’OTAN. Alors que la situation internationale présente une configuration particulièrement alarmante et sans équivalent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, venir ainsi à Paris à la rencontre des acteurs qui, au quotidien, proposent des options au pouvoir exécutif pour répondre aux multiples exigences d’un monde en pleine reconfiguration, avait donc beaucoup de sens pour une session dont le thème d’étude est : « la mer Noire, espace européen au carrefour des rivalités Est-Ouest et Nord-Sud ».
11 Par ailleurs ce séjour a été l’occasion pour la 36ème SMHES/Cadres- dirigeants d’avoir un premier contact direct avec son parrain : Monsieur Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France au Sénégal, au Brésil et en Russie.A l’instar de la session précédente, la première matinée du séminaire a ramené les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants sur les bancs de l’école et plus précisément sur ceux de l’IHEDN dans le bel écrin de l’École militaire. Un exercice d’application, organisé par la Direction de l’Enseignement et de la Recherche de l’IHEDN, a fait entrer les auditrices et les auditeurs dans la méthode qui doit guider leurs travaux sur le thème retenu pour cette année. Cette matinée passée à l’IHEDN a été particulièrement utile pour leur apprendre à jongler avec les paramètres et les variables qui structurent la démarche d’élaboration de scenarii prospectifs. La session a aussi pu constater à quel point le partenariat académique avec l’IHEDN est solide et performant même si, à partir d’une méthode commune, les objectifs poursuivis par nos sessions respectives diffèrent. Alors que la session nationale/politique de défense de l’IHEDN cherche à envisager des stratégies françaises sur des problématiques qui touchent directement notre pays, l’approche des SMHES est plus large et davantage axée sur la prospective géopolitique. Concrètement et à partir d’une méthode partagée par les deux instituts, cette différence se manifeste par le fait que, pour l’IHEDN, les scenarii prospectifs ne sont qu’une étape intermédiaire permettant de développer ensuite stratégies et recommandations destinées à des autorités françaises. Pour les SMHES, ces scenarii beaucoup plus développés sont l’objectif principal destiné à mettre en lumière et à documenter précisément et de manière prospective les dynamiques géopolitiques à l’œuvre à l’échelle de la région étudiée. Après cette matinée studieuse et un déjeuner pris au mess des Invalides, la session s’est ensuite dirigée vers le centre de conférences du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères (MEAE) où les auditrices et les auditeurs ont été reçus par deux diplomates appartenant au Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS). 02ÉCLAIRER LA DÉCISION
12 Au cours d’un passionnant exposé fait à deux voix, l’organisation et les missions de ce centre ont été expliquées et tout particulièrement son rôle volontairement disruptif et décalé par rapport au travail et aux positions des directions thématiques ou géographiques du ministère. Ensuite, pour bien coller au thème d’étude de la session, les orateurs ont davantage détaillé les problématiques liées à la mer Noire et aux tensions qui s’y nouent. La séquence de questions- réponses qui a suivi a permis à l’auditoire de décrypter le jeu des grands acteurs régionaux de la région et l’orientation que peuvent prendre les crises et les conflits qui la déchirent. En définitive, cette après- midi passée au contact de diplomates français expérimentés a ouvert les yeux des auditrices et des auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants sur la mission cardinale du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Il porte la voix et la vision de la France hors de ses frontières tout en tenant le gouvernement précisément informé de l’état et de l’évolution du monde. Vaste et exigeante mission qui oblige celles et ceux qui la remplissent à un travail de veille incessant face à l’imprévu et à l’inattendu. « Connaissance et anticipation » s’obtiennent à ce prix et doivent beaucoup à notre réseau diplomatique tout comme à la qualité et à l’abnégation de ses agents. Après une soirée studieuse qui a permis aux trois comités de se réunir pour désigner leurs responsables respectifs et débuter leurs travaux, c’est dans les somptueux salons du gouverneur militaire de Paris que la session s’est retrouvée le lendemain pour y entendre une série de conférences. Situés à l'Hôtel national des Invalides, ces salons sont des espaces prestigieux qui accueillent des événements culturels et caritatifs, tout en offrant des visites guidées exceptionnelles. L’Hôtel national des Invalides, où ces salons se trouvent, est lui-même un site emblématique qui a été établi par Louis XIV. Ce lieu a une riche histoire militaire et abrite le musée de l'Armée, qui est l'un des musées les plus visités de France, attirant plus de 1,3 million de visiteurs par an. Le gouverneur militaire de Paris, officier général de haut rang qui est responsable de la défense de la capitale, utilise ces salons pour des événements officiels et des réceptions. À l’occasion des journées du patrimoine, les salons ouvrent régulièrement leurs portes au public pour des visites guidées. 02ÉCLAIRER LA DÉCISION
13 Elles permettent au public de découvrir le bureau du général, le grand hall et les salons d’apparat, tout en étant guidé par des militaires et des réservistes citoyens. C'est une occasion unique d'explorer ces espaces d'exception. Les salons accueillent également divers événements culturels et caritatifs. Par exemple, des expositions-ventes d'œuvres d'art y sont régulièrement organisées pour soutenir les blessés des armées et les familles des soldats décédés en service. Ces événements permettent de collecter des fonds pour des causes importantes tout en mettant en avant des artistes. Le cœur de cet espace, le grand salon, qui est une salle centrale de l'Hôtel des Invalides, est particulièrement remarquable. Avec ses grandes baies vitrées, il offre une vue imprenable sur la cour d’honneur et le Dôme doré des Invalides.Ce salon peut accueillir jusqu'à 300 personnes pour des cocktails et est souvent utilisé pour des événements prestigieux. Les salons du gouverneur militaire de Paris sont non seulement des lieux de pouvoir militaire, mais aussi des espaces culturels dynamiques qui jouent un rôle important dans la vie sociale et artistique de la capitale. Les visites guidées et les événements qui s'y déroulent offrent une opportunité unique de découvrir l'histoire et la culture française dans un cadre exceptionnel. C’est dans ce lieu que la 36ème SMHES/Cadres dirigeants a eu le privilège de passer la journée du 14 Novembre. Cette journée a débuté par une conférence sur le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Rouage essentiel du fonctionnement de l’Exécutif et placé sous l’autorité du Premier ministre, le SGDSN a une mission centrale de coordination et de synthèse entre les ministères et cette mission s’exprime tout particulièrement par les Conseils de défense que le SGDSN prépare, conduit et dont il suit la mise en œuvre des décisions. Particulièrement utiles pour décider vite et bien en situation de crise et d’urgence tout en assurant le secret le plus absolu des débats, les conseils de défense sont de plus en plus fréquemment utilisés par l’Éxécutif. Plus particulièrement tourné vers les questions de défense et de sécurité, le SGDSN est donc un organe singulièrement important pour coordonner la réponse du gouvernement face aux crises et aux chocs nationaux et internationaux comme ceux des conflits au Proche et Moyen- Orient ; des turbulences en Afrique ou de la guerre en Ukraine. 02ÉCLAIRER LA DÉCISION
14 S’agissant ensuite du ministère des armées, les auditrices et les auditeurs ont pu tout d’abord entendre un représentant de la direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS). Figurant, avec le Secrétariat général pour l’administration (SGA), la Délégation générale de l’armement (DGA) et l’EMA, parmi les quatre organismes subordonnés directs du ministre des armées, la DGRIS est l’instance de pilotage du ministère des armées en matière de stratégie et de relations internationales. C’est à cette direction qu’échoit, en coordination étroite avec le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, la gestion des relations de la France avec ses partenaires en matière de défense que ce soit dans un cadre bilatéral ou dans celui d’alliances, comme l’OTAN, auxquelles la France est partie. Le représentant de la DGRIS a dressé un tableau complet des missions de sa direction notamment en matière de stratégie et de prospective tout en faisant un focus sur la mer Noire et son espace environnant ; éclairant ainsi pour la session la zone qui constitue son thème d’étude. A l’issue d’un déjeuner au mess des Invalides, la session a eu le privilège d’entendre un universitaire chevronné, expert de la Russie et plus particulièrement de la géopolitique de ce pays sur son flanc sud et en mer Noire. Reprenant la volonté historique de la Russie d’accéder aux mers chaudes, l’intervenant a ainsi mis en lumière le caractère central de la mer Noire et de sa région dans la politique extérieure russe. Sa culture et les innombrables références historiques sur lesquelles il appuie son propos ont permis aux auditrices et aux auditeurs de la session de mieux comprendre les racines des tensions et des conflits qui touchent cette région et notamment les plus récents : celui d’Abkhazie dans les années 1990, celui d’Ossétie du Sud en 2008, celui de Crimée en 2014 et bien évidemment l’invasion de l’Ukraine en 2022. Cette conférence, bien que s’éloignant un peu de l’objectif global du séminaire, qui était d’approcher quelques organismes centraux qui participent aux fonctions stratégiques « connaissance et anticipation », a permis à la session, en profitant de son séjour à Paris, d’y entendre un très brillant expert de la zone qu’elle étudie. L’après-midi s’est ensuite terminée par une conférence donnée par l’un des officiers généraux du pôle relations internationales militaires de l’État-major des armées. 02ÉCLAIRER LA DÉCISION
Au cours d’une conférence très dense, l’orateur a décrit les missions et l’organisation de ce pôle et comment il articule son action avec celles de la DGRIS et du MEAE. Il a brossé un panorama complet de nos principaux partenaires en matière de relations internationales militaires, celui des alliances auxquelles la France est partie et enfin, il s’est appesanti sur la zone de la mer Noire. Trois des pays riverains de cette mer sont en effet membres de l’OTAN : la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie et deux : l’Ukraine et la Géorgie, aspirent à le devenir. A l’inverse la Russie est farouchement opposée à ces adhésions et elle fait de ces aspirations une pomme de discorde. La question de l’expansion de l’OTAN dans cette région est donc un point central des frictions et des conflits de la région et il est probable que cette question sera aussi à l’ordre du jour lorsque la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ira à Bruxelles en mars 2026 à la rencontre de l’UE et de l’OTAN. Le lendemain matin, la dernière matinée du séminaire s’est déroulée dans les locaux parisiens de la Caisse nationale militaire de sécurité sociale, qui les a généreusement mis à la disposition de la FMES pour une ultime conférence portant sur la guerre en Ukraine. Prononcée par un expert renommé, cette conférence visait à donner aux auditeurs une connaissance et une compréhension approfondies du déroulement de cette guerre, de ses enjeux stratégiques, opératifs et tactiques et de la façon dont ils ont pu varier au fil des différentes phases des combats. Son impact sur la région du thème étudié par la session justifiait d’essayer de mieux comprendre cette guerre de haute intensité dont la résonance est forte dans la région de la mer Noire mais aussi, comme le prouve l’actualité récente, au cœur même de l’Europe et de notre pays. Ce que vivent les Ukrainiens, la façon dont ils résistent et s’adaptent suscitent immanquablement des questionnements profonds. Profitant de la paix depuis 80 ans, serions-nous capables, militairement, économiquement et socialement, de supporter de semblables sacrifices ? C’est ainsi que s’est achevé le second séminaire de la 36ème SMHES/Cadres- dirigeants. Visant à donner aux auditrices et aux auditeurs l’occasion de mieux comprendre pourquoi « connaissance et anticipation » est toujours la première citée dans l’énoncé des fonctions stratégiques qui structurent la défense et la sécurité de la France, il a spécifiquement été organisé autour de ces fonctions stratégiques. Sans elles, aucune autonomie d’appréciation et de décision n’est en effet possible. 02ÉCLAIRER LA DÉCISION 15
Hélas trois journées, aussi denses fussent-elles, ont été insuffisantes pour faire le tour d’un tel sujet mais fort heureusement, entre les séminaires, les auditrices et les auditeurs poursuivent leurs travaux et leurs recherches. Ils sont pour cela guidés et accompagnés par une solide équipe pédagogique composée de cadres de la FMES et de deux professeurs-chercheurs de l’Université de Toulon avec laquelle la FMES a un partenariat étroit. Les facettes de ce dernier sont multiples mais, pour les SMHES, ce partenariat se matérialise par l’attribution d’un diplôme universitaire en fin de session. Reconnaissance concrète de la qualité de la formation, ce diplôme s’articule en trois modules d’enseignement de 40 heures chacun et il s’appuie sur la notation d’une dizaine de travaux et d’examens écrits et oraux, individuels et collectifs. L’ensemble représente une somme de travail conséquente et demande beaucoup d’investissement aux auditrices et aux auditeurs. L’investissement n’est cependant pas vain car, en retour, ils en retirent une vraie expertise sur le thème étudié et plus généralement en matière de raisonnement géopolitique et géostratégique. De fait, il faut en suivant une session être conscient que les neuf séminaires pléniers n’apportent pas tout ; ils servent davantage à aider les auditrices et les auditeurs à se poser les bonnes questions et à les orienter vers les bonnes pistes qu’à leur donner des réponses exhaustives. La prochaine étape de la session restera dans cette veine et, début décembre, conduira les pas de la session à Toulon. Concrètement, il permettra à la session d’approfondir le sujet des outils de puissance de l’État en découvrant la Marine nationale et l’importance du fait maritime pour la géopolitique et la géostratégie de la France. Profitant de la paix depuis 80 ans, serions-nous capables, militairement, économiquement et socialement, de supporter de semblables sacrifices ? C’est ainsi que s’est achevé le second séminaire de la 36ème SMHES/Cadres- dirigeants. Visant à donner aux auditrices et aux auditeurs l’occasion de mieux comprendre pourquoi « connaissance et anticipation » est toujours la première citée dans l’énoncé des fonctions stratégiques qui structurent la défense et la sécurité de la France, il a spécifiquement été organisé autour de ces fonctions stratégiques. Sans elles, aucune autonomie d’appréciation et de décision n’est en effet possible. Hélas trois journées, aussi denses fussent-elles, ont été insuffisantes pour faire le tour d’un tel sujet mais fort heureusement, entre les séminaires, les auditrices et les auditeurs poursuivent leurs travaux et leurs recherches. 02ÉCLAIRER LA DÉCISION 16
Ils sont pour cela guidés et accompagnés par une solide équipe pédagogique composée de cadres de la FMES et de deux professeurs-chercheurs de l’Université de Toulon avec laquelle la FMES a un partenariat étroit. Les facettes de ce dernier sont multiples mais, pour les SMHES, ce partenariat se matérialise par l’attribution d’un diplôme universitaire en fin de session. Reconnaissance concrète de la qualité de la formation, ce diplôme s’articule en trois modules d’enseignement de 40 heures chacun et il s’appuie sur la notation d’une dizaine de travaux et d’examens écrits et oraux, individuels et collectifs. L’ensemble représente une somme de travail conséquente et demande beaucoup d’investissement aux auditrices et aux auditeurs. L’investissement n’est cependant pas vain car, en retour, ils en retirent une vraie expertise sur le thème étudié et plus généralement en matière de raisonnement géopolitique et géostratégique. De fait, il faut en suivant une session être conscient que les neuf séminaires pléniers n’apportent pas tout ; ils servent davantage à aider les auditrices et les auditeurs à se poser les bonnes questions et à les orienter vers les bonnes pistes qu’à leur donner des réponses exhaustives. La prochaine étape de la session restera dans cette veine et, début décembre, conduira les pas de la session à Toulon. Concrètement, il permettra à la session d’approfondir le sujet des outils de puissance de l’État en découvrant la Marine nationale et l’importance du fait maritime pour la géopolitique et la géostratégie de la France. 02ÉCLAIRER LA DÉCISION 17
02ÉCLAIRER LA DÉCISION 18
03 - LE FAIT NAVAL ET MARITIME 19 « Les amateurs discutent tactique, les professionnels discutent logistique » Napoléon Bonaparte Ce sont les fonctions stratégiques « Prévention, Intervention, Dissuasion » qui ont constitué le fil directeur du troisième séminaire de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants organisé à Toulon et dans ses environs immédiats du 04 au 06 décembre 2025. Après le séminaire parisien de Novembre qui portait sur les fonctions stratégiques « connaissance et anticipation » c’est donc un retour sur le terrain qui attendait les auditrices et les auditeurs de la session dans le plus grand port militaire de la Méditerranée. Les présentations et les visites des unités de la Marine nationale ont en effet permis aux auditrices et aux auditeurs de comprendre en détail pourquoi, comment, contre qui, avec qui et avec quoi se concrétisent ces fonctions stratégiques. De surcroît, ce séminaire était aussi l’occasion de lever le voile sur ce qui ne se voit guère. Il s’agissait de donner aux auditrices et aux auditeurs de la session un aperçu du socle de compétences et d’actions organiques qui permet à une force de vaincre et de durer. A travers l’exemple français de la Marine nationale, il s’agissait de bien mesurer qu’une force opérationnelle de premier rang, comme l‘est la Marine nationale française, s’appuie sur un socle organique particulièrement performant et capable d’assurer dans la durée le soutien de bâtiments modernes qui concentrent des technologies particulièrement pointues et complexes mais également l’équipement, le recrutement, la formation, l’entraînement et la spécialisation d’hommes et de femmes compétents, aguerris et motivés qui servent ces bâtiments de guerre. Cet effort se développe dans la durée et nécessite à la fois une vision prospective claire sur ce dont la force aura besoin à l’horizon de la décennie future (doctrine d’emploi, équipements, effectifs, compétences et infrastructures) et la capacité à faire face aux aléas du temps présent : défis opérationnels ou technologiques, défaut de conception ou d’utilisation, pannes, pertes au combat, ruptures technologiques. Cette épaisseur stratégique repose également sur une base industrielle et technologique solide et performante capable d’accompagner la force dans ses efforts de performance, de résilience et d’innovation.
20 Ce séminaire consacré au fait naval et maritime était articulé en trois parties. La première, exclusivement militaire sur la base navale de Toulon, a permis aux auditrices et aux auditeurs de découvrir la Marine nationale en suivant deux conférences et en visitant un bâtiment de guerre tout en développant à chaque fois les aspects organiques évoqués au supra. La seconde partie, plus orientée vers le soutien et sur l’importance de la base industrielle et technologique de défense (BITD) a conduit la 36ème SMHES/cadres-dirigeants durant la matinée du 04 Décembre à Ollioules sur le site de l’entreprise Naval Group. Enfin, l’après-midi, la session est revenue dans la base navale de Toulon où elle a été accueillie par le Service de Soutien de la Flotte (SSF). La dernière demi-journée a été plus académique avec, pour les auditrices et les auditeurs, un bilan de leurs recherches sur leur thème d’étude : « La mer Noire, espace européen au carrefour des rivalités Est-Ouest et Nord-Sud ». Il s’agissait pour eux de présenter un premier point de situation de leurs travaux académiques aux référents pédagogiques de la FMES et de l’Université de Toulon. Cette équipe les suit et les accompagne dans le cadre du Diplôme Universitaire qui sanctionne et couronne l’année de formation des auditrices et des auditeurs. La journée du 04 décembre, consacrée à la base navale de Toulon, a débuté par un exposé fait par l’un des principaux subordonnés de l’amiral Commandant en Chef en Méditerranée (CECMED). Ce dernier est un officier général de rang élevé, il est Vice-amiral d’Escadre, qui cumule plusieurs fonctions qui toutes sont d’importance majeure. Sous l’autorité du chef d’État-major des armées, CECMED, en qualité de commandant de zone maritime, est chargé du contrôle opérationnel des forces déployées en Méditerranée ; à ce titre il est l’un des subordonnés directs du CEMA s’agissant des opérations dans cette zone où les crises et les tensions ne manquent pas. De plus, CECMED est également le préfet maritime (PREMAR) pour la Méditerranée. Délégué du gouvernement, le préfet maritime est le représentant direct du Premier ministre. 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME
21 Investi d’un pouvoir de police générale, il a autorité dans tous les domaines où s’exerce l’action de l’État en mer, notamment : la défense des droits et intérêts nationaux, particulièrement dans les zones sous souveraineté ou sous juridiction française (mer territoriale, zone économique exclusive), le maintien de l’ordre public, le secours et la sécurité maritime, la protection de l’environnement, la lutte contre les activités illicites en mer (pêche illégale, trafic de stupéfiants, migrations clandestines, piraterie notamment). Enfin, il coordonne en permanence l’action en mer des administrations et la mise en œuvre de leurs moyens (marine nationale, affaires maritimes, douanes, gendarmerie). La conférence qui a suivi a été faite par le Vice-amiral chef d’état-major du second grand commandement présent à Toulon : l’amiral commandant la force d’action navale : ALFAN. Lui aussi vice-amiral d’escadre, ALFAN a la responsabilité de préparer, d’entraîner et de soutenir les unités de surface de la Marine nationale afin de les mettre à disposition du CEMA et de ses commandements subordonnés pour tout emploi opérationnel. ALFAN est responsable de la disponibilité technique des bâtiments, de la préparation et de l’entraînement des équipages mais aussi de la qualification opérationnelle des unités en vue de leur emploi. Les politiques de formation spécifique, celles relatives à la préparation et à l’entraînement technique et tactique sont donc au cœur de ses responsabilités. Pour garantir que ses unités subordonnées sont en mesure de répondre aux sollicitations opérationnelles, l’amiral commandant la Force d’action navale dispose d’un état-major, basé à Toulon et organisé en plusieurs divisions, avec des antennes à Brest et Cherbourg, Cet état-major a autorité sur 98 bâtiments de surface et sur près de 10 500 marins ainsi que sur les trois groupes de plongeurs démineurs (GPD), sur plusieurs centres experts, sur la Flotte amphibie, la Force aéronavale nucléaire et enfin sur les bases navales outre-mer et à l’étranger. L’intervenant a bien détaillé les missions, les enjeux et les défis de chacune des forces qui composent la FAN. Il l’a fait avec grande franchise tout en évitant les discours convenus. Informé que l’objectif de la session était de bien comprendre l’importance de l’organique dans la valeur opérationnelle d’une force, le conférencier a insisté sur les enjeux de systèmes de combat complexes qui reposent sur une forte technicité des métiers qui les composent et pour lesquels la volatilité et la versatilité de la ressource humaine est un défi permanent. 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME
22 Enfin, les conséquences de l’évolution récente du contexte opérationnel ont été évoquées. Face au durcissement des conditions d’exécution de ses missions en mer, la Marine nationale doit en effet s’adapter en permanence pour ajuster sa doctrine et ses équipements en y incluant les drones aériens mais surtout ceux qui évoluent en surface et sous la mer. Elle doit développer la résilience de ses bâtiments et de leurs équipages ; elle doit raccourcir et renforcer ses boucles de décision en opération mais aussi dans toutes les phases qui relèvent de la démarche capacitaire afin de faire évoluer équipements, armements, méthodes et organisations dans un processus agile et souple intégrant l’innovation en boucle courte avec la BITD. Après un buffet partagé avec quelques officiers de la base navale dans les salles du conservatoire des uniformes de la Marine, la session a pu mettre du concret sur la théorie en visitant le bâtiment de ravitaillement de force « Jacques Chevallier ». Admis au service actif en 2023, ce bâtiment est le premier d’une série de quatre qui sont destinés au remplacement des pétroliers ravitailleurs de classe Durance. Prévu par la Loi de programmation militaire 2009-2014, ce programme porte le nom de flotte logistique (programme FLOTLOG) et il a été décidé du fait du vieillissement des anciens pétroliers ravitailleurs. Le Bâtiment de Ravitaillement de Force « Jacques Chevallier », à bord duquel la session a été accueillie, est donc le premier de la série de quatre bâtiments commandés en 2019, Inspiré du navire ravitailleur A5335 Vulcano, le « Jacques Chevallier » déplace 31 000 tonnes à pleine charge. Il a une longueur de 194 mètres, une largeur de 24 mètres et une capacité d’emport de 1500 tonnes de fret et 13 000 mètres cubes de carburant. Il est équipé de quatre mâts de ravitaillement polyvalents et peut accueillir un hélicoptère NH-90 Caïman et un drone aérien. Depuis son admission au service actif, le « Jacques Chevallier » a déjà pris part à plusieurs déploiements opérationnels, à des entraînements interarmées et à des exercices de préparation aux combats de haute intensité ; confirmant ainsi ses performances et sa capacité à œuvrer au sein d’une force navale nationale et internationale. A son bord, la session a bénéficié d’une visite guidée faite par son « Pacha » ; le commandant du navire en personne. 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME
23 Ce dernier a fait lui-même découvrir aux auditrices et aux auditeurs tous les segments de son navire : les zones opérationnelles (poste de commandement, passerelle, poste sécurité, poste machines), les lieux de vie de l’équipage, les zones de stockage des carburants, des munitions et des vivres ; toutes choses que le « Jacques Chevallier » emporte en grandes quantités pour assurer le soutien des déploiements de la Marine nationale et notamment ceux du groupe aéronaval (GAN) avec le porte-avions Charles de Gaulle. Le « Pacha » l’a fait avec une passion et une conviction qui ont frappé la session. Celles du commandant du « Jacques Chevalier » et des membres de son équipage avec lesquels les auditrices et les auditeurs ont pu échanger durant cette visite, en disent long sur la valeur des hommes et des femmes de la Marine nationale et illustrent mieux que tous les discours l’importance de la cohésion et des forces morales dans la construction de la capacité opérationnelle d’une force. Après une soirée studieuse durant laquelle les trois comités de la session se sont réunis pour donner les dernières touches aux présentations du samedi, le lendemain, 05 décembre, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont pu faire le lien avec la BITD car la session a été chaleureusement accueillie par Naval Group sur son site d’Ollioules. Accompagnés pendant toute la matinée par le directeur du site, les auditrices et les auditeurs ont pu mesurer l’importance de ce groupe essentiel pour la Marine nationale et à quel point est exact le dicton « sans Naval Group, pas de Marine nationale ». Très concrètement, cette entreprise est un joyau issu d’une longue filiation qui remonte à Colbert et à ses arsenaux. Aujourd’hui elle est l’acteur majeur de nombreux projets déterminants pour la prochaine décennie : la réalisation du futur porte-avions qui succèdera au Charles de Gaulle ; le développement du SNLE de 3ème génération, pierre angulaire de la continuité de la composante océanique de la force de dissuasion nucléaire française mais aussi le développement de drones de surface et sous-marins de grande taille et à longue autonomie. Pour mesurer la performance technologique que ces programmes représentent, il est utile de rappeler que les SNLE passent pour être la construction humaine la plus complexe qui soit et que les industriels qui sont capables de les réaliser se comptent sur les doigts d’une main. 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME
21 Cette matinée chez Naval Group s’est articulée autour de quatre conférences toutes aussi brillantes les unes que les autres. La première, faite par le directeur du site, a brossé l’organisation générale de Naval Group ainsi que son activité sur ses diverses emprises. La seconde, parfaitement réalisée à distance par visioconférence avec le siège parisien du groupe, a abordé les enjeux et les perspectives stratégiques de l’entreprise. Les deux suivantes ont successivement abordé les questions de la cybersécurité et celles du développement des drones et des systèmes d’armes autonomes ; questions que le conflit en Ukraine et en mer Noire a tout particulièrement mis en relief depuis trois ans. De surcroît, les auditrices et les auditeurs ont pu accéder à des démonstrateurs de systèmes de direction de combat pour sous-marins et pour navires de surface particulièrement impressionnants de réalisme et d’efficacité. Ces systèmes sont essentiels pour garantir à la Marine nationale des navires de guerre au meilleur niveau opérationnel et capables d’assurer sa supériorité sur toutes les mers du globe et dans tous les contextes opérationnels y compris ceux du combat de très haute intensité. C’est sans doute la partie la plus stratégique et la plus sensible des activités du groupe et elle explique le haut degré de sécurité qui les entoure. Enfin, un déjeuner partagé avec tous les intervenants a clos une matinée captivante qui a bien montré à la session la somme d’efforts, de volontés, d’intelligence et de maîtrise technologique qui fonde la capacité opérationnelle d’une marine de premier rang comme l’est celle de la France. C’est bien cette convergence des visions et des volontés des utilisateurs et des industriels, tout comme l’étroite combinaison des savoir-faire des entreprises de la BITD et des armées dans leurs structures et commandements organiques qui donnent aux forces leur supériorité opérationnelle dans la durée. Après l’avoir abordé une première fois à Istres en Octobre en visitant la BA 125 et le groupe Dassault-Aviation, il était important que les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/cadres- dirigeants puissent l’appréhender de nouveau durant ce 3ème séminaire consacré à la puissance navale. Après cette immersion particulièrement éclairante chez Naval Group, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants sont revenus dans les murs de la base navale et ils y ont été reçus par le service de Soutien de la Flotte (SSF) pour poursuivre la découverte et la réflexion s’agissant des aspects organiques de la capacité opérationnelle d’une force. 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME
Assurer ainsi la maintenance lourde et programmée mais aussi gérer les aléas, les pannes, les imprévus et les urgences du court terme d’une flotte de guerre de tout premier rang qui, en permanence, est présente sur toutes les mers du globe et qui est prête à s’y battre n’a rien de simple. Pour ce faire, le SSF, en coordination avec les acteurs de la BITD mentionnés au supra mais aussi avec le SLM et le SID gère une planification à la fois très fine et de long terme pour limiter au maximum l’immobilisation des bâtiments tout en leur assurant, en permanence et dans la durée, la meilleure maintenance possible. Ainsi, après celle de la veille dédiée aux structures organiques de la Marine nationale, cette journée consacrée à Naval Group et au SSF a éclairé les auditrices et les auditeurs de la session sur des aspects méconnus alors qu’ils sont cardinaux. Avec l’esprit guerrier des équipages et le soutien de la Nation, ce sont aussi ces aspects qui fondent la capacité d’une force à combattre, à durer et à vaincre. On ne parle pratiquement jamais de ces aspects mais il faut pourtant bien les connaître, en comprendre l’importance et les évaluer dès lors qu’on s’intéresse à la géopolitique et aux acteurs qui entendent peser, avec leurs forces armées, sur les affaires du monde. Comment des armées s’organisent, se préparent, s’entraînent, s’entretiennent et se régénèrent, qu’il s’agisse des hommes ou des équipements, est une question centrale à poser lorsqu’on s’intéresse à leur réelle capacité à vaincre et à durer. L’Histoire nous rappelle pourtant l’importance de la solidité et de l’épaisseur organique. Ainsi alors que la France était exsangue et assaillie de toutes parts par des monarchies qui voulaient rétablir la royauté, les armées de la Révolution remportèrent les brillantes victoires de Valmy, Jemappes et Fleurus. Elles le firent grâce au talent de leurs généraux mais elles le purent surtout grâce au formidable organisateur que fut Lazare Carnot. Passé à la postérité sous le nom du « Grand Carnot » il est l’exemple de l’organisation de la mobilisation des ressources humaines et matérielles d’un pays comme il n’y en avait jamais eu auparavant. Ce n’est pas par hasard que le « Grand Carnot » fut aussi l’homme qu’un autre révolutionnaire admira le plus ; le Grand Carnot était en effet l’idole et la référence de Léon Trotski, l’organisateur de l’Armée rouge et l’artisan de ses victoires. 22 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME
Organisée de main de maître par l’un des auditeurs de la session précédente qui occupe un très haut poste au sein du SSF, cette dernière partie a commencé par la visite, sous l’angle du maintien en condition opérationnelle (MCO) de la frégate multi-missions « Lorraine ». Ce bâtiment impressionnant, dont la haute technicité et le niveau d’intégration est la principale caractéristique, constitue en effet un excellent exemple des problématiques diverses et nombreuses auxquelles est confronté le SSF pour en assurer, avec grand succès, le MCO. Ensuite, de retour en amphithéâtre dans les locaux du SSF situés au cœur de la base navale, les auditrices et les auditeurs y ont entendu une conférence très complète sur le service, son organisation, ses missions et les défis qui s’y attachent. Créé en juin 2000, pour séparer les rôles de maîtrise d’ouvrage et de maîtrise d’œuvre industrielle, le SSF assure, dans une structure unique, la maîtrise d’ouvrage du maintien en condition opérationnelle des bâtiments de surface, des sous- marins et des moyens navals de la Marine nationale et des autres armées. Le SSF a également pour mission de gérer les pièces de rechange navales, de mettre en œuvre les installations indispensables au maintien en condition opérationnelle des navires à propulsion nucléaire et de faire réaliser le démantèlement des bâtiments en fin de vie à l’exception de ceux à propulsion nucléaire. Le SSF a aussi la responsabilité d’exploitant des infrastructures industrielles et portuaires destinées au MCO des bâtiments de surface, des sous-marins et des installations nucléaires associées. Pour réaliser toutes ses missions, le SSF dispose d’une organisation au contact des forces mais aussi de la direction générale de l’Armement (DGA) et de l’État-major de la Marine nationale (EMMN). Son objectif est de maintenir au niveau fixé par le ministre des armées la disponibilité des bâtiments et équipements qui lui sont confiés tout en maîtrisant les coûts. Maître d’ouvrage dont la mission est de garantir la disponibilité technique des bâtiments au meilleur coût, le SSF confie à des maîtres d’œuvre industriels, la responsabilité de l’entretien par des marchés globaux. 23 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME
Les principaux industriels titulaires de marchés de MCO sont Naval Group, les Chantiers de l’Atlantique, Thales, CNN-MCO, Piriou Naval Services, Cegelec, LGM, NEXEYA et Constructions Mécaniques de l’Ouest. Enfin, auprès du SSF, les principaux contributeurs étatiques au MCO naval sont, au sein des bases navales, les ateliers et les magasins du service logistique de la marine (SLM) et surtout le Service d’infrastructure de la Défense (SID) qui gère la construction, l’entretien et la modernisation des quais et les bassins destinés à la maintenance. Toutes ces tâches se planifient et s’exécutent alors que les crises, les tensions et les aléas de toute sorte se poursuivent et trouver le bon équilibre entre l’immobilisation des bâtiments à des fins de maintenance, la préparation de l’avenir et la souplesse nécessaire pour répondre à l’urgence et aux imprévus est le grand défi que relève au quotidien le SSF. Pour terminer ce troisième séminaire la session a, le samedi matin, retrouvé les salles de classe pour une dernière matinée de travail consacrée à une première restitution solennelle des travaux académiques que les auditrices et les auditeurs ont déjà conduits sur leur thème d’étude. Il faut en effet rappeler que le partenariat académique qui lie les SMHES à l’IHEDN et à l’Université de Toulon (UTLN) et qui se concrétise par la délivrance d’un Diplôme Universitaire (DU) validant la formation suivie, impose des rendez-vous formels et notés très réguliers. Ainsi, au terme de ce troisième séminaire qui correspond donc à la fin du premier trimestre de la formation, les auditrices et les auditeurs doivent présenter un premier rapport d’étape des travaux qu’ils mènent sur le thème de l’année. A l’issue de ce premier travail, baptisé « état des lieux » et qui vise à faire le tour du thème sous tous les angles : sécurité, défense, économie, démographie, sociologie, culture, religions, histoire, géographie et environnement, il s’agissait pour la session de présenter au jury un plan détaillé de cet état des lieux, la bibliographie associée et les principales problématiques qui s’en dégagent. Le jury était composé du directeur, de la référente pédagogique des SMHES et de deux enseignants chercheurs de de l’UTLN. Au terme de la présentation du plan, trois problématiques majeures, une par comité, ont été présentées, discutées et retravaillées dans leur formulation précise. 24 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME
Pour la poursuite des travaux, ces trois problématiques seront réparties entre les trois comités afin que chacun d’entre eux puisse, durant le premier trimestre 2026, en tirer trois ou quatre scenarii prospectifs. Il s’agira donc d’appliquer de nouveau la méthode d’élaboration de scenarii prospectifs, outil particulièrement efficace que l’équipe pédagogique des SMHES a développé en partenariat avec l’IHEDN et que la session a pu s’approprier lors de l’exercice spécifique qu’elle a joué à l’IHEDN lors de son séminaire parisien en Novembre dernier. C’est donc dans un cursus académique très structuré et bien jalonné que la session est désormais engagée. Les prochains séminaires, en touchant des sujets riches et variés à Toulouse, Istanbul, Bruxelles et Genève donneront l’opportunité aux auditrices et aux auditeurs de la 36ème SMHES/cadres-dirigeants de poursuivre leurs travaux à la lumière des éléments concrets que ces rendez-vous leur apporteront. 03LE FAIT NAVAL ET MARITIME 25
« L’astronomie oblige l’âme à regarder vers le haut, et nous conduit de ce monde à un autre » – Platon L’année 2026 a débuté dans la ville rose et sur les berges de la Garonne pour les auditrices et les auditeurs de la 36ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques/Cadres-dirigeants (36ème SMHES/Cadres-dirigeants). L’objectif de ce quatrième séminaire à Toulouse était de faire découvrir à la session le domaine spatial et ses enjeux après les trois premiers séminaires qui ont jalonné son parcours depuis octobre 2025 : celui de Cadarache et Istres centré sur l’énergie, le nucléaire, la dissuasion et l’arme aérienne ; celui de Paris consacré aux institutions gouvernementales d’anticipation et de décision et enfin celui de Toulon, en décembre dernier, centré sur le fait maritime et la puissance navale. S’agissant de l’Espace, il faut d’emblée souligner que la France y tient une place particulière ; en effet, après les États-Unis et l’URSS, notre pays a été la troisième nation à accéder à l’Espace. L’importance de ce domaine n’avait pas échappé aux dirigeants de l’époque et c’est le général de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, qui a donné l’impulsion décisive au programme spatial français. La concrétisation ne se fit pas attendre ; Véronique-AGI, la première fusée-sonde française fut lancée avec succès le 9 mars 1959. Après que Michel Debré eut créé en 1961 le Centre national d’études spatiales (CNES) chargé de coordonner et de financer les activités spatiales françaises, en 1965 les efforts entrepris portèrent leurs fruits avec la mise sur orbite du satellite A1, « Astérix ». La France entra alors dans le club très fermé des puissances spatiales qui ne se rouvrit qu’en 1971, pour le Royaume-Uni. La décennie suivante vit l’émergence d’une Europe de l’Espace, seul périmètre pertinent pour espérer tenir tête aux mastodontes spatiaux qu’étaient à l’époque les États-Unis et l’URSS. Pour comprendre leur avance, il faut en effet se souvenir que, bien plus que la quête romantique des pionniers et des nouvelles frontières à découvrir et à conquérir, ce qui à l’époque aiguillonnait Américains et Soviétiques c’était d’obtenir une supériorité militaire et stratégique et l’Espace pouvait grandement y contribuer. Ce n’est pas un hasard si les toutes premières fusées étaient des missiles balistiques tirés par les Nazis ! C’est donc au travers de l’effet de levier de l’Europe que, dans les années soixante-dix, la France a poursuivi ses efforts dans le domaine spatial. L’ESA (agence spatiale européenne) fut créée le 30 mai 1975 à Paris où son siège se trouve toujours. 04 - LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX 26
Elle est chargée de piloter les programmes spatiaux civils pour ses onze pays membres et tout particulièrement le projet commun de fusée Ariane.À l’époque, la France restait la principale locomotive de l’aventure spatiale européenne puisqu’elle finançait, via le CNES, 62,5 % du projet Ariane mais surtout, elle s’en était vue déléguer la gestion par l’ESA. Ce lanceur à la fiabilité presque absolue a été le fruit du savoir-faire technologique, industriel et scientifique français, en même temps qu’elle l’a beaucoup stimulé ; Ariane étant en effet presque intégralement produite par des entreprises et des groupes français. La fusée Ariane 1 fut lancée le 24 décembre 1979 depuis la base de Kourou. Sur le sol métropolitain, Toulouse bénéficia très largement de cet essor ; la ville affirme et assume complètement sa « vocation européenne pour l’industrie aéronautique et spatiale » et depuis lors c’est devenu son principal marqueur identitaire et économique. Pour les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants, venir dans la ville rose pour y rencontrer quelques acteurs majeurs du secteur spatial faisait donc sens. Notons d’une part que, sans que nous en ayons toujours conscience, l’espace pénètre et irrigue notre vie quotidienne par de multiples applications civiles ; smartphones et GPS étant parmi les plus évidentes. D’autre part, l’espace participe surtout et parfois de manière absolument centrale à toutes les fonctions stratégiques sur lesquelles se fonde la puissance de l’État français: connaissance et anticipation, prévention, dissuasion, protection et intervention, influence. Aucune d’elles ne peut se passer de l’Espace qui est donc un domaine cardinal et structurant au profit duquel les efforts ne doivent pas être relâchés. Grâce à l’entremise de deux auditeurs de la session qui en sont issus, c’est par l’entreprise Airbus Defence and Space (ADS) que ce séminaire a débuté. ADS est l’une des trois divisions du groupe Airbus et elle est spécialisée dans les avions militaires, les drones, les missiles, les lanceurs spatiaux et les satellites artificiels. ADS emploie 22 000 salariés et son siège principal est situé à Toulouse. C’est là que la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants a été reçue. Chaleureusement accueillie par le directeur du site et par ses principaux adjoints, la session a pu bénéficier d’une conférence introductive très complète, délivrée par le directeur en personne. 27 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
Il a replacé les activités d’ADS au sein du groupe Airbus qui reste rappelons- le, par sa taille et par la gamme de ses produits, le premier groupe mondial du secteur aéronautique. Dans le détail Airbus est le numéro un mondial de l’aéronautique civile, le numéro un mondial pour les hélicoptères civils, le premier fournisseur de l’armée française et des armées européennes et enfin il est le premier fournisseur européen de services spatiaux. S’agissant d’ADS, il faut souligner que l’entreprise est présente sur toute la chaîne de valeur en matière spatiale (lanceurs systèmes orbitaux, services et applications) et cette verticalité lui donne un avantage important. À la suite de cette passionnante conférence, les auditrices et les auditeurs ont bénéficié de quatre ateliers visant à leur donner un bref aperçu concret de la gamme de compétences et de savoir-faire qui caractérise ADS. Ces ateliers portaient sur la cyberdéfense, sur le futur appareil de patrouille maritime, sur l’assemblage et la mise au point de satellites et enfin sur l’imagerie optique. Enfin, un déjeuner pris en commun avec le directeur du site et ses principaux adjoints a permis de conclure une matinée particulièrement riche et dense. Dans l’après-midi, la 35ème SMHES Cadres-dirigeants a ensuite été reçue par la société Thalès Alenia Space (TAS) qui est un fabricant international de satellites. L’entreprise conçoit et réalise des solutions à la pointe de la technologie en termes de télécommunications, de navigation par satellite, d’observation de la Terre, de surveillance de l’environnement, de sciences, d’exploration spatiale et d’infrastructures orbitales. Grâce à la diversité de ses talents et de ses savoir-faire, les clients et les partenaires de TAS : gouvernements, institutions, agences spatiales, opérateurs de télécommunications, disposent ainsi des moyens les plus performants pour se connecter, sécuriser et défendre, observer et protéger, explorer, voyager et naviguer. L’après-midi de cette première journée a été consacrée à un autre fleuron du secteur privé en matière d’Espace il s’agit de l’entreprise « Collecte Localisation satellites » (CLS) implantée à Romainville-Saint-Agne. Sa devise est « Pour la Terre depuis l’Espace » ; elle est particulièrement bien choisie car elle exprime en peu de mots ce qui constitue le cœur de métier de CLS : fournir des solutions d’observation de la Terre à des fins scientifiques et commerciales par l’exploitation des données issues de l’Espace. 28 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
Créée initialement en 1986 avec pour objectif d’exploiter commercialement le système Argos conçu par le CNES, CLS couvre aujourd’hui cinq secteurs d’activité : la surveillance de l’environnement et du climat ; la gestion durable des pêches ; les énergies et les infrastructures ; la sécurité maritime ; la mobilité. L’entreprise offre ainsi un large éventail de services et d’outils d’observation, de mesure et d’évaluation fondés sur l’analyse et l’exploitation des données satellitaires qu’elles soient issues de sources ouvertes ou obtenues auprès d’opérateurs commerciaux. Après avoir été très chaleureusement accueillis sur le site, les auditrices et les auditeurs ont eu le privilège d’entendre en introduction sa directrice générale. Cette dernière a expliqué l’organisation et les missions du groupe CLS qui compte aujourd’hui 900 collaborateurs répartis sur 30 implantations dans le monde. Elle a ensuite détaillé les activités et les outils développés dans chacun des 5 grands domaines cités au supra en illustrant son propos par les exemples très concrets des applications développées par l’entreprise : suivi des migrations animales, cartographie comparée des territoires, gestion des ressources halieutiques, balises pour les petits bateaux de pêche, géolocalisation de véhicules et de convois humanitaires pour ne citer que les plus emblématiques. À la suite de la directrice générale de CLS, son directeur des activités de sécurité maritime s’est adressé à la session. Son exposé a montré à l’auditoire la fiabilité et la puissance des applications et des outils de CLS consacrés à la sécurité maritime. Ces solutions, d’une rare efficacité, permettent d’identifier les comportements anormaux et les trafics en tous genres qui affectent l’ensemble d’un transport maritime mondial aujourd’hui victime de son propre succès. En effet, les volumes et les quantités transportés par voie maritime sont aujourd’hui tels que seule l’observation spatiale offre des solutions fiables pour suivre tout ce qui se passe. 29 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
C’est sur ce segment stratégique que s’est positionné CLS, qui est aujourd’hui reconnu comme une référence en la matière. Au terme de deux heures d’exposés et de débats particulièrement riches, une visite de la salle de contrôle des opérations que suit et mène CLS a permis aux auditrices et aux auditeurs de mettre du concret sur tout ce qui leur a été présenté et expliqué en conférence. Armée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et disposant d’équipements sécurisés et redondants, cette salle permet à CLS de suivre en direct les multiples services qu’elle propose à ses clients. C’est aussi par cette visite et ces échanges avec le directeur de la salle de contrôle que s’est achevée cette première journée du séminaire toulousain de la 36ème SMHES. Elle était consacrée à deux entreprises qui, bien que différentes par la taille et la vocation, montrent le dynamisme du secteur privé dans le domaine spatial. Il est en effet important pour le bénéfice des auditrices et des auditeurs de varier les perspectives et de ne pas uniquement se focaliser sur le domaine étatique. Dans la même veine, pour l’élaboration et l’exécution de tous les séminaires, l’équipe pédagogique des SMHES/Cadres-dirigeants veille toujours à varier les activités et à compléter les conférences ex-cathedra par des visites et des ateliers concrets et par des contacts directs avec les acteurs concernés. Ce sont ces équilibres entre secteurs étatique et privé, entre conférences et ateliers pratiques, entre exposés, discussions et contacts directs qui rendent les SMHES/Cadres-dirigeants si vivantes et attractives. Ce n’est sans doute pas les auditrices et les auditeurs de le 36ème SMHES/Cadres-dirigeants qui le démentiront. Après une soirée consacrée entre travaux de comités, le deuxième jour du séminaire toulousain a conduit les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants dans les murs de la base aérienne 101. Héritière de la base de Toulouse Francazal qui a fermé ses portes en 2008, la BA 101 a été officiellement recrée le 2 Juillet 2025. Accueillant l’antenne toulousaine du Commandement de l’Espace (CDE), cette nouvelle base est donc à « vocation spatiale ». Jouxtant les installations du CNES, son infrastructure entièrement neuve est particulièrement bien adaptée aux activités sensibles qui y sont menées et elle abrite aussi le centre d’excellence de l’OTAN pour l’espace, lequel a par ailleurs été officiellement inauguré quelques jours après le passage de la session à la BA 101. 30 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
C’est le colonel commandant la BA 101 qui a présenté le CDE à la session au cours d’une remarquable conférence pendant laquelle, avec un talent consommé, il a tenu son auditoire en haleine pendant deux heures. Créé le 3 septembre 2019 pour améliorer l’efficacité opérationnelle, la cohérence, la visibilité et la simplicité de l’organisation et de la gouvernance du segment spatial de défense au sein du ministère des armées, le Commandement de l’Espace (CDE) est installé sur deux emprises. Son antenne implantée à Balard au sein du Ministère des armées est l’échelon de conception et il permet au général commandant le CDE d’être au cœur du processus de décision des armées. La BA 101 à Toulouse est implantée au contact du CNES et, avec ses 450 personnels, elle est l’échelon de mise en œuvre. Etant à la fois un commandement de l’armée de l’Air et de l’Espace et un commandement à vocation interarmées, le CDE comprend à ce titre du personnel de l’armée de l’air et de l’espace, de l’armée de terre, de la marine nationale, de la Direction générale de l’armement (DGA) et du commissariat des armées. Le CDE reçoit ses directives fonctionnelles du chef d’état-major des armées (CEMA) pour les opérations et la politique spatiale militaire, notamment les capacités et les coopérations internationales, tandis que le chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace exerce le commandement organique. Porteur de l’expertise spatiale militaire du ministère des armées, le CDE conseille le CEMA ainsi que tous les organismes du ministère ou extérieurs sur les questions spatiales militaires. Il contribue ainsi à la définition de la politique spatiale militaire française et il la met en œuvre en conduisant les opérations spatiales militaires. Dans son exposé, le colonel a insisté sur le fait que l’Espace, connu depuis toujours comme un domaine hautement stratégique mais au cadre juridique peu contraignant, est dorénavant l’aire d’expression de menaces sans cesse croissantes et de plus en plus aiguës : espionnage, brouillage et attaques cyber y sont monnaie courante de la part et entre les grands acteurs que sont les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Inde mais aussi du fait d’autres puissances moyennes qui veulent y figurer et y agir. De surcroît, l’irruption du « New Space » ajoute une couche de complexité avec ses ruptures technologiques et ses modes opératoires inédits (constellations, lanceurs récupérables, satellites peu coûteux, consommables et redondants). 31 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
Dans les faits, les orbites basses menaçant d’arriver bientôt à saturation, on assiste aujourd’hui à une course aux lancements afin de prendre place sur ces orbites de plus en plus convoitées. Dans un tel contexte et fort d’une expérience récente qu’il a eue comme officier de liaison français auprès du commandement américain de l’Espace, l’orateur a beaucoup insisté sur la différence d’approche entre la France et les États-Unis en matière d’Espace. Pour notre pays, comme d’ailleurs pour tous les Européens, l’Espace reste un domaine à explorer et à partager ; pour les États-Unis c’est un domaine à conquérir et à exploiter et l’administration Trump confirme très clairement cette approche. Après le CDE, c’est au CNES que la 36ème SMHE/Cadres- dirigeants a poursuivi et conclu ce séminaire consacré à l’Espace. Les auditrices et les auditeurs ont débuté l’après-midi avec une conférence introductive faite par le conseiller Défense auprès du Président Directeur Général du CNES. Retraçant l’historique du centre, le conférencier a souligné à quel point le CNES a été et reste un outil aussi central que déterminant dans l’aventure spatiale française et européenne. Créé en 1961, le CNES propose et met en œuvre la politique spatiale française. Établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), disposant de son autonomie financière, cet organisme est placé sous la triple tutelle du ministère des Armées, du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de l’Industrie. Il établit un lien entre laboratoires scientifiques et techniques et entreprises. Le CNES poursuit quatre priorités stratégiques : Renforcer l’autonomie stratégique de la France : l’Espace est un terrain de compétition et il s’agit d’y garantir son accès en autonomie. Soutenir la compétitivité de l’écosystème spatial français en accompagnant la transformation rapide de cette filière, en favorisant le développement de cette économie et en soutenant ses entreprises. S’engager pour un monde durable par des missions spatiales visant à comprendre le climat et en accompagnant la transition écologique du secteur spatial. Faire rayonner l’excellence scientifique en promouvant la recherche française sur des missions spatiales internationales ambitieuses. 32 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
L’Europe est aussi l’horizon naturel de coopération du CNES à travers l’Agence spatiale européenne, club d’agences spatiales de 22 pays européens. L’Union européenne donne l’impulsion de programmes auxquels le CNES participe comme Galileo (système de positionnement), Copernicus (suivi en temps réel par satellite de l’état de la Terre), IRIS2 (constellation de satellites multi-orbitaux pour accélérer les flux de données), EU-SST (prévention des collisions en orbite). Le CNES compte 2351 salariés, répartis entre Toulouse (1716), le centre spatial guyanais (CSG) (270) et ses deux sites de Paris (385). Son budget était en 2025 d’environ 3 milliards d’euros dont 1 milliard est reversé à l’ESA. Sur ce budget 900 millions d’euros environ sont consacrés aux programmes nationaux. La coopération internationale du CNES exclut désormais la Russie et concerne principalement les États-Unis (NASA), le Japon et l’Inde. Elle se décline en 129 accords internationaux avec 44 pays. À l’issue de cette conférence introductive, la session a pu visiter des ateliers particulièrement emblématiques parmi toutes les missions que remplit le CNES. Ils ont ainsi vu le service Qualité Images en charge du traitement des images satellites, le Centre d’Opérations Réseau (COR), le centre de contrôle des satellites duaux Pléiades et le Centre Opérationnel de Surveillance de l’Espace (COSE). La visite de ces ateliers a permis aux auditrices et auditeurs de visualiser concrètement le très haut niveau d’expertise des personnels du CNES. En fait, cette dernière étape du séminaire de la 36ème SMHES/Cadres- dirigeants consacré à l’Espace a été pour beaucoup une véritable révélation et la session en est repartie parfaitement convaincue du caractère éminemment stratégique de l’Espace. Posséder le savoir, la technologie et l’organisation qui permettent à la France et à l’Europe d’y parler haut et fort est donc un impératif. Chacun des organismes qui ont été visités pendant ces deux journées y participe à sa manière mais tous visent à la maîtrise raisonnée de ce domaine qu’un État comme la France et, au-delà, l’Union européenne ne peut négliger. 33 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
Après l’énergie et la troisième dimension à Cadarache et Istres en octobre 2025, après les mers et les océans à Toulon en décembre dernier, ce séminaire a donc magnifiquement mis en lumière la question de l’Espace au travers de ses accès, de ses problématiques, de ses enjeux ainsi que des outils et des organisations dont il faut disposer pour y peser. La prochaine étape du parcours de formation de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ramènera ses auditrices et ses auditeurs à la surface de notre planète. Ce sera à Istanbul, pour y conduire un voyage d’étude qui s’annonce passionnant avec notamment un focus sur les détroits qui donnent accès à la mer Noire. Ce sera une manière de rappeler que la maitrise et le contrôle des accès entre la Méditerranée et les espaces maritimes qui la bordent restent une question géopolitique centrale dont l’acuité ne se dément pas. 34 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
35 04LE DOMAINE SPATIAL ET SES ENJEUX
« Si l’on ne devait jeter qu’un seul regard sur le monde, ce serait sur Istanbul » Lamartine Sachant que le thème d’étude de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants porte sur la mer Noire « espace européen au carrefour des rivalités Est-Ouest et Nord- Sud », le choix d’une destination pour le voyage d’étude n’a pas longtemps fait débat. Par sa position exceptionnelle sur le détroit du Bosphore, là où l’Europe embrasse l’Asie et où les eaux de la Méditerranée se mêlent à celles de la Mer Noire, Istanbul s’est très rapidement imposée comme la destination évidente. C’est donc dans cette incomparable cité que les auditrices et les auditeurs la 36ème SMHES/Cadres dirigeants, accompagnés par le parrain de la session, M. l’ambassadeur ® Jean de Gliniasty, se sont regroupés le 04 février pour un voyage d’étude dense car seulement concentré sur deux journées pleines. Istanbul, anciennement connue sous les noms de Byzance puis de Constantinople, est la plus grande ville de Turquie et elle en est le centre économique, culturel et historique. La ville chevauche le détroit du Bosphore ce qui la situe à la fois en Europe et en Asie et elle compte une population de plus de 18 millions d’habitants, soit 20 % de la population totale du pays. En outre, à l’échelle du continent et du monde, Istanbul est la ville la plus peuplée d’Europe et la 15ème plus grande ville du monde. L’histoire de la ville est longue, riche et ancienne. Fondée sous le nom de Byzance sur le promontoire de Sarayburnu vers l’an 667 av. J.-C. et, son influence et sa population allant grandissant, elle est devenue l’une des villes les plus importantes de l’histoire mondiale. Depuis sa refondation sous le nom de Constantinople en 330 après Jésus Christ, Istanbul est successivement devenue capitale des empires romain et byzantin (330-1204 / 1261-1453) puis celle de l’empire ottoman (1453-1922). C’est également l’un des berceaux du christianisme primitif puis orthodoxe. Après la chute de Constantinople, tombée aux mains des Ottomans en 1453, la ville est devenue le siège du califat ottoman et elle s’est peu à peu islamisée ; sans pour autant se défaire de ses influences chrétiennes. De ce fait, Istanbul a été et est toujours un creuset culturel, ethnique et religieux et c’est toujours très visible car la ville compte de nombreuses mosquées, églises, synagogues et monuments historiques qui valent le détour. Pour ces raisons, en 1985, l’UNESCO a classé les quartiers historiques d’Istanbul comme site du patrimoine mondial. 36 05 - MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE
Présents en Égypte pour trois jours seulement, les auditrices et les auditeurs de la 35ème SMHES/Cadres-dirigeants n’ont hélas pas eu la liberté de pouvoir explorer la ville à loisir car, dès le 05 février matin, le travail et les études ont pris le pas sur les autres activités. Cette première matinée a en effet été consacrée à une série d’interventions faites par les très proches collaborateurs de l’Ambassadeur de France en Égypte. Il était en effet important que les auditrices et les auditeurs de la session puissent débuter ce voyage d’études en entendant l’avis de Français qui vivent et travaillent au Caire. Aussi, pour faire cette radiographie complète, nul n‘était mieux placé que les chefs des grands services de la mission diplomatique française en Égypte. C’est ainsi que la session a pu successivement entendre trois attachés d’ambassade particulièrement compétents et pointus en la personne de l’attaché du service économique, de l’attaché des services intérieurs et enfin de l’attaché de défense. Chacun à son tour a dressé le panorama de ce grand pays en faisant ressortir ses forces et ses fragilités. Pour les premières on retiendra principalement le dynamisme de sa jeunesse et la qualité des talents qui en émanent ainsi qu’une stabilité politique et sécuritaire très appréciée des investisseurs étrangers au milieu d’une région traversée par les crises et les conflits. Très concrètement, cette stabilité favorise le développement économique et l’implantation d’usines et de laboratoires de pointe de la part de puissants groupes internationaux dont beaucoup sont français. S’agissant des faiblesses, il faut d’abord citer une démographie galopante qui, chaque année, fait gagner deux millions d’âmes à un pays qui en compte déjà plus de 110 millions. Satisfaire les besoins élémentaires de cette population : nourriture, eau et énergie est donc un vrai défi pour un pays dont l’essentiel de la surface est désertique. Une autre fragilité se trouve dans la dépendance économique forte vis à vis de secteurs ou d’aspects dont la maîtrise échappe aux Égyptiens et qui fluctuent en fonction de facteurs externes. Ainsi par exemple les importants revenus que l’Égypte tire de l’exploitation du canal de Suez sont amputés par les turbulences géopolitiques en mer Rouge et par les conséquences du conflit israélo-palestinien. Dans la même veine, les dividendes issus des exportations de gaz et d’hydrocarbures sont très fluctuants en même temps qu’ils confortent une rente de situation qui freine la diversification économique. 37 MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE 05
On peut aussi citer la grande dépendance de l’Égypte aux devises reçues de la diaspora des Égyptiens expatriés ; ils seraient 30 millions à envoyer ainsi régulièrement des devises à leurs familles et à leurs proches restés au pays. Enfin, le pays souffre d’une surreprésentation de l’armée dans l’appareil économique et productif ce qui crée, de fait, une distorsion de conditions condamnant dans l’œuf toute concurrence privée. La vieille ville s’étend le long des deux rives de la Corne d’Or. Cette baie étroite en forme de corne était le port primitif de la ville. Au sud de la Corne d’Or se trouve l’ancienne Byzance et au nord furent installés les entrepôts et les habitations des marchands étrangers (quartier de Gálata, aujourd’hui Karaköy), principalement génois, qui forment un second noyau ancien. La ville moderne est naturellement bien plus vaste et s’étend sur les deux rives (européenne et asiatique) du Bosphore. En tant qu’ancienne capitale des empires byzantin et ottoman, Istanbul fut probablement, jusqu’au XVIe siècle, la ville la plus civilisée et cosmopolite au monde. À ce titre, elle possède des monuments extraordinaires : églises, hippodrome, mosquées Süleymaniye et Sultanahmet, palais de Topkapı, Sainte Sophie, la Citerne basilique, etc. De fait, même si le tourisme était loin d’être le principal objectif du séjour stambouliote de la 36ème SMHES/Cadres dirigeants, ses auditrices et ses auditeurs, dont certains étaient accompagnés par leur conjoint, ont souvent prolongé leur séjour pour partir à la découverte de ces innombrables merveilles. Dès le 04 février soir, à leur arrivée à l’aéroport d’Istanbul, les auditrices et les auditeurs ont pu prendre la mesure de cette mégapole unique au monde. Il faut dire que ses infrastructures aéroportuaires impressionnent. Son aéroport est en effet à ce jour le plus grand du monde en terme de capacité. En 2028, lorsqu’il sera complètement achevé, il sera doté de 6 pistes et pourra accueillir 200 millions de passagers par an. Sachant aussi que la compagnie nationale turque «Turkish Airlines» figure parmi les cinq premières mondiales en termes de nombre de destinations desservies et de passagers transportés, en débarquant à l’aéroport d’Istanbul, on comprend mieux l’importance géopolitique de la Turquie et sa stratégie d’influence. 38 MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE 05
Afin de poser le décor et les éléments de compréhension essentiels, le voyage d’étude de la 36ème SMHES/Cadres dirigeants a fait une toute première étape au siège stambouliote de l’institut français de Turquie, situé en plein centre- ville, à un jet de pierre des lieux iconiques que sont la place Taksim et la rue Istiklal. L’Institut français de Turquie est un établissement à autonomie financière placé sous l’autorité de l’Ambassade de France en Turquie et il compte trois antennes : Ankara, Istanbul et Izmir. Ses activités recouvrent les domaines suivants : l’enseignement du français, la coopération culturelle et audiovisuelle ainsi que la coopération dans les domaines universitaire, scientifique, éducatif et linguistique. Chacune des trois antennes de l’Institut français de Turquie propose une offre de cours de français pour tous les âges et pour tous les besoins, organise des examens de certification du niveau de français (DELF – DALF) et dispose d’une médiathèque. C’est donc un outil majeur du rayonnement et de l’influence française à Istanbul ; à cet égard il faut se souvenir que les liens entre la France et la Turquie sont riches et anciens et Istanbul en est très certainement le point d’ancrage le plus fort. L’influence française à Istanbul est profonde et variée, touchant à la fois la culture, l’éducation, le commerce et la diplomatie. Les relations entre la France et la Turquie, qui remontent aux croisades, ont été renforcées par des accords diplomatiques tels que les Capitulations de 1536, qui ont accordé des privilèges aux ressortissants français dans l’Empire ottoman. Cette influence se manifeste également dans la langue ; le français ayant été la principale langue parlée et écrite en Europe avant d’être remplacé par l’anglais. Aujourd’hui, les meilleurs établissements scolaires et universitaires d’Istanbul sont français ou sont des établissements où l’enseignement du français reste une dominante. C’est donc au sein d’un lieu marquant cet attachement à la France, à sa culture et à sa langue que les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont débuté leur voyage d’étude. Chaleureusement accueillis par Madame la Consule Générale de France à Istanbul et par l’attaché de défense français en Turquie, les auditrices et les auditeurs ont entendu deux conférences passionnantes. La première, faite par la Consule Générale a décrit en six points ce qu’est la Turquie contemporaine ainsi que l’état de la relation entre elle et notre pays. Sur le plan commercial et on ne le sait pas assez, la Turquie est en effet un partenaire majeur pour la France tant par le nombre important d’entreprises françaises qui opèrent dans le pays que par les flux de capitaux et de biens qui s’échangent entre la France et la Turquie. 39 MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE 05
Souvent méconnue, la dimension de la relation culturelle doit également être citée. Incarnée par le nombre et le dynamisme des établissements publics et privés qui enseignent le français et en français à Istanbul, à Ankara, à Izmir et dans d’autres grandes villes, cette dimension se mesure également par l’importance des mouvements de personnes entre la Turquie et la France. Rappelons que la France compte une diaspora turque ou d’origine turque forte de 800 000 personnes et que les échanges sont fréquents entre deux pays situés à trois heures de vol l’un de l’autre. À ce titre, les 1000 visas délivrés tous les jours par les consulats français en Turquie témoignent de la vigueur de ces échanges. Dans l’exposé suivant, l’attaché de défense a détaillé l’appareil de défense et le positionnement stratégique d’un pays qui, derrière les États Unis, est la seconde puissance militaire de l’OTAN, qui est au cœur de plusieurs zones de crises mais qui est aussi splendidement situé au sein du bassin méditerranéen et à cheval entre l’Europe et l’Asie. Au cours de cette passionnante matinée, les auditrices et les auditeurs ont pu mieux comprendre les origines et les grandes tendances de la politique intérieure et extérieure turque et expliquer la logique de ce qui paraît souvent, vu depuis la France et l’Europe, être des positions ambiguës ou ambivalentes. L’attitude et le positionnement de la Turquie à l’égard de l’UE, de l’OTAN, de la Russie et de son voisinage immédiat ne peuvent en effet pas se comprendre sans les références douloureuses que sont le Traité de Sèvres et les divers épisodes du démantèlement de l’empire ottoman. De même, bien connaître et comprendre la nature profonde et les objectifs précis du virage politique et culturel que Mustapha Kemal Atatürk fit prendre à la toute jeune république de Turquie permet une lecture bien plus fine et nuancée du paysage politique actuel du pays. Au total, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ne pouvaient pas espérer meilleure introduction à leur voyage d’étude et ils sont ressortis de cette matinée avec une compréhension bien plus fine de la Turquie tant dans ses aspects de politique intérieure que dans son positionnement géopolitique. 40 MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE 05
Après ce début passionnant et un déjeuner dans un restaurant typique de la vieille ville, la journée s’est poursuivie au sur la rive orientale du Bosphore, puisque la session a été reçue dans les quartiers du commandement de la marine turque en charge des détroits et de la mer Noire. Accueillis par l’amiral commandant cette structure et par tout son état-major, les auditrices et les auditeurs ont entendu deux exposés. Le premier portait sur la marine turque en général : organisation, équipements, missions, enjeux et défis tandis que le second a développé les aspects liés à la sécurité dans les détroits et en mer Noire. Les autorités turques ont montré avec quel sérieux la Convention de Montreux est appliquée par la Turquie et, s’agissant de la sécurité en mer Noire, tous les efforts que porte la Turquie pour mettre en place des outils de coopération efficaces que ce soit en coopération avec les pays voisins ou dans le cadre de l’OTAN. La Turquie en tant que membre influent de l’OTAN reste en effet un acteur stratégique important et son positionnement à l’égard des crises et des conflits régionaux reste déterminant pour l’Alliance atlantique. De retour à Istanbul, autour d’un diner organisé à dessein, quelques auditeurs ont pu ensuite échanger avec une brillante journaliste turque spécialiste de la politique étrangère de son pays. Après les conférences de la matinée et de manière très complémentaire avec elles, il était en effet important d’entendre aussi des citoyens turcs s’exprimer sur ces thématiques et sur d’autres aspects qui leur paraissent importants pour vraiment comprendre et apprécier leur pays. Après une première journée très dense et assez institutionnelle, la seconde, celle du vendredi 06 février a été consacrée à des acteurs appartenant à d’autres sphères. A cette fin, la session a été reçue dans la matinée au siège stambouliote de la compagnie CMA-CGM. La Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime (CMA CGM) est un armateur de porte-conteneurs français dont le siège social est situé à Marseille. Elle est la troisième entreprise mondiale de transport maritime en conteneurs et la première française. Son offre globale intègre la manutention portuaire et la logistique terrestre et aérienne. Être ainsi reçus au sein du siège local de cette grade compagnie a offert aux auditrices et aux auditeurs de la session une immersion particulièrement intéressante dans le fonctionnement d’une telle entreprise dont le retentissement économique et la portée ont une résonance géopolitique indéniable. 41 MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE 05
Plus précisément, le directeur du siège de CMA-CGM à Istanbul et ses plus proches collaborateurs ont détaillé les activités du groupe en méditerranée orientale et en mer Noire et ont décrit les perspectives et les enjeux liés à l’évolution du conflit en Ukraine et les contraintes qu’il suscite pour le trafic et le commerce maritimes. Avoir ainsi, en miroir de ce qu’a dit et décrit la marine turque la veille, la vision d’un grand opérateur commercial civil était particulièrement éclairant sur le rôle central que joue la Turquie dans le domaine économique et commercial. Enfin, après cette séance très stimulante dont les échanges se sont prolongés autour d’un déjeuner pris en commun avec les cadres de CMA-CGM, le dernier après-midi du voyage d’étude de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants a conduit les auditrices et les auditeurs au musée où se trouve, à bord d’un superbe bateau à vapeur amarré à demeure, le think tank du Vice-Amiral® Cem Gürdeniz. Cet amiral de la marine turque, aujourd’hui en retraite, s’est adressé à la session sur le thème de la géopolitique maritime de la Turquie. Père de la théorie de la « Patrie bleue » l’amiral Gürdeniz a exposé et argumenté ses vues personnelles sur la manière dont la répartition des responsabilités devrait être redistribuées dans en Méditerranée orientale ; ce qui marque dans ces explications, c’est leur caractère très argumenté, leur logique puissante et la fougue que met l’amiral Gürdeniz à les développer. À travers cette approche très assertive, les auditeurs ont pu mesurer les ambitions et le caractère résolument offensif de certaines figures de l’intelligentsia turque tout comme les argumentaires sur lesquels ils s’appuient. Il en ressort l’image d’un pays qui se sent toujours victime des décisions prises par les grandes puissances pour démanteler l’empire ottoman il y a un siècle et qui, fort de sa puissance, de son influence et de sa fierté retrouvée aspire à réviser les choses voire à bousculer l’ordre établi. À l’issue de cet exposé tout à la fois passionnant et déstabilisant, le vice- amiral Gürdeniz a eu l’élégance de permettre la session de faire une rapide visite du musée au sein duquel son think tank est situé. Ce vaste musée privé est consacré à la technologie des transports et à ses évolutions entendues au sens large et on y trouve un assemblage impressionnant de véhicules de toutes natures et de toutes tailles : bateaux, trains, automobiles, motocyclettes, aéronefs, etc… 42 MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE 05
MISSION D’ÉTUDE EN TURQUIE 05 C’est par cette visite aussi pittoresque qu’inattendue que se sont conclues ces deux journées, hélas trop courtes, passées à Istanbul. L’objectif de ce voyage d’études était de faire sentir et comprendre aux auditrices et aux auditeurs à quel point la Turquie est un pays important dans le jeu des recompositions géopolitiques à l’œuvre au niveau régional comme au niveau mondial. En entendre les raisons de la bouche d’experts français aussi qualifiés fussent-ils, était naturellement indispensable mais n’était pas suffisant. C’est la raison pour laquelle ces deux journées ont alterné des voix françaises et turques. Celle du Vice-Amiral en retraite Gürdeniz a beaucoup marqué la session car il n’a pas du tout mâché ses mots. Dans une intervention dont la forme et le cadre sont restés très amicaux et chaleureux, il a démontré pourquoi et comment, selon lui, la Turquie doit rebattre les cartes de la répartition des zones en méditerranée orientale, en Mer noire et dans le mer Egée en remettant en cause l’ordre établi sur des bases qu’il juge injustes et contestables. Au bilan, au fil de ces deux journées très denses, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants auront entendu des points de vue à la fois complémentaires et hétérodoxes voire parfois déstabilisants. C’est sans doute un moyen efficace pour éviter les poncifs et les raccourcis et ainsi approcher le kaléidoscope de la réalité riche et complexe d’une Turquie qui entend s’ancrer dans la modernité et recouvrer son rang de grand acteur mondial. 43
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« L’Union fait la Force » Devise nationale de la Belgique. Les auditeurs de la 36ème SHMES/Cadres-Dirigeants ont pu concrètement découvrir, depuis octobre 2025, sur le territoire national comme à l’étranger, les voies et les moyens qui s’attachent aux six grandes fonctions stratégiques qui structurent la puissance et la politique de défense d’un pays. Au travers de l’exemple français, ils ont pu constater qu’étudier sous l’angle de ces six fonctions stratégiques des domaines qui, de prime abord, peuvent en sembler éloignés comme par exemple ceux de l’énergie ou du trafic maritime en mer Noire, les éclaire d’un jour différent et les replace dans une logique d’ensemble, une vision et un projet. Ce projet et cette vision sont ceux de la souveraineté, de l’autonomie d’appréciation, de décision et d’action ; capacités cardinales pour tout pays qui entend peser sur les affaires du monde mais qui recherche aussi, comme le fait la France, des positions d’équilibre. Or cette dernière notion porte intrinsèquement en elle la nécessité de prendre en considération l’altérité et de rechercher les interactions avec les autres : alliés, amis, concurrents, compétiteurs mais aussi adversaires voire parfois ennemis. Dans le monde d’interdépendances qui fut récemment le nôtre et dans celui des affrontements et des rapports de force qui caractérisent celui qui vient, l’isolement et le repli sur soi ne sont tout simplement plus des options. Aussi, la puissance, le rôle, l’ambition et la vision de la France et de nombre de ses voisins ne peuvent se comprendre et véritablement s’apprécier que si on les replace dans le contexte des alliances majeures auxquelles ces pays appartiennent : l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Union Européenne (UE). Rappelons que pour l’une et l’autre, notre pays en est un membre fondateur et il faut en effet toujours se souvenir que la France était à la manœuvre lorsque l’OTAN puis l’UE furent imaginées puis créées ! Il était donc incontournable pour les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants de venir à Bruxelles afin de comprendre comment la France articule ses politiques : défense, économie, commerce, agriculture, environnement, recherche, affaires étrangères avec et dans le cadre de l’Union européenne et de l’OTAN. 06 - L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN 45
C’était également et peut-être avant tout une formidable occasion pour la session de comprendre de l‘intérieur le fonctionnement de l’Union européenne et de l’OTAN et, ce faisant, d’en revisiter la genèse, le sens, le projet, l’action et les perspectives d’évolution. N’oublions pas non plus le sens des mots et on remarque que si on parle d’alliance pour l’OTAN et d’union pour l’UE c’est bien le signe que ces deux entités sont différentes malgré la proximité sémantique de leur dénomination. Une alliance exprime la volonté de solidarité entre des parties sans perte de souveraineté tandis qu’une union implique la création d’un ensemble nouveau qui capte une part de souveraineté en vue d’une meilleure efficacité par l’effet de groupe et de masse. À l’origine de l’idée d’une Union européenne est le constat que la mise en commun de domaines centraux comme par exemple la politique commerciale, agricole ou migratoire est de nos jours une solution bien plus bénéfique et efficace que de les conserver sous stricte compétence nationale. En corollaire, une union suppose aussi la création d’institutions législatives et exécutives capables de gérer en commun, au nom et au bénéfice de tous, les domaines qui leur ont été transférés. C’est à cela que servent essentiellement le Parlement et la Commission européenne. Par ailleurs, les autres domaines qui restent de la responsabilité des États membres : la politique étrangère, la défense ou les questions sanitaires par exemple gagnent aussi à être davantage coordonnés entre États membres. Cette coordination se fait selon une approche intergouvernementale au sein du Conseil européen où les États membres échangent et se concertent sur ces domaines dont la responsabilité n’a pas été transférée à la Commission. L’OTAN est, quant à elle, une alliance et l’idée qui la fonde est donc radicalement différente de celle de l’Union européenne. L’OTAN est née de la décision d’États souverains de se garantir mutuellement assistance et solidarité en cas d’agression des Soviétiques ; c’est la notion de défense collective par solidarité que le célèbre article 5 du Traité de l’Atlantique Nord instaure. Autrement écrit, l’OTAN est en substance et au quotidien un espace de concertation et d’étroite coopération entre États souverains s’agissant de leur sécurité et de leur défense commune. 46 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
Dans l’OTAN, ce sont les États entre eux qui tranchent et décident de tout ; chacun y est l’égal des autres et garde un pouvoir immense qui est celui de s’opposer à une initiative qui ne lui convient pas ; c’est le principe de consensus. Toutes les décisions à l’OTAN sont en effet prises par consensus, après échanges de vues et consultations entre pays membres. Dès lors, toute décision à l’OTAN et de l’OTAN exprime la volonté collective de tous les États souverains qui en sont membres et c’est alors une force redoutable et redoutée. La première journée de ce séminaire bruxellois de la 36ème SMHES/Cadres- dirigeants a donc été consacrée à l’UE et à l’OTAN afin d’approfondir comment ces deux entités, de nature très différentes, contribuent chacune à la défense du continent européen et quelle place prend la France dans cette démarche. La matinée du 12 Mars a débuté par une intervention du général adjoint au représentant militaire de la France auprès de l’UE qui a décrit son rôle et celui de son État-major. De son propos, il ressort aussi très clairement que la Boussole Stratégique d’une part et les crises récentes d’autre part ont sorti l’UE de sa frilosité et de sa léthargie et qu’elle assume désormais beaucoup plus d’être un acteur majeur de la sécurité et de la défense en Europe. Il souligne aussi qu’opposer OTAN et UE sur ces questions n’a pas de sens et que les considérer dans une perspective de complémentarité en a bien plus. S’il ne fallait retenir qu’une leçon du séjour bruxellois de la 36eme SMHES /Cadres-Dirigeants c’est que l’OTAN et l’UE ont des approches bien plus complémentaires que différentes en matière de défense et de sécurité. Les crises du monde qui viennent représenteront de tels défis que pour les résoudre il faudra certainement à la fois plus d’OTAN et plus d’UE. Ensuite, sous la direction de l’officier général français directeur des opérations de l’État-major de l’Union européenne à Bruxelles, des officiers français insérés au sein de l’EUMS (European Union Military Staff) ont pris le relais et ont présenté la place, le rôle et les missions des différents organes à vocation militaire au sein des institutions européennes. L’officier français qui occupe la fonction d’assistant militaire du président du comité militaire de l’UE (CMUE), a ouvert la séquence en présentant la composition, le rôle et le fonctionnement du CMUE. 47 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
Organe sommital de nature militaire au sein des institutions européennes, le CMUE est une structure mise en place dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne pour donner des avis militaires et émettre des recommandations sur les questions militaires au profit du comité politique et de sécurité du Conseil de l’UE (COPS). Son rôle est donc essentiellement d’éclairer les décisions de ce conseil de l’UE en matière militaire et de ce fait, le CMUE n’a pas de responsabilités directes de commandement. Le CMUE donne aussi des directives à l’état-major de l’Union européenne (EMUE) qui est la seconde instance de l’UE à vocation militaire et qu’un officier français qui y sert a présenté en détail. Dépendant organiquement du Service Européen d’Action Extérieure (SEAE) qui sera abordé plus loin, l’EMUE est quant à lui un état-major de niveau politico- militaire dont les principales fonctions sont l’alerte stratégique, l’évaluation de la situation et la planification stratégique. De l’EMUE dépend enfin la capacité militaire de planification et de conduite (MPCC selon son acronyme anglais) qui a pour rôle essentiel d’assurer le commandement des missions militaires non exécutives de l’UE. Il assure le contrôle stratégique militaire hors théâtre et il gère donc la planification et la conduite des missions. On comprend rapidement de cette structure générale et de la définition du rôle de chacune de ses strates que l’UE n’a pas vocation à conduire des opérations dites exécutives, c’est-à-dire qui impliquent l’usage délibéré de la force pour accomplir les missions. Il faut en effet rappeler que jamais les Traités ne le suggèrent et si l’UE peut donner l’impression d’être un acteur en matière militaire c’est strictement dans le cadre de la Politique de Défense et de Sécurité Commune (PSDC). Cette dernière ne reconnaît d’ailleurs de responsabilité à l’UE que dans le cadre des missions dites de Petersberg : missions humanitaires et d’évacuation de ressortissants, missions de maintien de la paix, missions de gestion de crise avec éventuellement rétablissement de la paix. Cependant, les crises de la dernière décennie et essentiellement la guerre en Ukraine ont conduit les Européens à repenser cette approche assez restrictive et ils l’ont fait dans le cadre des travaux sur la Boussole Stratégique. Pour autant il y a encore loin de la coupe aux lèvres et il apparaît que des freins importants se dressent sur le chemin d’une UE qui prendrait vraiment en main sa sécurité. 48 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
Le premier de ces freins, c’est la grande faiblesse des ressources et des capacités militaires dont les Etats membres disposent. Même si, sous la pression géopolitique actuelle, les budgets repartent à la hausse, les moyens de la défense des pays de l’UE ont considérablement fondu durant les 3 dernières décennies et leur niveau actuel reste insuffisant. De surcroît, ces capacités sont également partagées avec l’OTAN et elles demandent beaucoup de temps et d’argent pour se reconstituer notamment lorsque plus rien n’existe. Le second frein c’est le mode de gestion de l’UE. Différent de l’approche de l’OTAN par consensus, l’UE gère les questions et les sujets de la PSDC à l’unanimité et si un seul membre dit non, c’est le blocage. Le dernier frein c’est l’absence d’une structure de commandement et de contrôle (C2) permanente, intégrée, équipée et entraînée propre à l’UE et capable de planifier et de conduire sur un théâtre une opération complexe de nature exécutive. S’il faut le faire, l’UE doit alors faire appel aux capacités de l’OTAN en application des accords de coopération dits de « Berlin + » ou à des capacités nationales, or l’on a vu qu’elles sont rares et beaucoup d’entre elles sont généralement déjà entièrement dédiées à l’OTAN. EUMAM, c’est hélas peu connu, a permis des transferts de matériels, des financements spectaculaires et l’entraînement de milliers de soldats ukrainiens. L’Union agit en particulier grâce à la facilité européenne pour la paix (FEP) qui s’est révélée être un mécanisme de financement particulièrement réactif. La FEP permet le financement des coûts communs des opérations et des missions de la PSDC, le soutien des opérations de maintien de la paix des organisations internationales et le développement des capacités militaires des Etats, y compris des capacités létales et tout particulièrement la livraison de matériel militaire. La FEP a véritablement pris son essor à l’occasion du conflit en Ukraine et elle s’avère très structurante en termes de financement rapide et massif des missions et des opérations de l’UE mais plus encore comme un outil de politique étrangère. De cette riche matinée se dégage la conclusion que même si l’UE ne s’engage pas dans des opérations majeures et de haute intensité, les Traités ne le prévoient pas et l’OTAN est faite pour cela, elle fait pourtant beaucoup en matière de gestion de crise, mais on le dit pas suffisamment. 49 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
Ensuite, durant l’après-midi du 12 Mars, les auditrices et les auditeurs ont eu le privilège d’être accueillis au sein du nouveau siège de l’OTAN situé à Evere au nord-est de Bruxelles pour une séquence consacrée à l’Alliance atlantique. Inauguré en 2017, ce nouveau siège de l’organisation est un impressionnant bâtiment de verre et d’acier dont l’aspect intimide tout nouveau visiteur ; il a remplacé les bâtiments dans lesquels l’OTAN était installée dans la même zone depuis 1967. Avant cette date, c’est à Paris que l’OTAN avait son siège jusqu’à ce que le général de Gaulle décide de retirer la France d’un commandement intégré qu’il jugeait trop attentatoire à la nécessaire souveraineté qu’un pays doit garder sur ses capacités nationales en matière de défense. Aujourd’hui, avec ses nouveaux bâtiments à la fois austères et grandioses, l’OTAN transmet un message intentionnellement clair : l’organisation qui se dote d’un tel siège est solide, sérieuse et puissante ; nul ne s’y frotte impunément ! Accueillie et guidée par la représentation diplomatique française auprès de l’OTAN, la session a débuté la séquence avec une intervention de Son Excellence l’ambassadeur représentant permanent de la France auprès de l’OTAN et de l’UE. Son propos a d’abord porté sur les principes centraux de l‘alliance et, parmi eux, figure en premier lieu le fait que l’OTAN est et reste une alliance d’États souverains qui ont consenti à se concerter pour mieux se défendre collectivement. La nature profonde de l’OTAN est donc très différente de celle de l’UE car l’Alliance n’implique aucun transfert de souveraineté. L’Alliance est et reste avant tout un forum où les États se parlent et se concertent. Lorsqu’ils décident de coopérer et d’agir, c’est exclusivement en vertu d’un consensus. À la différence du principe d’unanimité où tout le monde doit donner la même réponse, le consensus c’est quand personne ne dit non. La nuance peut paraître subtile mais elle change tout car elle évite bien des blocages. Ensuite la conférence a porté sur la position et les évolutions de l’OTAN dans un environnement géopolitique qui reste turbulent et profondément bouleversé et sur la façon dont la France agit pour catalyser les autres membres européens confrontés à l’extrême imprévisibilité des États- Unis. D’une position de membre souvent perçu comme rétif, versatile et individualiste, la France est passée à celle d’un pays allié qui rassure et dont on tient à gagner les bonnes faveurs. 50 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
L’ambassadeur a rappelé le caractère entièrement nouveau du paysage géopolitique qui se redessine sous nos yeux : l’ennemi d’hier n’en est plus un tandis que les amis fidèles et obéissants sont traités sans ménagement. Il en résulte un climat de doute chez nombre d’États membres tandis que quelques autres, dont la France fait partie, tentent d’aborder la situation avec pragmatisme en imaginant des avatars crédibles d’une alliance atlantique où les Américains se mettraient en retrait partiel ou total. Prenant la suite de l’ambassadeur, le général représentant militaire de la France auprès de l’OTAN et de l’UE, a ensuite détaillé à la session les enjeux pour la France en tant que membre de l’OTAN. Dans un discours franc et direct, le général s’est attaché à brosser les faiblesses et forces de notre pays au sein de l’alliance. Pour les premières, le général a cité : une tendance française perçue comme trop critique ou exigeante dans les négociations ; des contraintes budgétaires importantes, limitant les marges de manœuvre capacitaires ; la suspicion que certaines positions françaises soient motivées par un agenda industriel national ; la crainte que la France cherche à accélérer un éloignement stratégique vis-à-vis des États-Unis. Pour les secondes, l’intervenant les a listées de la façon suivante : un modèle d’armée complet, couvrant l’ensemble du spectre des capacités militaires ; le statut de puissance nucléaire ; une capacité de décision rapide, permettant le déploiement de forces sans autorisation parlementaire préalable ; une culture stratégique et expéditionnaire affirmée. Ces forces font de la France un membre pourvoyeur de sécurité crédible et reconnu au sein de l’Alliance. Le général a également évoqué l’articulation entre l’UE et l’Alliance atlantique en matière de sécurité et de défense. L’OTAN fournit la doctrine, l’interopérabilité et les structures de commandement nécessaires aux opérations de haute intensité tandis que L’UE dispose des instruments financiers, industriels et civils permettant de soutenir les capacités militaires et de gérer les crises périphériques. Dans un scénario de conflit majeur impliquant l’OTAN, l’UE pourrait ainsi prendre en charge la gestion des crises secondaires, notamment sur le flanc sud. De ces deux interventions très complémentaires se dégage la conclusion suivante : 2030 et la perspective à cette date d’un choc stratégique majeur entre l’Occident et la Russie est un horizon proche. S’y préparer impose une accélération des efforts militaires européens et de consolider deux facteurs déterminants. 51 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
Il faut, d’une part préserver la cohésion du camp occidental car la Russie cherchera à la fragiliser et d’autre part il faut également travailler à s’assurer du soutien des opinions publiques car c’est une condition indispensable pour maintenir l’effort de défense. Ainsi il apparaît que la sécurité européenne dépendra autant de la solidité politique et sociétale des démocraties occidentales que de leurs capacités militaires. Pour clore l’après-midi, un dernier exposé a été fait par un officier français inséré au sein de l’État-major militaire international du siège de l’OTAN. Cette conférence a permis de rentrer plus en détail dans le fonctionnement et l’organisation de l’Alliance : ses différents échelons et leurs responsabilités. Parmi tous les multiples atouts que présente l’OTAN, deux se distinguent tout particulièrement et constituent de nets avantages comparatifs. L’OTAN est un exceptionnel outil d’interopérabilité militaire, permettant à des unités de différentes nations de coopérer efficacement grâce à des procédures, des standards et des entraînements communs. Dans la même veine, l’OTAN dispose d’un réseau inégalé d’États-majors de niveau stratégique et opératif, équipés, entrainés et capables de concevoir et de conduire simultanément plusieurs opérations de haute intensité et de grande ampleur. Au terme de cet après-midi très dense, la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants n’était cependant pas au bout de ses efforts car une dernière séance relative aux travaux sur le thème de l’année attendait les auditrices et les auditeurs à l’hôtel. Le mois de Mars est en effet une étape importante dans le déroulement des travaux qu’ils mènent pour obtenir leur diplôme universitaire. Lors de ce rendez-vous de Mars à Bruxelles, chaque comité doit présenter à l’équipe pédagogique trois scenarii prospectifs relatifs à une problématique de la région étudiée et dégager le scenario qui lui paraît le plus riche et intéressant afin de le développer ensuite de manière complète pour l’incorporer au rapport final. Au cours d’une séance notée, chaque comité s’est donc exprimé par oral et pendant trente minutes sur ses trois scenarii et a défendu celui qui lui paraît le plus intéressant. L’équipe pédagogique a évalué la qualité générale du fond, mais aussi la forme et tout particulièrement l’aisance oratoire des auditrices et des auditeurs, leur capacité à convaincre comme à maîtriser leur temps de parole et leurs émotions. Elle a aussi interrogé chaque comité sur des points clés de la méthode utilisée pour concevoir et bâtir les scenarii. 52 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
Les trois comités ont tous franchi l’obstacle avec succès et ils vont donc pouvoir s’engager dans le développement complet du scenario retenu pour chacun d’eux. Ajoutons que le séminaire à Bruxelles est aussi l’échéance à laquelle la session doit rendre la version écrite et définitive de la première partie de son rapport final. Cette première partie dresse l’état des lieux de la région étudiée, en l’occurrence celle de la mer Noire, sous l’angle de l’histoire, de la géographie, de la démographie, de l’économie et bien évidemment sous celui des enjeux de sécurité et de la géopolitique. Le lendemain matin, la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants a fait un pas de côté pour aller à la rencontre de la défense belge. En effet, il a paru pertinent à l’équipe d’encadrement de la session de profiter de ce séjour à Bruxelles pour s’intéresser aussi aux enjeux et aux perspectives stratégiques de la Belgique, pays hôte des sièges de l’OTAN et de l’UE. A des Français venus en voisins mais qui finalement le connaissent assez peu, ce pays fondateur de l’OTAN et de l’UE a en effet beaucoup à apprendre en matière de positionnement géopolitique et stratégique. Après avoir entendu la veille des discours essentiellement franco-centrés, entendre le point de vue d’un autre pays membre peut en effet permettre de relativiser beaucoup de choses et montrer ainsi que ce qui semble évident à Paris peut l’être beaucoup moins dans d’autres capitales. C’est ainsi que le 13 Mars matin, la session a été reçue dans le cadre prestigieux de l’École Royale Militaire (ERM). Située au centre de Bruxelles, l’ERM est le creuset de formation initiale de tous les officiers belges mais son campus universitaire inclut aussi des formations de perfectionnement équivalentes en France à l’École de Guerre et au Centre des Hautes Études Militaires. L’ERM est donc, à bien des égards, le reposoir des traditions et donc de l’âme des forces armées belges. En la matière il est intéressant de noter qu’à la différence de bien d’autres pays, les jeunes officiers belges des trois armées suivent une formation initiale en grande partie commune. Cette singularité permet ab initio aux jeunes officiers belges de tous bien se connaître et donc de développer d’emblée un solide esprit interarmées. Accueillis avec beaucoup de chaleur dans le grand amphithéâtre de l’ERM, les auditrices et les auditeurs y ont entendu une conférence prononcée par l’un des principaux adjoints du CEMA belge. Cet officier général, au ton direct et à l’humour décapant, a brossé un panorama très complet du pays et de sa défense au travers de ses enjeux, de ses défis et de ses perspectives. 53 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
Soulignant que la culture du compromis est une donnée centrale dans une Belgique formée de trois grandes communautés linguistiques, le général a montré comment la défense s’en accommode et s’en inspire en développant des partenariats opérationnels et capacitaires avec ses voisins luxembourgeois, allemands, néerlandais et français. Les questions organiques : équipements, recrutement, fidélisation, résilience ont également été évoquées sans oublier le contexte géopolitique actuel dont les impacts potentiels peuvent être profonds pour un pays très attaché à l’Alliance Atlantique comme l’est la Belgique. Au total, au cours de cette riche matinée, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont beaucoup appris sur la défense de ce pays voisin et ami mais finalement peu connu. La nature de son régime : une monarchie parlementaire, sa structure politico-administrative (État fédéral) ses trois communautés linguistiques, entre lesquelles les relations ne sont pas toujours linéaires sont des aspects qui méritaient d’être abordés par la session dans le cadre de ses travaux et réflexions sur les facteurs de puissance d’un État. A l’issue, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont dirigé leurs pas vers le siège du Service Européen d’Action Extérieure (SEAE) situé à quelques centaines de mètres de l’ERM. Le SEAE est le service diplomatique de l’Union européenne. Depuis 2011, il met en œuvre la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE afin de promouvoir la paix, la prospérité, la sécurité et les intérêts des Européens du monde entier. La session a pu y entendre une première conférence détaillant la mission, l’organisation et les actions du SEAE. Le service européen pour l’action extérieure est dirigé par la responsable des affaires étrangères de l’UE, également appelée haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. La haute représentante est également vice-présidente de la Commission européenne. Elle défend la politique étrangère et de sécurité de l’UE sur la scène internationale, coordonne les travaux de la Commission européenne sur les relations extérieures de l’UE et préside les réunions des ministres des affaires étrangères, de la défense et du développement. La haute représentante/vice-présidente met en œuvre la politique étrangère et de sécurité de l’UE, en collaboration avec les États membres et à l’aide de ressources européennes et nationales. Ce système contribue à garantir la cohérence de la politique étrangère dans toute l’Union. 54 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN
Dans le détail, le SEAE est composé, à Bruxelles, d’experts issus du Conseil de l’UE, de la Commission européenne et des services diplomatiques des pays de l’UE ; dans le monde entier, d’un réseau d’« ambassades de l’UE», dénommées délégations. Le conférencier ayant été lui-même à la tête de plusieurs délégations de l’UE dans des pays étrangers, il a pu en détailler le rôle et la coordination qui existe entre les représentations diplomatiques des pays membres de l’UE et les délégations de l’Union. La seconde conférence a détaillé la vision du SEAE et son action dans la région de la mer Noire. Cette région reste en effet une zone de fortes tensions et l’appartenance à l’UE de deux pays riverains : la Roumanie et la Bulgarie, fait que cette zone mobilise aujourd’hui fortement l’attention et les ressources du SEAE alors que cette région a longtemps été un angle mort de la politique étrangère européenne. Ainsi, c’est par cette brève immersion dans un service de Union Européenne encore peu connu et mal compris mais qui cherche à mettre en œuvre de manière concrète et efficace une politique étrangère d’ensemble et coordonnée au niveau de l’Union que les auditrices et les auditeurs ont achevé ces deux intenses journées passées à Bruxelles. Leurs idées sont désormais beaucoup plus claires s’agissant de ce que sont et font respectivement l’OTAN et l’UE et sur ce qu’implique le fait d’être membre de l’une comme de l’autre. Dans la même veine qu’à Bruxelles, c’est ensuite à Genève que les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants se rendront au mois d’avril. L’objectif de ce prochain séminaire au bord du lac Léman sera d’y approcher et de mieux comprendre la part que prennent les ONG et les organisations internationales dans la gestion des affaires de notre monde mais surtout dans les crises et les conflits qui l’affligent sans discontinuer. Alors que la fin du multilatéralisme dans les relations internationales semble inéluctable, venir à Genève qui, avec Vienne et New York, est certainement l’une des capitales les plus emblématiques du multilatéralisme aura donc beaucoup de sens pour la session. 06L’UNION EUROPÉENNE ET L’OTAN 55
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« Seul on va plus vite ; ensemble on va plus loin » Sagesse populaire C’est sur les rives du lac Léman et sous un soleil printanier, après le ciel gris de Bruxelles en mars, que les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants se sont retrouvés début avril afin d’aller cette fois à la rencontre d’organisations internationales et non-gouvernementales. A une époque où le multilatéralisme semble être une notion bien malmenée voire caduque, il s’agissait pour les auditrices et les auditeurs de la session de bien mesurer l’impact et la pertinence de cette notion sur la géopolitique et la géostratégie en général et dans leur zone d’étude en particulier. Pour ce faire, Genève est un choix pertinent car les principales organisations internationales et non-gouvernementales y ont leur siège ; y venir pour les rencontrer in situ avait donc beaucoup de sens. Dans une Suisse réputée pour sa maturité et sa stabilité politique, pour son esprit de tolérance, pour sa prospérité économique et pour son ouverture sur le monde, la ville de Jean Calvin ajoute ses nombreux avantages à ceux du pays. Située au centre géographique de l’Europe continentale, c’est une métropole dynamique, bien desservie et très agréable où la tradition d’accueil est profondément enracinée. Ce sont autant d’éléments importants lorsqu’il s’agit, pour une organisation internationale ou non-gouvernementale, de décider du lieu d’implantation de son siège. Ce n’est donc pas un hasard si cette ville est la première au monde si on considère les sièges d’organisations internationales. Très précisément, on y recense 431 organisations non gouvernementales et 39 organisations internationales. Parmi les plus emblématiques, citons le siège européen des Nations unies, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT). L’autre grande métropole de coopération internationale est New York, mais Genève la devance s’agissant du nombre d’institutions qui y ont leur siège mais aussi par le nombre de réunions et de congrès qui s’y déroulent. Ainsi, l’Office des Nations unies à Genève (ONUG) est le centre de diplomatie multilatérale le plus actif au monde et il a été et est toujours le théâtre de nombreuses négociations historiques. 57 07 - LE MULTILATÉRALISME
Pour débuter son séminaire, la session a choisi de commencer par les diplomates français présents à Genève et elle a eu donc eu l’honneur d’être accueillie dans le cadre prestigieux de la « Villa des Ormeaux » où est hébergée la Représentation Permanente de la France auprès de l’Office des Nations unies à Genève et des organisations internationales en Suisse. L’ambassadrice ou l’ambassadeur qui exerce cette haute fonction y réside mais la villa abrite aussi les différents services afférents à cette mission diplomatique. Dans les mêmes murs se trouve également la Représentation Permanente française auprès de la Conférence du désarmement ; mission qui est également dirigée par un ou une diplomate ayant rang d’ambassadeur. Ensemble architectural d’une rare élégance située dans un parc enchanteur d’où on peut admirer le lac Léman, la « Villa des Ormeaux » a été bâtie en 1835 dans le style gothique anglais par Georges Haldimand. La villa a ensuite été acquise par l’État de Genève en 1951 et confiée à la France pour y accueillir ses deux missions diplomatiques à vocation multilatérale. Rappelons au passage que l’ambassade de France en Suisse, qui gère la relation bilatérale entre les deux pays, se trouve à Berne. La matinée du 1er avril a permis aux auditrices et aux auditeurs d’entendre successivement les deux missions diplomatiques qui, lors d’exposés denses et enrichis des réponses aux nombreuses questions posées par l’auditoire, ont décrit leur rôle mais aussi et surtout les enjeux et les perspectives des instances au sein desquelles ces deux représentations diplomatiques portent la voix de la France. S’agissant de la Représentation permanente de la France auprès de l’Office des Nations unies à Genève et des organisations internationales en Suisse, l’ambassadrice qui la dirige a rappelé l’attachement de notre pays, clairement affirmé par le Chef de l’État, au multilatéralisme. Désignant le cadre au sein duquel de nombreux pays ayant des points de vue et objectifs différents travaillent de concert et coopèrent, cette notion est l’âme de l’Organisation des Nations Unies mais il ne faut pas oublier le rôle, souvent dans un segment technique bien défini, des nombreuses autres organisations : par exemple l’OMC pour le commerce, l‘OMS la santé pour et l’OIT pour le travail et bien d’autres encore. Pour en revenir à l’ONU, rappelons que c’est toujours le principal forum multilatéral où les pays se réunissent pour résoudre les problèmes mondiaux et notamment ceux liés aux conflits. 58 07LE MULTILATÉRALISME
La philosophie du système des Nations unies c’est de toujours permettre que les pays travaillent ensemble et concluent des accords ou des compromis organisant leurs efforts pour résoudre des problèmes qu’un pays seul ne serait pas à même de gérer. Alors que le multilatéralisme donne des signes de faiblesse et est attaqué par de grands pays qui ont jadis œuvré à sa mise en place et à son bon fonctionnement, l’ambassadrice a décrit en détail comment, au jour le jour à Genève, notre pays en défend les valeurs et les principes. Elle a ainsi bien montré que malgré ses défauts rien ne pourrait vraiment remplacer l’ONU aujourd’hui en tant que forum des nations dans leur ensemble. Avec le principe d’égalité entre tous les pays (principe d’un pays = une voix) l’ONU reste un espace de discussion ouvert sans équivalent ; même les palabres et les discours sans portée apparente permettent à tous les États de s’exprimer. Des pays qui n’ont plus de relations diplomatiques ou que des conflits opposent peuvent encore se parler à l’ONU. Il faut donc se garder des conclusions hâtives : le multilatéralisme existe encore, certes avec ses limites, sous la forme d’organisations internationales qui, comme l’ONU, traitent de sujets globaux ou de celles qui couvrent des segments techniques. Enfin d’autres forums internationaux existent aussi, se développent et travaillent aussi sur des sujets transverses comme la culture, le droit des femmes ou la promotion des valeurs démocratiques. Cette forme de multilatéralisme dont ne parle pas assez comprend aussi des acteurs non étatiques qui comptent et peuvent agir par eux-mêmes comme par exemple le CICR, le DCAF et le GCSP organismes auxquels que la session a rendu visite pendant son séjour à Genève et dont il sera fait mention plus loin. Cette matinée a également permis aux auditrices et aux auditeurs de découvrir la seconde mission diplomatique française installée à la Villa des Ormeaux : la Représentation Permanente de la France auprès de la Conférence du Désarmement. C’est le conseiller militaire de l’ambassadrice qui dirige cette mission diplomatique qui s’est exprimé face aux auditrices et aux auditeurs de la session. Cet officier très expérimenté a décrit le rôle de la Représentation Permanente au sein des enceintes de négociation présentes à Genève, ses activités, ses priorités, son adaptation au contexte sécuritaire et enfin les grands enjeux des négociations en cours et les stratégies mises en œuvre pour y répondre. 59 07LE MULTILATÉRALISME
Ce très riche exposé a ensuite été suivi d’une séquence de questions-réponses qui a permis aux auditrices et aux auditeurs d’approfondir des aspects majeurs et notamment l’articulation que, dans cette enceinte spécifique liée au désarmement, nos diplomates doivent faire entre deux responsabilités distinctes. D’une part, la responsabilité nationale qui consiste à veiller à la défense des intérêts français au sein de la Conférence du Désarmement et d’autre part la responsabilité collective qui, avec les autres États membres, vise à définir les grandes orientations de la Conférence pour ensuite suivre la mise en œuvre des engagements pris collectivement. La journée s’est ensuite poursuivie au siège du Comité International de la Croix Rouge (CICR), où la session a été rejointe par son parrain, S.E. M. l’ambassadeur Jean de Gliniasty. Après avoir pris un excellent déjeuner, la session avait hâte de découvrir l’ensemble des aspects et le rôle de cette institution réputée. Reçus par la coordonnatrice opérationnelle du CICR pour l’Europe et l’Asie centrale et trois de ses plus proches collaborateurs, les auditrices et les auditeurs ont commencé la séquence par une première conférence très vivante où l’histoire, l’organisation et l’action du CICR ont été détaillées et notamment son impact sans égal dans les zones de crise et de conflits. Le Comité international de la Croix-Rouge est une institution d’aide humanitaire, la plus ancienne existante après l’ordre de Malte, créée en 1863 par un groupe de citoyens genevois, dont le plus célèbre est Henry Dunant (Prix Nobel de la paix en 1901). Le CICR est par ailleurs à l’origine des Conventions de Genève et du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, dont il dirige et coordonne les activités internationales dans les conflits armés et les autres situations de violence. La vocation du CICR est exclusivement humanitaire et il possède un statut neutre et indépendant. Il intervient dans les situations de conflit armé ou de troubles internes, avec pour mission principale d’atténuer les souffrances des victimes des violences, sans distinction d’appartenance politique, ethnique, religieuse ou sociale. Pour ce faire, il doit être reconnu par toutes les parties au conflit dans les zones où il intervient. Il y est aidé par son mandat, reconnu en droit et qui lui a été confié par la communauté internationale : les Conventions de Genève citent en effet nommément le CICR pour l’accomplissement de diverses tâches humanitaires indispensables en cas de conflit armé. 60 07LE MULTILATÉRALISME
À cela s’ajoutent des statuts robustes sur la base desquels le CICR peut développer ses activités y compris dans les situations de violence interne dans un pays, bien que de tels cas ne soient pas couverts par les Conventions. Les activités du CICR sont cadrées par les sept principes fondamentaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unicité et universalité. Pour accomplir sa mission, le CICR a articulé ses activités autour de quatre pôles ou programmes : La protection des personnes affectées par un conflit, qu’il s’agisse de prisonniers de guerre, de détenus ou de civils subissant les effets des combats. L’assistance aux personnes affectées par un conflit. La prévention des crimes de guerre et autres violations du droit international humanitaire. La coopération avec les autres composantes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Être reçus au siège du CICR signifiait donc pour les auditrices et les auditeurs de la 36èmeSMHES/Cadres-dirigeants entrer en contact direct avec un acteur majeur de la gestion des crises, des conflits et des guerres en même temps que l’exemple d’un multilatéralisme efficace et incarné. Le fait que ce soit le CICR qui a opéré lors des restitutions d’otages israéliens par le Hamas à Gaza où dans les échanges de prisonniers entre la Russie et l’Ukraine montre bien le crédit sans égal dont jouit cette institution qui peut agir là où personne d’autre ne peut plus le faire. Les valeurs fortes que porte le CICR et son action concrète dans les zones de conflit ont fait l’objet de trois autres interventions. La première a montré comment le CICR a contribué et contribue toujours à encadrer l’usage de la violence et le phénomène guerrier depuis cent cinquante ans en promouvant l’élaboration et la mise en œuvre du droit des conflits armés (DCA) et du droit international humanitaire (DIH). Dans le cas des conflits les plus actuels : guerre en Ukraine, à Gaza, au Liban et au Soudan, ce droit est très souvent au centre des enjeux et des débats. 61 07LE MULTILATÉRALISME
S’ils ne peuvent pas arrêter les conflits, dans bien des cas le DCA et le DIH contribuent directement à en façonner l’issue et c’est d’eux que découlent les lourdes conséquences qui frappent ensuite ceux des acteurs qui s’essaient à les fouler aux pieds ; les lourdes peines infligées par la Cour Pénale Internationale le rappellent clairement ! Les deux autres interventions de cette belle après-midi ont permis d’aborder l’action du CICR dans la zone de la mer Noire puis le thème éminemment délicat des personnes disparues et le rôle majeur que joue le CICR dans leur recherche et leur recensement. Pour autant, la journée n’était pas finie pour la session puisque de retour dans leur hôtel, les auditeurs ont eu le privilège d’y entendre une brillante conférence prononcée par le directeur académique de la FMES. Cette conférence visait à décrire et expliquer le positionnement et l’agenda géopolitique des grandes puissances : États-Unis, Russie, Chine et Inde dans les confrontations et les crises actuelles. Cette conférence tombait en outre à point nommé car, dans le séquencement des travaux académiques de la session, c’est précisément maintenant que les auditrices et les auditeurs doivent incorporer ce jeu des grandes puissances dans le développement de leurs scenarii prospectifs. Après une soirée que beaucoup ont passée autour d’un caquelon de fondue et après une nuit réparatrice, la journée suivante, celle du jeudi 2 avril, a permis à la session d’aller à la rencontre de deux acteurs du multilatéralisme moins connus que l’ONU ou le CICR, mais qui sont pourtant très représentatifs de ces quelques entités évoluant souvent dans l’ombre des grandes agences et institutions mais qui agissent très concrètement, à Genève et sur le terrain, y font bouger les lignes et avancer les choses. La première étape de cette journée était le DCAF (Democratic control of armed forces). Cette fondation de droit suisse se définit comme le « centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité » et est supervisée par un Conseil de fondation composé de représentants d’une cinquantaine de pays et du canton de Genève. Elle s’est donnée pour mission d’aider la communauté internationale à appliquer les principes de bonne gouvernance et à mettre en œuvre la réforme du secteur de la sécurité. Son engagement pour rendre les États et les personnes plus sûrs grâce à une sécurité et une justice plus efficaces et plus responsables est assez unique et c’est sans doute ce qui vaut au DCAF tout son crédit et sa réputation. 62 07LE MULTILATÉRALISME
Il faut aussi noter qu’un officier général français est en permanence détaché au DCAF où il occupe le poste de conseiller stratégique de la directrice du centre. Ce jeudi matin, c’est la directrice adjointe qui a accueilli la session et qui a débuté la séquence par un excellent exposé introductif présentant le DCAF, son histoire, son organisation, ses méthodes et ses résultats. Depuis sa fondation en 2000, le centre a facilité, dirigé et façonné la politique et la programmation de réforme du secteur de la sécurité (RSS) dans le monde entier. La bonne gouvernance du secteur de la sécurité (GSS), fondée sur l’état de droit et le respect des droits de l’homme, est en effet la pierre angulaire du développement et de la sécurité. Le DCAF aide les États partenaires à élaborer des lois, des institutions, des politiques et des pratiques pour améliorer la gouvernance de leur secteur de la sécurité par le biais de réformes inclusives et participatives fondées sur les normes et les bonnes pratiques internationales. Dans tout ce qu’il fait, le DCAF adhère aux principes d’impartialité, d’appropriation locale, de participation inclusive et d’égalité des genres. Le DCAF conseille également les gouvernements et les organisations internationales dans la conception et la mise en œuvre de leurs propres programmes de soutien aux États dans le développement de la gouvernance de leur secteur de la sécurité. Par ailleurs, le DCAF crée des produits de connaissance innovants, promeut les normes et les bonnes pratiques et fournit des conseils juridiques et politiques. Dans les Etats qui le sollicitent, le DCAF soutient le renforcement des capacités des parties prenantes, de la société civile et du secteur privé en leur donnant accès à une expertise indépendante et à des informations sur la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité. Avec des programmes dans plus de 70 pays, le DCAF est internationalement reconnu comme un centre d’excellence pour la GSS et la RSS. Le DCAF, dont le siège se trouve à la Maison de la Paix à Genève, dispose aussi de bureaux locaux à Addis-Abeba, Bamako, Banjul, Beyrouth, Belgrade, Bruxelles, Chișinău, Kiev, Kinshasa, Ljubljana, Niamey, Ouagadougou, Ramallah, Skopje et Tunis. Il emploie plus de 220 personnes issues de plus de 40 pays et disposant d’un large éventail de compétences. 63 07LE MULTILATÉRALISME
Après cet exposé introductif montrant l’activité et les résultats impressionnants d’un centre dont la plupart des auditrices et des auditeurs n’avaient jamais entendu parler, la session a eu la grande chance d’entendre l’une de ses directrices de programme s’exprimer sur la théorie de la réforme du secteur avant que deux experts exposent ensuite les programmes et l’action du centre en Moldavie et en Arménie, pays situés dans la zone étudiée par la session. Riches d’une longue expérience acquise sur le terrain et appuyant leurs témoignages sur des exemples concrets, ces experts ont décrit comment ils agissent dans ces pays tout en soulignant que des approches non conventionnelles combinées à une connaissance et une compréhension fine des structures sociales traditionnelles de ces zones permettent souvent de trouver des ouvertures dans la mise en place des programmes de RSS et de GSS. Au bilan, c’est une matinée véritablement passionnante que les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES ont passée au siège du DCAF. Ils y ont été accueillis avec beaucoup de chaleur et d’amitié par tout le personnel présent. Cette sollicitude a achevé de convaincre la session et son encadrement que le DCAF est une pépite qui mérite d’être connue car il est l’incarnation d’un multilatéralisme de terrain et de combat qui fait mentir celles et ceux qui prétendent que le multilatéralisme a vécu et qu’il n’a plus ni sens ni valeur dans le monde qui vient. L’après-midi de cette seconde journée a entièrement confirmé cette forte impression positive lorsque les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont été reçus au sein du Geneva Centre for Security Policy (GCSP). Créé en 1996, Le GCSP était à l’origine une contribution suisse au Partenariat pour la paix (PfP), initiative de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) visant à renforcer la coopération transatlantique en matière de sécurité. Concrètement il s’agissait à l’époque de concevoir un programme de formation facilitant les échanges entre experts et responsables gouvernementaux et contribuant ainsi à l’initiative Partenariat pour la paix de l’OTAN. Au cours de ses 30 années d’existence, le GCSP a progressivement élargi son portefeuille et aujourd’hui il propose une approche unique à 360° pour apprendre et résoudre les défis mondiaux. La gouvernance du GCSP, fondation de droit suisse, est assurée par un Conseil de Fondation où sont représentés 54 Etats membres et il faut noter que l’actuel président du Conseil de Fondation est un ancien ambassadeur français au parcours particulièrement prestigieux 64 07LE MULTILATÉRALISME
Après cet exposé introductif montrant l’activité et les résultats impressionnants d’un centre dont la plupart des auditrices et des auditeurs n’avaient jamais entendu parler, la session a eu la grande chance d’entendre l’une de ses directrices de programme s’exprimer sur la théorie de la réforme du secteur avant que deux experts exposent ensuite les programmes et l’action du centre en Moldavie et en Arménie, pays situés dans la zone étudiée par la session. Riches d’une longue expérience acquise sur le terrain et appuyant leurs témoignages sur des exemples concrets, ces experts ont décrit comment ils agissent dans ces pays tout en soulignant que des approches non conventionnelles combinées à une connaissance et une compréhension fine des structures sociales traditionnelles de ces zones permettent souvent de trouver des ouvertures dans la mise en place des programmes de RSS et de GSS. Au bilan, c’est une matinée véritablement passionnante que les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES ont passée au siège du DCAF. Ils y ont été accueillis avec beaucoup de chaleur et d’amitié par tout le personnel présent. Cette sollicitude a achevé de convaincre la session et son encadrement que le DCAF est une pépite qui mérite d’être connue car il est l’incarnation d’un multilatéralisme de terrain et de combat qui fait mentir celles et ceux qui prétendent que le multilatéralisme a vécu et qu’il n’a plus ni sens ni valeur dans le monde qui vient. C’est tout d’abord le chef d’État-major du centre qui a débuté la séquence par une présentation générale des missions de la fondation: former les leaders, faciliter le dialogue, développer des expertises pointues, accompagner de nouvelles idées, connecter des experts pour développer des solutions durables afin de bâtir un avenir plus pacifique. Chacun des directeurs de programme a ensuite exposé en détail son domaine, ses perspectives et ses enjeux et ainsi, la session a pu bien mesurer l’impact du GCSP dans la résolution des crises et des conflits. Alors que le DCAF, visité dans la matinée, se focalise sur la Gouvernance du secteur de la sécurité et le fait principalement sur le terrain, le GCSP a une approche plus classique et généraliste puisqu’il propose un éventail thématique plus varié avec Genève comme plateforme d’enseignement principale. En matière d’enseignement, le centre propose ainsi une formation à la politique internationale globale de paix et de sécurité pour les diplomates en milieu de carrière, les officiers et les fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères, de la Défense et d’autres ministères, ainsi que les organisations internationales. 65 07LE MULTILATÉRALISME
Les participants aux formations du GCSP viennent de pays du Conseil de partenariat euro-atlantique, du Dialogue méditerranéen de l’OTAN, de l’Initiative de coopération d’Istanbul et aussi de pays d’Asie du Sud et de l’Est et d’Afrique. En plus de ses trois formations de longue durée (d’une durée de trois à neuf mois) organisées à Genève, le GCSP propose également des formations sur mesure à Genève, New York, Dakar, Amman, Bakou, Addis- Abeba, Erevan et Sarajevo. Outre la formation, le GCSP se positionne aussi comme un réseau d’experts en relations internationales et en sécurité globale, comme un incubateur d’idées et enfin comme une plateforme diplomatique parallèle. Cette initiative singulière vise essentiellement à permettre à des antagonistes de se rencontrer et de dialoguer hors des voies classiques. L’après-midi s’est ensuite achevée par une conférence extraordinairement brillante portant sur le thème des implications sécuritaires et militaires de l’intelligence artificielle et d’autres technologies émergentes. Prononcée par un expert de très haut niveau capable d’articuler sous l’angle des risques et des menaces les implications des innovations et des manipulations dans les domaines de la biologie, de la génétique et de l’intelligence artificielle, cette dernière intervention a donné aux auditrices et aux auditeurs des sueurs froides, mais surtout un bon aperçu de la très haute qualité des experts que réunit le GCSP et de la portée des réflexions qui y sont menées. Au bilan, les deux belles journées que la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants a passées à Genève ont été particulièrement éclairantes sur l’approche multilatérale, sur les diverses institutions qui mettent en œuvre la coopération internationale et sur l’état de cette dernière. S’agissant des institutions, à commencer par l’ONU, les crises récentes et actuelles en montrent les blocages et les insuffisances qui résultent de paramètres structurels autant que conjoncturels (composition du conseil de sécurité, règles de fonctionnement et usage du droit de veto, etc. ;). Pour autant, les visites au CICR, au DCAF et au GCSP montrent aussi que le multilatéralisme fonctionne encore et agit avec des résultats probants à la clef. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que dans un monde qui tend à se fragmenter bien des domaines transverses, souvent très concrets (travail, transports terrestres maritimes et aériens, télécommunications) ne peuvent pas fonctionner sans une harmonisation globale tandis que d’autres, qui ont un impact existentiel pour l’humanité toute entière (santé, climat), ne peuvent pas être traités de manière efficace à l’échelle des seuls États. 66 07LE MULTILATÉRALISME
07LE MULTILATÉRALISME Les auditrices et les auditeurs retiendront très probablement de cette visite à Genève que si le multilatéralisme est en crise, il reste incontournable et n’est donc pas du tout une notion du passé. Les structures et le fonctionnement de bien des entités qui le portent nécessitent cependant d’être repensés et pour l’ONU d’être dotée de moyens de coercition dont elle reste dépourvue. Or c’est en grande partie ce point qui a provoqué l’échec de la Société des Nations (SDN) dont l’ONU est la descendante en ligne directe. L’objectif de la SDN était de régler pacifiquement les conflits et il se révéla totalement impuissant et démuni face au cynisme et au mépris d’États aux visées impérialistes et ne comprenant que le rapport de force. 67
« Le meilleur soldat est celui qui ressemble à une pierre. Sans sortir la lame du fourreau, il réussit à prouver que personne ne pourra le vaincre » Paulo Coelho Pour son avant-dernier séminaire, la 36ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques/Cadres-dirigeants avait rendez-vous avec l’Armée de Terre. Profitant du fait que la région PACA est l’une de celles où les armées restent très bien implantées c’est donc en proches voisins que les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont successivement rendu visite aux Ecoles Militaires de Draguignan, à l’École d’Application de l’Aviation légère de l’Armée de terre (ALAT) au Cannet des Maures et enfin au 1ème Régiment Étranger de Cavalerie (1er REC) sur le camp de Carpiagne près de Cassis et de Carnoux en Provence. Ce séquencement en trois temps a permis à la session de partir du général : un panorama global de l’Armée de Terre face à ses défis et à ses perspectives, puis un focus sur les défis particuliers que doivent relever l’infanterie, l’artillerie et l’aviation légère de l’Armée de Terre, pour aller ensuite au particulier : le régiment. Le régiment est en effet la pierre angulaire de l’Armée de Terre ; il est le creuset où se forge l’identité profonde de tout soldat au point qu’il en reste généralement marqué tout au long de sa carrière voire au-delà, tout au long de sa vie. Cette dernière étape dans les forces armées françaises venait donc conclure un cycle commencé avec les unités de l’Armée de l’Air et de l’Espace à Istres et à Toulouse puis celles de la Marine nationale à Toulon. Le 5 mai matin, les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres- dirigeants ont eu leur premier contact avec l’Armée de Terre aux Écoles Militaires de Draguignan (EMD). Les EMD ont été créées le 1er août 2010 et regroupent depuis lors les écoles de formation et de perfectionnement de deux des plus vieilles armes de l’Armée de Terre française que sont l’infanterie et l’artillerie. Le but de ce regroupement, outre une mutualisation des moyens et des soutiens, est de favoriser les entraînements interarmes tout en profitant de la proximité du plus grand complexe de tir d’Europe occidentale situé sur le camp militaire de Canjuers. A 30 kilomètres au Nord de Draguignan, ce camp qui compte parmi les plus vastes en Europe, permet aux cadres en formation de tirer et de manœuvrer avec toutes les armes en dotation dans l’infanterie et dans l’artillerie. 68 08 - L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
Par ailleurs, sur leur site de Draguignan, les EMD disposent d’installations d’instruction et d’entraînement particulièrement complètes : champs de tir, installations sportives, outils de simulation, mais elles ont aussi leur propre terrain d’exercice, le camp Bergerol.Enfin, la proximité des unités de la Marine Nationale à Toulon et de l’École d’Application de l’Aviation légère de l’Armée de Terre basée au Cannet des Maures facilite la coopération interarmes et interarmées et c’est donc un atout déterminant. Les EMD ont une double mission. L’école de l’infanterie et l’école de l’artillerie assurent la formation des chefs de groupe et des chefs de pièces (10 hommes), des chefs de section (40 hommes) et des commandants d’unité (150 hommes). Les EMD doivent également conduire les études de prospective de la doctrine et des équipements dans les domaines de l’emploi et de l’organisation de l’infanterie et de l’artillerie. Enfin, tous les régiments et les brigades interarmes de l’armée de Terre viennent régulièrement aux EMD entraîner leurs postes de commandement car s’y trouvent des moyens de simulation que ces unités, brigades et régiments, ne possèdent pas en propre. C’est donc dans ce creuset des cadres de l’artillerie et de l’infanterie françaises que les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants ont eu leur premier contact avec l’Armée de Terre française. C’est le général commandant les EMD qui a lancé la journée en présentant à la session la profonde mutation d‘une Armée de Terre organisée, équipée et entraînée pour les opérations expéditionnaires et qui doit désormais s’adapter aux profonds bouleversements géopolitiques et géostratégiques auxquels toutes les armées modernes sont confrontées. Le défi pour l’Armée de terre, comme pour les autres armées et pour les directions et services interarmées, est de rester capable d’agir sur tout le spectre de la conflictualité, au loin mais aussi au plus proche des frontières de l’hexagone voire sur le territoire national s’il le faut. Elle doit aussi rester capable de le faire en prenant sa juste place au sein de l’OTAN et sur le flanc Est de l’Europe. La nouvelle ère stratégique qui s’est ouverte en février 2022 requiert en effet une adaptation profonde de l’Armée de terre. Dans la compétition entre blocs stratégiques qui est enclenchée et qui dominera les prochaines décennies, la France, État doté, entend en effet jouer un rôle de puissance d’équilibre et d’entraînement. Au service de ce positionnement, l’Armée de Terre se transforme pour passer d’une logique de gestion de crise à celle du renforcement de la souveraineté et de la consolidation de l’autonomie stratégique. 69 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
Elle s’appuie pour cela sur des partenariats élargis et une capacité renouvelée à rallier dans l’action d’alliés variés. Cette transformation vise à accroître la réactivité et adapter les capacités pour agir selon les quatre priorités fixées par le chef d’état-major des Armées : Affirmer notre souveraineté ; Entraîner nos alliés dans le cadre d’une opération d’envergure ; Surveiller et agir dans les espaces communs – y compris par l’influence – pour préserver notre autonomie d’appréciation et notre liberté d’action ; Rénover nos partenariats internationaux. Dans un contexte d’incertitude stratégique ainsi que d’élargissement et d’hybridation de la conflictualité, l’Armée de Terre, couverte par la dissuasion, doit donc maîtriser des capacités multi-milieux et multi-champs (M2MC) crédibles et interopérables et se positionner en nation cadre dès la phase de compétition pour décourager tout adversaire potentiel par sa posture adaptée et ses signalements démonstratifs. Elle doit être en mesure d’assumer la responsabilité du commandement d’une opération interarmées ou d’une composante terrestre jusqu’au niveau corps d’armée. Dès lors, en étroite coordination avec les autres armées, notamment pour l’épaulement de la dissuasion et pour les impératifs de projection de force, l’Armée de Terre est attendue pour agir en permanence et produire des effets simultanément dans trois espaces stratégiques, en y tenant un rôle fédérateur. La protection, la résilience, la souveraineté et l’esprit de défense sur le territoire national, en métropole comme dans les outre-mer. La prévention et l’influence en Afrique, au Moyen-Orient, dans l’océan Indien et jusque dans le Pacifique par un dispositif renforcé et flexible de partenariats élargis. La solidarité stratégique, en Europe où la France apporte une contribution de puissance moyenne mais dotée et au Moyen-Orient où notre pays doit être en mesure d’honorer ses engagements. La transformation de l’Armée de terre voulue par le général CEMAT dans sa vision stratégique et permise par une Loi de Programmation Militaire 2024- 2030 marquant un effort considérable de la nation au profit de ses armées et de la défense, implique donc une rénovation des finalités de l’action de l’Armée de Terre, celle de ses modalités de fonctionnement en temps de paix et en temps de guerre et enfin celle de son organisation. 70 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
S’agissant de ses modalités de fonctionnement, elles visent à regagner de l’agilité et de la réactivité en redonnant de l’autonomie et des responsabilités accrues aux brigades et aux régiments par l’exercice d’un commandement par l’intention. Concernant enfin son organisation, l’Armée de Terre s’articule désormais en 4 piliers ; chacun incarnant une ou plusieurs actions structurantes tout en regroupant les grands commandements. Le pilier « Être et Durer » où on retrouve les écoles et la maintenance ; Le Pilier « Protéger » où se trouvent les structures et les commandements qui traitent du territoire national ; Le Pilier « Agir » principalement incarné par le Commandement de la Force Opérationnelle Terrestre (CFOT) ; Le Pilier « Innover » qui englobe les structures en charge de préparer l’avenir. Cette profonde transformation de l’Armée de terre se fera jusqu’en 2030, date où ce nouveau modèle « de Combat » aura trouvé sa pleine puissance et son équilibre définitif. Elle suppose beaucoup d’efforts et d’adaptations à de nouvelles structures, de nouvelles capacités et de nouvelles méthodes sans que pour autant l’Armée de terre y perde son agilité, son mordant et son esprit guerrier. Après la description des ambitions que porte l’Armée de terre afin de s’adapter à un monde en rapide et profonde évolution, les auditrices et les auditeurs ont pu ensuite découvrir plus précisément les deux armes représentées aux EMD : l’artillerie et l’infanterie. Depuis la bataille de Castillon (1453), l’artillerie « arme savante » et des feux, celle de Bonaparte et de Foch, contribue à la décision en exerçant sur l’adversaire des effets directs, sélectifs et souvent décisifs. C’est l’Ultima ratio regum. Présente au cœur du combat interarmes par ses capteurs, ses capacités géographiques ou de ciblage, ses drones et ses radars, ses obus, roquettes et missiles, elle assure la sauvegarde des troupes au contact ou sous les feux de l’ennemi et met ses feux au service de la manœuvre aéroterrestre générale. Arme du combat à pied et « reine des batailles », l’infanterie remonte à 1479 et aux bandes de Picardie. 71 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
C’est l’arme des 300 derniers mètres, celle où l’ennemi se regarde droit dans les yeux. Par le combat rapproché, l’infanterie emporte la décision et la victoire par la prise et le contrôle durable du terrain et par le contact direct avec les populations. S’agissant des défis et des perspectives de cette arme, l’orateur a insisté sur le bond capacitaire que représente l’ambitieux programme Scorpion et le combat collaboratif qu’il permet. Ont aussi été évoqués les robots et les drones qui, de plus en plus nombreux et sophistiqués comme le montrent les combats en Ukraine, bouleversent les procédés du combat débarqué. A l’issue de ces trois exposés, une présentation réelle, mise en place à l’extérieur des bâtiments des écoles, a permis aux auditrices et aux les auditeurs d’avoir le privilège d’approcher toute une série d’équipements et d’armements en dotation dans l’infanterie et l’artillerie. Cette présentation de matériels et d’équipements leur a aussi permis d’avoir de riches échanges avec les fantassins et les artilleurs qui leur présentaient les véhicules et les armes en dotation dans leurs unités. L’après-midi du 05 Mai a été consacrée à une troisième école d’arme, celle de l’Aviation Légère de l’Armée de terre (ALAT) située sur la base Général Lejay au Cannet des Maures. Descendante de l’aviation légère d’observation de l’artillerie, l’ALAT a été créée en 1954 et sa devise est “De la terre, par le ciel”. Arme de la surprise, de l’initiative et de l’urgence, l’ALAT combat dans la profondeur du dispositif adverse en s’affranchissant des obstacles du sol pour surprendre l’ennemi et le détruire. Chaleureusement accueillis par le personnel de la base école, les auditrices et les auditeurs ont débuté cette seconde visite par une conférence prononcée par le général commandant l’Ecole d’Application de l’ALAT (EALAT) dont l’exposé s’est attaché à caractériser son arme, à préciser son rôle dans le combat de l’armée de terre, à détailler ses spécificités ainsi que les défis qu’elle doit relever. En chiffres, l’ALAT est le premier exploitant d’hélicoptères en Europe, avec 290 hélicoptères et 14 avions légers qui totalisent 72500 heures de vol par an. L’ALAT, à l’unisson de l’ensemble de l’Armée de terre, se transforme et se réapproprie ses missions dans le contexte de la haute intensité. L’aérocombat dont l’ALAT est l’acteur central vise à renseigner, à flanc garder et surtout à façonner l’adversaire dans la profondeur pour le livrer considérablement affaibli aux unités qui combattent au sol. Cet effet, l’ALAT l’atteint mieux lorsqu’elle agit groupée. 72 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
Elle cherche donc désormais à se réapproprier la combinaison de l’agilité et de la masse pour créer des effets décisifs dans la manœuvre générale. En combattant ainsi, l’ALAT prépare et complète les effets des autres armes. Enfin, dans bien des cas, l’ALAT est un atout maître dans la main du chef interarmées au profit duquel elle constitue l’échelon réservé par excellence grâce à son agilité poussée et à sa capacité à frapper fort, vite et loin. Par ailleurs, cette conférence du général commandant l’école a aussi donné aux auditrices et aux auditeurs une vue complète de l’organisation, des missions et des moyens de l’EAALAT en elle-même. L’école forme des spécialistes, beaucoup de mécaniciens notamment et naturellement des pilotes. En outre, la valeur ajoutée d’une telle école militaire c’est aussi de faire de ces pilotes des meneurs d’hommes et de constituer des équipages de combat ; sa mission cible donc autant les caractères que les compétences. En termes de volume annuel, et même si on a tendance à retenir avant tout la formation d’une centaine de pilotes, ce sont 2000 stagiaires de tous types qui passent tous les ans par l’EALAT. Enfin, pour remplir cette lourde mais belle mission, l’école bénéficie des moyens les plus performants. Son parc d’hélicoptères d’attaques (Tigre HAD) et de transport (NH 90) les plus modernes est complété par des outils de simulation extrêmement performants qui permettent d’exploiter au mieux les heures de vol réelles car elles sont très coûteuses sur les appareils de dernière génération. A l’issue de cette partie théorique, un Tigre HAD et un NH 90 ont été présentés aux auditrices aux auditeurs par des instructeurs très expérimentés. Cette visite poussée des appareils a permis aux auditrices et aux auditeurs de monter à leur bord, de visiter les différents postes de l’équipage et, ce faisant, de constater à quel point ces hélicoptères de combat sont impressionnants tout comme le sont les équipages passionnés qui les servent. 73 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
Après cette belle première journée passée dans deux écoles de l’Armée de Terre, la seconde étape de cette immersion des auditrices et des auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants s’est déroulée le lendemain au 1er Régiment Étranger de Cavalerie (1er REC) sur le camp de Carpiagne. Ce vaste camp situé aux portes de Marseille et à proximité d’Aubagne et de Cassis accueille le régiment depuis 2014. Auparavant le 1er REC était, depuis 1967, implanté à Orange dans le Vaucluse mais, en s’installant à Carpiagne, il y a trouvé des installations permettant une bien meilleure préparation opérationnelle tout en étant proche des plateformes de projection que sont Istres et Toulon. L’objectif principal de la journée qu’ont passée les auditrices et les auditeurs au 1er REC était de comprendre à quel point le régiment est la pierre angulaire de l’Armée de Terre. C’est là que l’identité profonde de tout soldat se forge. C’est aussi sa seconde famille et, lorsqu’il n’en a pas ou qu’il n’en a plus, c’est bien souvent son unique famille. C’est donc un monde bien particulier où jouent des dynamiques puissantes et structurantes ; l’esprit de corps, l’effet des traditions d’une troupe légendaire et d’une arme prestigieuse, la camaraderie et la fraternité d’armes de celles et ceux qui ont vécu ensemble des moments heureux et des instants dramatiques, qui ont partagé l’exaltation et la peur du combat, qui ont vu les camarades tomber et parfois ne plus se relever. Entrer dans un régiment comme le 1er REC c’est donc pénétrer dans un monde à part où, au-delà de la hiérarchie de la discipline formelle et de la dureté du métier, se construit une profonde et solide camaraderie ; une confrérie du devoir et de la mission que rien n’arrête. Très chaleureusement accueillis autour d’un copieux petit déjeuner par le chef de corps, le chef du bureau opérations instruction (BOI) et le chef du bureau des ressources humaines (BRH), les auditrices et les auditeurs ont tout d’abord suivi une conférence au cours de laquelle le chef du BOI a détaillé la riche histoire du régiment et pourquoi le 1er REC figure parmi les unités les plus prestigieuses de l’Armée de terre. Il présente la double singularité d’être à la fois le seul régiment blindé dans la Légion étrangère, et le seul régiment de l’Arme blindée cavalerie à être armé par des légionnaires. Le 1er REC, créé en 1921 à Sousse en Tunisie, est issu des compagnies montées du 2e REI (Régiment étranger d’infanterie). Initialement formé avec des légionnaires russes expérimentés que la révolution bolchévique avait contraints à l’émigration, ce nouveau régiment marqua l’entrée de la cavalerie dans la Légion étrangère qui était traditionnellement composée d’unités d’infanterie. 74 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
Les légionnaires du 1er REC ont ensuite prouvé leur vaillance en combattant à cheval en Syrie et au Maroc avant de passer aux automitrailleuses dans les années 1930. Ils se sont illustrés durant les campagnes de France et de Tunisie en 1940 et 1943, puis en Indochine où ils ont transformé leur unité en force amphibie. Après la guerre d’Algérie, le régiment s’est ensuite spécialisé dans la reconnaissance avec des véhicules blindés et aujourd’hui, c’est toujours sa mission. Le 1er REC est l’un des deux régiments blindés de la 6ème brigade légère blindée et il est le premier régiment de l’Armée de Terre à être équipé des nouveaux engins blindés de reconnaissance et de combat JAGUAR (EBRC) appartenant au programme Scorpion. L’EBRC est l’engin de la reconnaissance offensive, du combat de rencontre qui prend et précise le contact. Sa principale plus-value réside dans sa capacité à délivrer en tout temps des feux puissants, rapides et très précis par l’intermédiaire de tirs directs et indirects sous blindage. En outre, répondant aux nombreuses questions d’un auditoire avide d’en savoir plus sur la Légion étrangère, les deux orateurs en ont expliqué les spécificités et notamment comment la conjugaison d’une discipline rigoureuse, d’un entrainement intensif et d’un style de commandement qui allie exigence, bienveillance et humanité forge une troupe d’assaut redoutable et redoutée. La matinée s’est terminée par un dernier exposé qui a décrit la récente mission que le régiment a remplie au Liban dans le cadre de la FINUL (Force Intérimaire des Nations Unies au Liban). Dans un contexte particulièrement tendu avec les affrontements des forces israéliennes contre celles du Hezbollah, la mission du régiment s’est révélée particulièrement délicate mais l’expérience acquise par ses unités, leur excellente préparation opérationnelle et la discipline rigoureuse qui caractérise les unités de Légion étrangère ont permis au 1er REC de la mener à bien. A l’issue de ces exposés en salle et d’un déjeuner partagé avec les officiers au mess du régiment installé dans une authentique commanderie templière, les auditrices et les auditeurs ont pu assister à une démonstration de l’action d’un peloton des reconnaissance et d’investigation puis ils ont visité le poste de commandement du régiment. Ce dernier était en effet actif car le régiment participait à un exercice de la 6ème BLB dans le cadre de l’alerte OTAN (Allied Reaction Force) que la brigade assurera dès l’été prochain. A l’issue, un peloton Jaguar a été présenté aux auditrices et aux auditeurs leur permettant ainsi de voir de près tout l’armement du peloton et de monter à bord des engins blindés. 75 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
Tout au long de ces échanges et de ces contacts directs, les auditrices et les auditeurs ont été fortement impressionnés par l’aisance et l’élégante décontraction des officiers, des sous-officiers et des légionnaires mais aussi par la profonde humilité avec laquelle ils parlent de leur métier, de leur régiment et de la Légion. Beaucoup de légionnaires disent en effet que c’est la Légion qui leur a rendu dignité et fierté et que c’est grâce à elle qu’ils se tiennent droits et debout. Les liens profonds qui les unissent, qui se lisent dans les regards et les attitudes de ces soldats, la fluidité des contacts interpersonnels entre eux et leurs cadres donnent une impression de force maîtrisée et de compétence partagée. A les regarder faire et évoluer, on comprend pourquoi le régiment est à ce point la structure déterminante et centrale de l’Armée de terre. C’était le but de cette immersion et il a été atteint car les auditrices et les auditeurs sont repartis très marqués par cette journée passée au 1er REC. Ils y ont vu et senti qu’un régiment est effectivement un lieu très spécial ; que c’est un creuset où une alchimie particulière opère qui transcende les hommes et les tire collectivement vers le haut, vers le bien et vers le mieux. Après cette journée d’immersion, que les auditrices et les auditeurs ont qualifiée comme comptant parmi les plus belles de toute la session, ce fut le retour à Toulon pour y mener, le lendemain, une matinée de travail académique. Cette séance de travail visait à permettre aux trois comités de continuer le travail collectif sur les scenarii qu’ils devront présenter à un jury de très haut niveau lors de la séance de restitution solennelle qui est programmée le 13 Juin. En effet, dans le cadre du Diplôme Universitaire que délivre l’Université de Toulon et qui valide la formation suivie dans le cadre d’une SMHES, les auditrices et les auditeurs ont à rendre et à présenter, à intervalles réguliers, des travaux individuels et collectifs qui sont tous notés. La quintessence de ces travaux est un scenario prospectif que chaque comité doit développer sur une thématique découlant de la question posée par le sujet de la session. C’est donc sur ce travail que les auditrices et les auditeurs ont passé la matinée du 07 Mai avant de se séparer. Ils se retrouveront une dernière fois mi-juin pour une ultime étape qui les conduira à Brignoles où, dans le cadre d’un séminaire consacré à la protection des personnes et des biens, ils visiteront le 7ème Régiment d’Instruction et d’Intervention de la Sécurité Civile avant d’aller à Marseille au contact de la Police Nationale et de la Gendarmerie. 76 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
Avant de prétendre peser sur les affaires du monde, protéger les personnes et les biens est en effet le premier devoir et la première mission d’un Etat. Aussi, après avoir étudié les six fonctions stratégiques pendant les huit séminaires précédents, il est en effet indispensable de s’intéresser aussi à cette mission cardinale de l’État lors de ce tout dernier séminaire qui clôturera en beauté la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants. 77 08L’ARMÉE DE TERRE DE COMBAT
« Il n’y a que la force de l’État qui fasse la liberté de ses membres » Jean- Jacques Rousseau Après Cadarache, Paris, Toulon, Toulouse, Istanbul, Bruxelles et à Genève, c’est Marseille et sa proche région qui ont accueilli la 36ème session méditerranéenne des hautes études stratégiques/Cadres-dirigeants pour deux journées consacrées à la sécurité des personnes et des biens. Une telle thématique peut, en première instance, sembler assez éloignée de la démarche des SMHES/Cadres-dirigeants car ces dernières visent à donner à ses auditrices et auditeurs une bonne maîtrise de la grammaire de la géopolitique. Or aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut prétendre jouer un rôle sur l’échiquier mondial si la sécurité de ses citoyens, de leurs biens personnels et celle des biens collectifs n’est pas assurée. En effet, la prospérité et la puissance d’une nation découlent aussi voire d’abord d’éléments internes de stabilité et, parmi eux, la sécurité des biens et des personnes vient au premier rang. Par sécurité des biens et des personnes il faut entendre la capacité à protéger les individus, les collectivités et leurs possessions contre toutes les formes de dangers. La notion recouvre notamment la prévention et la gestion des risques tels que les accidents domestiques, les vols, les incendies, les séismes, les inondations, les crises sanitaires ou encore les actes de violence et de terrorisme. Elle implique la mise en place de moyens techniques, organisationnels et humains pour prévenir et limiter les conséquences de ces situations. De surcroît, comme cela a été évoqué plus haut, la sécurité des personnes et des biens est un enjeu majeur pour la tranquillité publique comme pour la prévention des violences et la gestion des crises. Assurer la protection des personnes et des biens privés et publics, tout comme celle des entreprises et des infrastructures, contribue à leur fonctionnement serein et à leur développement. C’est donc un élément clé pour la compétitivité économique d’un pays car elle permet de limiter les coûts liés aux pertes matérielles ou humaines. 78 09 - SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Enfin et surtout, la capacité à assurer la sécurité des biens et des personnes est un levier important pour la cohésion sociale car elle renforce la confiance des citoyens envers l’État et dans ses institutions. Dans le contexte d’une brutalisation généralisée des relations, qu’elles soient entre individus ou entre États, la sécurité des personnes et des biens est donc bien un enjeu d’importance. De surcroît, les contours de cet enjeu évoluent sans cesse à la faveur d’évènements de portée exceptionnelle comme l’ont été les Jeux Olympiques de Paris en 2024 ou à cause de la résonance intérieure de conflits qui s’importent sur la scène française ; ceux de la bande de Gaza et du Liban en sont des exemples criants. Enfin, cet enjeu évolue aussi structurellement avec l’émergence de nouveaux risques tels que les cyberattaques, les pandémies ou tous les bouleversements résultant du changement climatique. On l’aura compris, au sein d’une formation consacrée à la géopolitique, dédier à la sécurité des biens et des personnes un séminaire entier n’est pas du tout une maladresse. La démarche s’inscrit bien dans l’analyse des éléments de stabilité et de puissance de notre pays et, par extension, de tout pays qui entend être un acteur dans la conduite des affaires du monde. La première demi-journée de cet ultime séminaire a vu les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants reprendre contact avec l’armée de terre française, dans les unités dans lesquelles ils s’étaient plongés un mois plus tôt. C’est en effet dans un régiment très singulier de l’armée de terre que se sont rendus les auditrices et les auditeurs : le 7ème régiment d’intervention et d’instruction de la sécurité civile (7ème RIISC) qui tient garnison à Brignoles. Ce régiment appartient à la brigade des militaires de la sécurité civile (BMSC). Cette brigade de l’armée de terre et de l’arme du génie est mise pour emploi auprès du ministère de l’intérieur ; elle est la forme modernisée des formations militaires de sécurité civile que le général de Gaulle décida de créer en 1959 à la suite de la rupture du barrage de Malpasset afin de mieux porter secours aux populations atteintes par des catastrophes qui dépassent les moyens locaux. Forte de quatre régiments, la BMSC est donc un moyen de secours à vocation nationale et internationale et elle constitue la force de réaction rapide de la sécurité civile. 79 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Elle est capable d’intervenir partout sur le territoire national ou à l’étranger sur très court préavis pour renforcer les moyens de secours locaux. Les régiments qui composent la BMSC sont les suivants. 1er RIISC de Nogent le Rotrou 4ème RIISC de Libourne UISSC 5 de Corte 7ème RIISC de Brignoles L’effectif total de la BMSC est de 1600 militaires appelés « sapeurs sauveteurs » qui, outre les quatre unités citées ci-dessus servent aussi au sein du centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC) du ministère de l’intérieur mais aussi les neuf centres opérationnels zonaux (COZ) en métropole et outre-mer. Grâce à un système d’alerte éprouvé qui permet de mobiliser 300 sapeurs- sauveteurs en quelques heures et plus de 600 en deux jours, la BMSC est un moyen national réactif et polyvalent. Par ailleurs, les RIISC sont dotés de compétences techniques et de capacités matérielles qui leur permettent d’intervenir efficacement sur l’ensemble de la panoplie des risques naturels (incendies, inondations, séismes, tempêtes) et technologiques (chimiques, radiologiques et épidémiques) et d’apporter une assistance aux populations touchées (traitement de l’eau, logements d’urgence). C’est aussi un remarquable outil de rayonnement pour la France car, depuis la création du premier régiment en 1974, les sapeurs sauveteurs se sont illustrés sur toutes les grandes catastrophes et les crises qui ont frappé la France et le monde dans les cinquante dernières années. Ce sont toutes ces informations que le chef de corps, après avoir chaleureusement accueilli la session, a délivrées au cours de son exposé. Le chef des opérations du régiment a ensuite détaillé les retours d’expérience que le 7ème RIISC a fait à la suite de ses engagements les plus récents. 80 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
A la suite de cette première partie en salle, les auditrices et les auditeurs ont pu aller au contact des sapeurs-sauveteurs grâce à deux ateliers montés à l’extérieur qui ont permis à la session de découvrir concrètement des savoir- faire très particuliers du régiment et d’échanger longuement avec des sapeurs- sauveteurs visiblement passionnés par la beauté et la noblesse d’une mission de sauvetage, d’assistance et de secours qui, paradoxalement, s’exerce dans des conditions souvent très dégradées. Ces échanges se sont ensuite poursuivis autour d’un excellent déjeuner partagé avec les cadres et quelques sapeurs- sauveteurs puis le temps est venu pour la session de reprendre la route pour rejoindre Marseille. On ne pouvait en effet pas faire meilleur choix que Marseille pour illustrer cette question de la sécurité des personnes et des biens car cette ville singulière et envoûtante à maints égards concentre à elle seule quasiment toutes les problématiques de sécurité intérieure tout en restant une métropole dynamique, agréable et prospère. Celles et ceux qui y vivent ne la quitteraient, pour la plupart, à aucun prix. Fondée vers 600 avant notre ère par des marchands grecs venus de Phocée (aujourd’hui Foça en Turquie, près d’Izmir), Marseille est la plus ancienne ville de France et, depuis l’Antiquité, elle a toujours été un important port de commerce et un lieu de transit permanent. La ville a connu un essor considérable pendant la période coloniale et plus particulièrement au cours du XIXème siècle devenant ainsi une métropole industrielle et commerciale particulièrement prospère. Son ouverture sur la Méditerranée en fait depuis ses origines l’une des villes les plus cosmopolites au monde car c’est là que, depuis toujours, sont arrivées les vagues successives de migrants venus du bassin méditerranéen et au-delà. De nos jours, la ville reste influencée par de nombreux échanges culturels et économiques avec l’Europe du Sud, le Proche- Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie. A ce titre, depuis le XVIIème siècle, elle passe pour être la « Porte de l’Orient » sur le littoral méditerranéen français et européen. Aujourd’hui Marseille est la deuxième ville la plus peuplée de France et compte 880 000 habitants tandis que la métropole qu’elle forme avec Aix-en-Provence compte près de deux millions d’habitants. Ces chiffres font de Marseille la plus grande ville de Provence et du Midi de la France. 81 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Ses caractéristiques physiques sont elles aussi très singulières ; ainsi sa façade littorale s’étend sur 57 kilomètres tandis que la zone urbaine est interpénétrée par des grands espaces naturels rocheux et souvent boisés : les massifs de l’Estaque et de l’Étoile au nord, le massif du Garlaban à l’est, le massif de Saint-Cyr et le mont Puget au sud-est, le massif de Marseille Veyre au sud. Les caractéristiques humaines de Marseille sont tout aussi contrastées, l’opulence et la grande richesse de quelques-uns y côtoient l’extrême pauvreté de beaucoup d’autres. Sur ce très vaste territoire urbain où l’habitat est généralement ancien et parfois insalubre, les accès aux soins et aux services sont, dans beaucoup de quartiers, notoirement moins bons que la moyenne nationale. A Marseille les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/Cadres- dirigeants ont rejoint l’Évêché, lieu historique où se trouve l’Hôtel de Police de la ville. En effet, la seconde partie de ce séminaire était consacrée aux forces de sécurité intérieure et, durant l’après-midi du 11 Juin plus particulièrement à la Police Nationale avant la visite de la Gendarmerie Nationale prévue le lendemain. Même si, depuis plus de trois décennies, elles dépendent du Ministère de l’Intérieur, il y a en effet en France deux forces très distinctes en matière de sécurité intérieure : la Police et la Gendarmerie Nationale. La première est une force dont les membres sont des civils qui portent parfois l’uniforme ; la seconde a un statut militaire et, à de rares exceptions près, ses membres portent tous l’uniforme. L’existence même de deux forces de police pour un même pays pose donc question et il convient de s’interroger sur le sens de ce dualisme des forces françaises de sécurité intérieure. On le retrouve avec quelques nuances dans toutes les grandes démocraties occidentales car il est caractéristique voire consubstantiel de leur fonctionnement. Si l’on fait un peu d’histoire on s’aperçoit qu’à la différence d’autres modèles, notamment anglo-saxons, qui sont fondés sur l’idée d’un service offert à la population, le modèle français s’est, pour sa part, construit sur l’idée qu’il fallait protéger l’État autant que les citoyens voire même avant eux. Pour illustrer l’importance de la protection de l’État dans l’édification du modèle français de police, il faut revenir aux origines. L’acte de naissance de la police est, selon les historiens, l’Édit royal du 16 mars 1667. 82 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Ce texte créa la charge de lieutenant de police de Paris et c’est précisément parce que le Roi résidait à Paris que la police devait y être efficace et bien organisée. Ainsi, la police française naît de l’idée selon laquelle il convient de protéger l’État là où il se trouve et où il est alors susceptible d’être attaqué ou mis en cause. On s’explique dès lors que la police française ait été pensée et mise en place par les pouvoirs publics, à Paris d’abord puis en province. Revenir à cette volonté de protéger l’État permet donc de comprendre pourquoi le modèle français de police présente les deux caractéristiques fondamentales suivantes : il est centralisé et il repose sur un dualisme de forces. En fait les considérations liées à la protection de l’État évoquées plus haut sont au cœur de ce choix de deux forces que l’on retrouve dans toutes les démocraties. Partout on estime en effet que l’existence de deux forces distinctes protège l’État dans la mesure où, en cas d’insurrection ou de coup d’État, si l’une des deux forces rejoint la sédition, l’autre pourra rester loyaliste pour protéger les pouvoirs publics et le régime en place. Le dualisme des forces de sécurité intérieure apparaît ainsi comme un moyen pour un gouvernement de se protéger contre tout mouvement de contestation ou de sédition venant de l’une ou de l’autre force de police. On considère par ailleurs que ce dualisme est une garantie d’indépendance pour l’autorité judiciaire, dans la mesure où elle peut mettre en concurrence les deux forces en matière d’investigations. C’est donc à l’Hôtel de Police de l’Évêché que le 11 Juin après-midi les auditrices et les auditeurs de la session ont été reçus avec beaucoup de chaleur par le Directeur Interdépartemental de la Police Nationale (IDPN). Détenteur du grade d’Inspecteur général, ce très haut gradé de la Police Nationale dirige l’ensemble des forces de police du département et il a autorité fonctionnelle sur des segments et des directions au niveau régional. L’exposé du DIPN a décrit la répartition des zones et des responsabilités entre la Police et la Gendarmerie, la première s’occupant des zones urbaines et la seconde des zones rurales et périurbaines. Dans les Bouches-du-Rhône, la Police Nationale est organisée en quatre districts : Marseille, Aix, Arles et Martigues ; chacun ayant des caractéristiques bien différentes. Sans surprise, c’est la métropole marseillaise qui, par sa taille, connaît l’activité policière la plus intense. 83 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Avec beaucoup de franchise, le DIPN a détaillé les défis qui se posent quotidiennement à la Police Nationale et la manière dont elle y fait face. Il a notamment insisté sur la délinquance liée au trafic de stupéfiants et sur les stratégies mises en œuvre pour la briser. Elles remportent des succès même si on en parle trop peu. Pour bien le prouver, le commissaire divisionnaire en charge de ce sujet a détaillé les actions menées contre la criminalité organisée et tout particulièrement contre celle liée au trafic de stupéfiants. De manière très directe, l’intervenant a décrit la sophistication de l’organisation des réseaux qui animent ce trafic et leurs méthodes empreintes de pragmatisme mais aussi d’une brutalité sauvage et sans limite. Pour autant les forces de police agissent et, exploitant les failles et les fréquentes maladresses de ces réseaux, elles parviennent à de très bons résultats. Au bilan, après avoir entendu ces deux intervenants très convaincants, les auditeurs sont ressortis de cette séance de deux heures avec la conviction que nos forces de police font preuve d’un grand professionnalisme et d’un impressionnant dévouement au service de la sécurité des personnes et des populations. Les propos très francs et directs de ces deux policiers de haut rang n’ont pas caché les multiples difficultés auxquelles eux et leurs subordonnés font face mais ils ont aussi souligné l’ampleur du travail accompli et celle des résultats obtenus. N’en déplaise à ses détracteurs, la Police Nationale travaille beaucoup à Marseille et elle y obtient des résultats dont ses membres peuvent être légitimement fiers. Le lendemain, 12 Juin, c’est la Gendarmerie Nationale qui a reçu la session pour une journée entière d’immersion dans la caserne de la Timone où se trouvent le commandement de la région de Gendarmerie, son État-major ainsi que quelques unités. Accueillis par le général commandant la région autour d’un café-croissants, les auditrices et les auditeurs ont ensuite suivi deux exposés durant la matinée. Le premier, fait par le général adjoint du commandant de la région, a détaillé l’organisation de la Gendarmerie au niveau national, régional et local, ses spécificités et les défis auxquels elle fait face. Les quatre principales missions de cette force de 130 000 militaires d’active qui arme 3053 brigades réparties sur tout le territoire national sont : la protection de la population et des biens, la protection des institutions et la surveillance du territoire, la gestion de crise de basse et de haute intensité et enfin les investigations judiciaires. 84 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Cette dernière mission est celle qui est la plus consommatrice en temps et en effectifs mais la Gendarmerie s’attache en permanence à bien répartir son effort entre les quatre missions. Les priorités du moment rejoignent celles de la Police Nationale : lutte contre la criminalité liée au trafic de stupéfiants, les violences faites aux plus vulnérables (femmes, enfants, personnes âgées), la menace terroriste et celle venant de mouvements radicalisés, la protection des élus et enfin les délits et les menaces cyber. Ce thème a d’ailleurs fait l’objet d’un exposé dédié qui a détaillé l’ensemble des vulnérabilités du domaine cyber et dévoilé les différentes formes de menaces et de délits qui s’y développent. L’officier supérieur qui s’exprimait a décrit la réalité de cette délinquance cyber et les moyens qu’utilise la Gendarmerie pour la mettre en échec. Cette menace, présente au quotidien, vise aussi à tirer profit de grands évènements comme la prochaine série de concerts de la chanteuse Céline Dion. De tels évènements sont à la fois une cible car les réseaux dédiés sont systématiquement attaqués et une opportunité pour des délinquants qui mettent tout en œuvre pour imaginer de multiples escroqueries : ventes de faux tickets d’accès, location d’hébergements fictifs, etc. Au bilan, la cybercriminalité affiche une expansion impressionnante et génère des gains énormes. Elle se nourrit des failles techniques mais surtout de la crédulité d’utilisateurs peu prudents ou mal informés. Aidés par l’intelligence artificielle, les délinquants regorgent d’ingéniosité et sont passés maîtres dans l’art de jouer sur les émotions pour arriver à leurs fins. Face à ce fléau, la Gendarmerie s’organise et se mobilise au niveau national, régional et local et elle obtient des résultats dont hélas on parle trop peu. A l’issue de cette riche matinée et d’un savoureux déjeuner partagé avec les officiers de Gendarmerie qui sont intervenus au cours de la matinée, les auditrices et les auditeurs ont ensuite bénéficié de présentations et de démonstrations dynamiques qui leur ont montré l’ampleur de la palette capacitaire de la Gendarmerie Nationale. 85 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Techniques d’arrestation en milieu clos, ateliers techniques d’analyse de scène de crime et pelotons spécialisés étaient au programme. Ces présentations et démonstrations ont par ailleurs donné aux auditeurs l’occasion d’échanger directement et spontanément avec les gendarmes qui servent dans ces unités. Ainsi, ils ont pu apprécier la grande qualité humaine et professionnelle de ces femmes et des ces hommes qui ont fait de la protection de la France et des Français à l’intérieur de nos frontières, leur vocation et leur métier. Après cette journée intense partagée avec les militaires de la Gendarmerie Nationale, un moment de convivialité fort bienvenu attendait la session au fort Saint Louis à Toulon. Ce fort idéalement situé près des plages du Mourillon a aujourd’hui perdu sa vocation militaire et il est devenu un mess très apprécié pour les personnels de la défense. C’est dans ce cadre exceptionnel et privilégié que la session s’est rassemblée avec son encadrement et son parrain pour un dernier dîner avant les adieux du lendemain. Ce moment fort a été l’occasion d’échanger anecdotes et souvenirs et les neuf séminaires passionnants que la session a vécus en ont créé beaucoup. Ce moment a été aussi l’occasion pour la session de dire au revoir à Madame Riaz, la référente pédagogique qui les a guidés avec beaucoup d’attention et de bienveillance tout au long de leurs travaux académiques. Madame Riaz quitte en effet la FMES cet été et les auditrices et les auditeurs de la session tenaient beaucoup à la remercier pour son dévouement et pour la très grande qualité de son accompagnement à leur profit. Enfin, le lendemain matin c’est au siège toulonnais de la FMES que s’est tenue la séance solennelle de clôture de la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants. Moment fort, important et redouté, cette séance solennelle de clôture comprenait quatre parties : tout d’abord la séance de restitution des travaux que chacun des trois comités de la session a menés tout au long des neuf mois de la formation ; ensuite une adresse des autorités présentes et notamment celle du Député du Var et celle du parrain de la session. A l’issue, la phase de remise des attestations de formation termine la partie formelle de la matinée avant que ne débute le cocktail final et la dispersion définitive de la session. 86 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Pour revenir à la restitution des travaux, rappelons qu’à partir du thème général de la session qui était «la mer Noire au carrefour des rivalités Est- Ouest et Nord-Sud », les trois comités qui composent la session ont chacun choisi, en décembre dernier, une thématique s’inscrivant dans la problématique générale afin de développer un scénario prospectif à horizon 2035-2040. Il faut noter, s’agissant des thématiques des scenarii retenus, que l’équipe pédagogique a orienté les choix des auditrices et des auditeurs afin qu’ils soient complémentaires. Ainsi l’ensemble donne un résultat final complet et cohérent compte tenu de l’ampleur et de l’ambition du thème de l’année. Face à un jury de très haut niveau composé du président de l’Université de Toulon, du directeur général de la FMES, de son directeur académique, du député du Var, du parrain de la session, d’un ancien président de la FMES et des quatre membres de l’équipe pédagogique des SMHES/Cadres-dirigeants, les comités ont exposé leurs scenarii pendant une trentaine de minutes chacun. Une séance de questions-réponses a suivi chaque intervention. Le but de cette séquence de questions-réponses était d’éclairer ou de détailler certains aspects des travaux qui n’étaient pas apparus avec suffisamment de netteté ou qui avaient été évoqués trop succinctement. Il faut cependant mettre à la décharge des auditrices et des auditeurs le défi qui consiste à condenser en trente minutes le résultat de plus de deux cent heures de travail ; il n’était donc pas surprenant que quelques points et aspects aient été éludés. Cette réserve étant posée, le jury a apprécié à sa juste valeur la très haute qualité, la richesse et l’originalité des travaux présentés et il a salué la pertinence de l’option choisie de nouveau cette année par l’équipe pédagogique et qui consiste à développer des scenarii complémentaires plutôt que concurrents. Donnant aux travaux de la session une consistance et une réelle cohérence d’ensemble cette option est désormais pérennisée. Au terme de ce passage sur le gril qui a validé les travaux de la session, les autorités présentes ont chacune fait une courte intervention puis, à l’issue, les auditrices et les auditeurs ont reçu leurs attestations de formation des mains des membres du jury. 87 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Durant le chaleureux cocktail qui a suivi, beaucoup avaient les yeux humides et la gorge nouée par une émotion bien visible ; nombreux étaient les auditrices et les auditeurs étonnés que cette riche et belle année fut passée si vite. Toutefois la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants n’est pas encore totalement dissoute car il lui reste encore à produire son rapport final ; document écrit qui rendra compte de l’ensemble de ses travaux. Ce document sera publié cet été et largement diffusé. Cette ultime étape marquera le terme du parcours académique de la session et aboutira aussi au cours de l’automne à la délivrance par l’Université de Toulon du Diplôme Universitaire « Stratégie et analyses prospectives des mondes méditerranéen » à chacun des membres de la session ayant obtenu une note globale supérieure à la moyenne. Les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/ Cadres-dirigeants peuvent cependant rejoindre dès maintenant la cohorte des anciens des SMHES regroupés dans une association particulièrement dynamique et active : l’A2SMED (association des auditeurs des sessions méditerranéennes de la FMES). Qu’ils le fassent ou pas, ils seront toutes et tous bien plus affutés après cette année passée à se former en géopolitique et en géostratégie et aucun d’entre eux ne jettera jamais plus le même regard sur les crises de plus en plus nombreuses et violentes qui caractérisent le monde de la troisième décennie du XXIème siècle. Au terme de ce passage sur le gril qui a validé les travaux de la session, les autorités présentes ont chacune fait une courte intervention puis, à l’issue, les auditrices et les auditeurs ont reçu leurs attestations de formation des mains des membres du jury. Durant le chaleureux cocktail qui a suivi, beaucoup avaient les yeux humides et la gorge nouée par une émotion bien visible ; nombreux étaient les auditrices et les auditeurs étonnés que cette riche et belle année fut passée si vite. Toutefois la 36ème SMHES/Cadres-dirigeants n’est pas encore totalement dissoute car il lui reste encore à produire son rapport final ; document écrit qui rendra compte de l’ensemble de ses travaux. Ce document sera publié cet été et largement diffusé. 88 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
Cette ultime étape marquera le terme du parcours académique de la session et aboutira aussi au cours de l’automne à la délivrance par l’Université de Toulon du Diplôme Universitaire « Stratégie et analyses prospectives des mondes méditerranéen » à chacun des membres de la session ayant obtenu une note globale supérieure à la moyenne. Les auditrices et les auditeurs de la 36ème SMHES/ Cadres-dirigeants peuvent cependant rejoindre dès maintenant la cohorte des anciens des SMHES regroupés dans une association particulièrement dynamique et active : l’A2SMED (association des auditeurs des sessions méditerranéennes de la FMES). Qu’ils le fassent ou pas, ils seront toutes et tous bien plus affutés après cette année passée à se former en géopolitique et en géostratégie et aucun d’entre eux ne jettera jamais plus le même regard sur les crises de plus en plus nombreuses et violentes qui caractérisent le monde de la troisième décennie du XXIème siècle. 89 09SÉCURITÉ DES BIENS ET DES PERSONNES
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Rédaction : GCA (2S) Laurent Kolodziej, directeur des SMHES Collaboration : équipe pédagogique Institut FMES, Université de Toulon et IHEDN Édition 06/2026 Création et mise en page Institut FMES 2025 - 2026 SMHES Cadres-dirigeants